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SCENE PREMIERE

DONA MANUELA, FRA LORENZO, tous deux assis et prenant du chocolat.

fra lorenzo. Eli bien! Senora, que vous avais-je annoncé?

manuela. Je n’en puis revenir encore, et Votre Excellence est un grand politique.

fra lorenzo. L’usage des affaires, l’habitude du cœur

humain, voilà tout. Don Juan de Guimarens est à peine ici depuis huit jours! et déjà... (Avançant sa tasse.) Je vous demanderai une seconde tasse. Croyez donc, après cela, aux protestations des jeunes filles : Je n’en veux pas... je n’en voudrai jamaisl

manuela. Ce n’était pas ainsi de mon temps... quand on disait non, c’était non!

FRA lobenzo, souriant avec malice. Mais on ne le disait pas.

manuela. Monseigneur...

fra lorenzo. Vous avez là du chocolat admirable! manuela. Trop heureuse que Votre Excellence ait bien voulu l’accepter.

f fra lorenzo. Vous disiez donc que la belle Zarah ne s’oppose plus à ce mariage.

manuela. Mieux que cela! elle a pour son fiancé une préférence qu’elle ne cherche plus à cacher. . surtout depuis l’événement d’hier...

FRA lorenzo, se levant. Qui m’a fait un mal affreux!... Quand on est venu me dire : Le feu est à l’hôtel Villaréal, j’allais me mettre à table... j’ai dit: Que l’on sonne les cloches, qu’on récite des neuvaines... et j’ai prié moimème... eu dînant!

manuela. Que de bontés!

FRA lobenzo. Aussi vous voyez, cela n’a pas eu de suites. MANUELA. Pas d’aulres que l’incendie du pavillon où était ma nièce... les flammes avaient déjà tellement gagné, qu’aucun de vos soldats n’osait se hasarder... lorsque don Juan.,,

fra lobenzo, buvant son chocolat. C’est superbe ! c’est espagnol!., enlever sa maîtresse au milieu des flammes... il y a de quoi se faire adorer. (Tous deux sc lèvent ; Manuela sonne, et un valet emporte la table sur laquelle ils déjeunaient.)

manuela. Aussi je crois que cela commence... et lorsque Alvar de Zuniga et ses amis, qui étaient accourus au bruit, se sont écriés : Pourquoi différer encore? demain le mariage! demain la noce!.. Zarah n’a rien répondu.

FRA lorenzo, souriant. Qui ne dit mot.. . manuela. Et c’est aujourd’hui, dans la cathédrale de Santarem... Alvar est le témoin de son ami... il y a mis un dévouement, uue activité... c’est lui qui s’est chargé de tous les détails; l’acte de mariage a été dressé par ses soins... et la bénédiction nuptiale sera donnée par Francesco d’Jriarle, son chapelain.

fra lorenzo. A quelle heure?

manuela. A deux heures.

fra lorenzo. Je ferai mon possible pour y assister. manuela. Quel honneur pour nous!

fra LORENZO. Cela dépend du courrier que j’attends de Lisbonne... Voilà huit jours que je n’en ai reçu. manuela. Serait-ce inquiétant?

fra lorenzo. Au contraire ! pas de nouvelles, bonnes nouvelles!.. Il circulait il y a huit jours des bruits si absurdes... on parlait de menées et d’intrigues en faveur de la famille deBragance... Les Bragance! je vous demande qu’est-ce qui les connaît ? Mon oncle Vasconcellos mettait déjà sur pied ses affidés et ceux du saint-office... et moi, je haussais les épaules. (Riant.) Les Portugais se révolter!.. ► c’est impayable !.. Je dis impayable, car ils n’ont pas d’argent... ils n’en ont pas... et nous en avons... alors mettez dans la balance, et voyez!

manuela. C’est juste!

fra lorenzo. Pour soulever les gens il faut quelque i chose, et ils n’ont rien. Ainsi rassurez-vous, noble Senora,

| et que rien ne frouble les fêtes de ce jour.

manuela, regardant du côté de l’appartement à ■ droite. Voici le marié, tout entier à ses rêves de bonheur, et déjà prêt pour la cérémonie. Je cours à ma loi- ! lette.

! fra lorenzo. Moi, je passe au palais, à l’intendance, et i je reviens présenter à la belle mariée mes compliments

LE GUITARRERO.

et mes bouquets. ( Dona Manuela fait une révérence à Fra Lorenzo, qui sort par le fond. Elle sort par la porte à gauche, au. moment où Riccardo entre par la droite en rêvant.)

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