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SCENE VIII

LE BARON et PIERRE, entrant par le fond ; LÉOPOLD, à droite et toujours à dessiner.

le baron, tenant des papiers à la main et parlant à Pierre. Et moi, je te dis que j’en guis sûr et que j’en réponds.

pierre. Allons donc!

le baron. Je te dis qu’elle t’aime.

pierre. Elle, Madeleine?., ma cousine!..

léopold, se levant vivement, à part. O ciel! ce serait lui!..

le baron, à Léopold. Vous êtes à travailler, ne vous dérangez pas, mon cher; nous traitons là une affaire qui vous intéresserait peu,..

léopold, à part. Si vraiment... A ma gentille Made-

leine... un mari comme celui-là!.. (U sc rassied et les écoute en ayant l’air de travailler.)

pierre, au baron. Après tout, quand j’y pense, vous pourriez bien avoir raison ! car je me rappelle maintenant bien des petites choses... Souvent elle pleurait toute seule... et, sur'.out, depuis que j’ai fait la cour à la grande Marianne... la fille du cabareticr...

le baron. Tu vois bien!.. Et, ce matin, quand tu la maltraitais devaut moi.,, elle ne s’en plaignait pas... et elle avait même commencé par prendre ta défense...

pierre. Mon Dieu! je ne dis pas non; c’est possible... Et quoique je ne l’aime pas, cTe fille... il se peut bien qu'elle m’aime, qu’elle eu brûle, qu’elle en dessèche.. Ça »' gérait pas la première au village...

Léopold, à part. Dieu me pardonne ! c’est un fat! PIERRE. Mais quand ça serait, où ça nous mènerait-il?

LE baron. Je m’en vais te le dire : tu voulais, ce matin, entrer chez moi comme laquais...

pierre, s’essuyant la bouche. Je le veux, et bien plus encore depuis que je sors de l’office!

LE baron. Mais pour entrer chez moi, qui suis un homme rangé,., un homme marié, il ne s’agit pas de rester garçon,

pierre. Ça se trouve à merveille : j’ai demandé ce matin en mariage la grande Marianne, la fille du cabaretier, qui a cent bous éeus de dot,

LE baron, C'est possible... mais la grande Marianne ne me convient pas; elle est laide, elle est rousse; je n’aime pas les rousses.,.

pierre. Ni moi non plus,,, mais elle a cent ôcus. le baron. Ça annonce un mauvais caractère, et elle en

pierre. Oui; mais elle a çentécus...

le baron. Et comme ta femme viendrait avec toi, à Paris, dans mon hôtel, où tout est élégant et distingué, je ne veux pas une femme de chambre qui dépare... Voilà pourquoi je tien6 à Madeleine,,. Ainsi, qu’elle te convienne on non... tu n’entreras pas chez moi, si tu ne l’épouses pas...

pierre, se promenant vers le côté où est Léopold. VTà qui mérite réflexion... parce qu’eufin, Madeleine n’est pas mal; elle m’aime d'abord, c’te pauvre fille; elle n’est pas rousse, c’est vrai ; mais elle a bien des qualités, que n’a pas la grande Marianne.

léopold, bas, à Pierre. Si tu épouses la grande Marianne, je te promets, moi, cinq cents francs. pierbe. Comptant?

léopold, tirant un billet de sa poche et le lui donnant. Les voilà!

pierre. C’est différent! (Se frottant l’oreille et marchant vers le baron qui, pendant ce temps, a feuilleté ses papiers ) Écoutez donc. Monseigneur...

le baron. Eh bien?,, voyons, dépêche-toi, car il y a des électeurs du pays qui m’attendent dans ma salle à manger... És-tu décidé?

pierre, Oui, sans doute ; parce que, nous autres paysans, nous n’avons rien que notre parole...

le baron, brusquement- J’entends, vous n’avez rien. Eh bien?

pierre- Eh bien ! ma parole, je l’ai donnée à la grande Marianne et à son père qui lui baille cent éçus en mariage; et une autre personne, qui s’intéresse à elle, lui donne de plus cinq cents francs...

léopold, à part. Je suis tranquille maintenant! (Il se remet à dessiner.)

pierre. Ça fait huit, c’est une somme! ç’est quelque chose, surtout quand on tient à sa parole, le baron, avec colère, Et Madeleine?,, pierre. Madeleine n’a rien...

le baron. Et ma place?

pierre, C’est à vous... c’est pas à elle, le baron, à voix basse, et l’amenant par la main au

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bord du théâtre. Eh bien ! pour en finir, car je suis pressé, j’ajoute, à la place, mille francs de dot.

pierre. Ah! mon Dieu!

le baron, lui imposant silence en regardant Léopold. A la condition que tu épouseras Madeleine... sinon, pas de place ni de dot... Je vais retrouver mes électeurs. ( Apercevant Madeleine qui entre.) Voici Madeleine, fais la demande; et que, ce soir, tout soit terminé et conclu. (Il sort par le fond.)

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