ZABAH, MANUELA, MARTIN, RICCARDO
Mandela. Vous comprenez bien. Monsieur, que, malgré ma répugnance et celle de ma nièce à nous trouver encore avec vous, un devoir indispensable nous y oblige. Cette affaire n’a déjà eu que trop de retentissement, et c’est pour éviter un nouveau scandale que nous vous proposons de rompre sans bruit et entre nous cet acte, qui devant les tribunaux est nul de plein droit, et de toute nullité.
martin. En quoi donc. Madame?
manuela, le lui donnant. Vous pouvez le lire vousmême, car je n’en ai pas le courage... mais une imposture pareille!.. un nom supposé, emprunter celui d’un ! noble seigneur... lui!
martin, qui a parcouru l’acte. Je ne vois pas cela; je lis, au contraire, que l’époux de Zarah de Villaréal est José Riccardo, de son état guitarrero.
manuela. O ciel!
martin. Pour sa naissance... fils du soldat Luis Pacheco... Lisez, Madame. . c’est en toutes lettres.
manuela. Je ne puis le croire.
martin. Don Alvar de Zuniga, par les soins de qui ce | contrat a été dressé, avait trop d’intérêt à n’y laisser aucune nullité.
manuela, avec désespoir. C’est vrai... ce n’cstque trop vrai .. ma nièce unie à tout jamais à un guitariste... à cet homme !
martin. Qu’importe... si cet homme est un homme I d’honneur, s’il à agi de bonne foi, s’il ne vous a pas trompée?
zarah. Lui!..
martin. 11 aurait donné pour vous son sang et sa vie... et malgré son amour, décidé à vous perdre, plutôt que de vous devoir à une trahison... il vous avait prévenue de tout dans une lettre qu’il a remise à votre tante avant de marcher à l’autel !
manuela. C’est vrai!
martin. Pour vous la donner, à vous, sa fiancée! manuela. C’est vrai!
zarah, à Manuela. Et qui vous en a empêchée? manuela. Encore cet Alfrar de Zuniga!
martin, frappant sur l’épaule de Riccardo. Qui est un fourbe... Mais celui-ci, je le jure... celui-ci, en vous épousant, croyait que son secret vous était connu, et que vous pardonniez son audace à un amour malheureux et insensé...
riccardo. Qui fut mon seul crime! . le seul dont je doive être puni!
zarah, avec émotion. S’il a dit vrai, Monsieur... et je a le crois...
ROMANCE
PREMIER COUPLET
De cet hymen fatal, qui tous deux nous enchaîne,
Les nœuds par moi seront à jamais respectés!...
Mais l’honneur nous sépare... et du moins sans ma liaino 1
Parlez, Monsieur, partez;
L’honneur le veut... partez!
DEUXIÈME COUPLET
Loin de moi, loin des lieux qui vous avaient vu naître.
Vont s’écouler vos jours par l’exil attristés !..
Mais avec mon pardon... et mou bonheur... peut-être...
Partez, Monsieur, parlez;
L’honneur le veut... partez!
martin. C’est bien, Senora, ce que vous venez de dire !.. c’est très-bien, et vous en serez récompensée, car bientôt celui-ci ne sera plus José Riccardo.
RICCARDO ET LES DEUX FEMMES. Que dites-VOUS?
martin. Que ce mariage qui blessait tant votre noble famille...
manuela, vivement. Sera rompu...
martin. Oui, probablement il ne durera pas longtemps; .H car aujourd’hui même, la Senora court grand risque d’être ■ veuve!
zarah. O ciel! .
manuela. Qu’est-ce que cela vent dire?
martin. Silence... vous allez le savoir.