HENRIETTE, BÉNÉDICT
Henriette, entrant avec joie. Cette permission du roi, que vient de me remettre ma tante, c’est donc vrai!., il n’y a donc plus d’obstacle!..
bénédict, à part. Si je pouvais m’en allqr sans être vu! (Il heurte un fauteuil.)
Henriette, se retournant et l’apercevant. Bénédict!! ’ DUO.
bénédict, timidement.
Oui... c’est moi qui viens ici,
Madame l’ambassadrice,
Offrir pour mon bénéfice Une loge que voici.
HENRIETTE
Ah ! si je puis aujourd'hui Vous servir de protectrice,
Je rends grâce au sort propice,
Qui m’offre un ancien ami.
BÉNÉDICT
De cet ami, malgré votre opulence,
Le nom n’est donc pas effacé?
L'AMBASSADRICE
Type de Fortunalus le directeur.
HENRIETTE
Ah! daus ces lieux, votre seule présence Me rend tout mon bonheur passé!
ENSEMBLE
De l’aurore de notre vie Comment perdre les souvenirs?
Je le sens, jamais oiyVoublie Premiers chagrins, /premiers plaisirs
Je vois encor l’humble mansarde Où nous répétions tous les deux !
BÉNÉDICT
Où parfois, sans y prendre garde,
HENRIETTE
Nous chantions faux à qui mieux mieux!
Et cette sérénade Que me donnait un camarade?
BÉNÉDICT
Quoi ! vous n’avez rien oublié?
HENRIETTE
Non, non, je n’ai rien oublié ,
Ni les succès, ni l’amitié.
ENSEMBLE
De l’aurore de notre vie
Comment perdre les souvenirs?
Je le sens, jamais on n’oublie Premiers chagrins, premiers plaisirs !
Henriette, gaiement.
Et puis, comme aux moindres caprices
BÉNÉDICT
On était vite à vos genoux ! r
HENRIETTE
Et puis le soir dans les coulisses...
BÉNÉDICT
Joyeux propos et billets doux.
HENRIETTE
Sans or et sans richesse aucune...
BÉNÉDICT
Toujours gais et de bonne humeur 1
HENRIETTE
Tout en attendant la fortune... -
BÉNÉDICT
On avait déjà le bonheur !
ENSEMBLE
Ah! le bon temps!
Quels doux instants!
Ah ! qu’on est bien Quand on n’a rien !
L'AMBASSADRICE
lh duc. Henriette, que faites-vous? — Acte 3, scène 5.
De votre nom retentissait...
C’est vous. . c’est vous qu’on demandait!
C'est vrai!., c’est vrai!
BÉNÉDICT
Devant le public idolâtre, C’est moi... moi qui sur le théâtre (Lui prenant la main.)
Vous ramenais ainsi... je tenais votre main Que dans mon transport soudain Malgré moi je serrais .. ainsi!
Henriette, retirant sa main.
Ah! pardon, j’oubliais qu’aujourd’hui...
(. Reprise de la première phrase du duo.) Aujourd’hui, je viens ici,
Madame l’ambassadrice.
Offrir pour mon bénéfice,
La loge que voici...
ENSEMBLE
bénédict, la lui donnant.
La voici,. la voici...
Henriette, avec émotion et prenant le coupon de locje. Merci, Bénédict, merci!
Ah! Fheureux temps que celui-là!
Toujours mon coeur s’en souviendra !
bénédict.
D’abord comme la salle entière...
HENRIETTE
En silence nous écoulait!
bénédict.
Et quand s’élançait du parterre...
HENRIETTE
Un bravo qui nous enivrait !
BÉNÉDICT
Et lorsque plenvaient sur la scène
HENRIETTE
Les bouquets aux mille couleurs.
BÉNÉDICT
Ah ! ces jours-là vous étiez reine...
HENRIETTE
Avec ma couronne de fleurs !
ENSEMBLE
Ah ! le bon temps !
Quels doux instants ! etc.
BÉNÉDICT
Et vous rappelez-vous encore?..
A peine le rideau tombait,
L’éclio de la salle sonore,
LAC. NY. — Imprimerie de Yialat el Cie. — l\’° 11.
L’AMBASSADRICE
Ainsi donc, Bénédict... vous avez un bénéfice?.. bénédict. Oui, Madame... qu'on me devait depuis longtemps... depuis Vienne.
Henriette. Où vous avez eu de grands succès?
BÉNÉDicT. A ce qu’ils disent... et alors M. Fortunatus a doublé mes appointements.
Henriette. Ah! tant mieux! vous êtes donc heureux? bénédict. Non, Madame... mais je suis riche. HENiUETTE. Et nos anciens amis, et Charlotte? bénédict. Ah! celle-là elle est au pinacle!., elle a en, à. Vienne, un succès de rage!.. Tons les soirs, des vers... desbouquets etdes bravos... tous les journaux retentissaient de ses éloges... il n’était question que d’elle... comme de vous autrefois!
Henriette. Oh! moi... l'on n’en parle plus! bénédict. C’est ce que je me disais : C’est étonnaht... on ne parle donc pas des duchesses ! tandis que Charlotte la cantatrice... et puis... ce n’est rien encore... Là-bas, A Vienne, elle avait tourné toutes les tètes... c'était a qui ! lui ferait la cour... M. le duc, votre mari, a dû vous le | dire.
Henriette. Non, vraiment, il ne m’a rien dit. bénédict. Ah!., c’est différent!., tous les grands seigneurs étaient à ses pieds. . Ces nobles d’Allemagne, si ! fiers et si hautains, se disputaient à qui serait reçu chez elle... à qui l’entourerait de soins el d’hommages... Enlin, tout comme vous... dans votre temps... avant voire bonheur.
Henriette, àpart. Oui, vraiment.
bénédict. Mais vous avez un si bel emploi maintenant... je veux dire un si bel état! Et puis, tant d’éclat... tant d’estime... tant de considération surtout.
Henriette. Silence!., c’est la sœur de mon mari.