‹ Å’uvres illustréesChapitre 1127 sur 1154 · SCENE VH · texte numérisé non relu

SCENE VH

PEPITO, ASCANIO, FÉDÉRIC, GIANINA.

(Fédéric va se placer près d’ Ascanio: il a son chapeau sur la tête et il est prêt à s’asseoir à la table. Il va déposer son chapeau près de la niche de la petite statue de pierre à droite ; et, tournant le dos à ses compagnons, il cache derrière la Madone un papier qu’il a tiré de son gousset. — Tout cela s’est exécuté sur le chœur précédent. — Pepito, qui est à l’autre extrémité du théâtre, à gauche, l’examine avec inquiétude.)

pepito, qui a suivi de l’œil tous les mouvements de Fédéric. C’est sa réponse! (Il s’approche de la statue de pierre et, au moment où personne ne le regarde, il saisit le papier.) Je la tiens!

ascanio, à gauche, à Gianina qui lui verse du café. Merci, ma gentille Hébé!

gianina. On voit bien que ce sont des prisonniers d’État, et des gens riches! tous les matins du café!..

ascanio. Oh! du café ! tu le vaDtes!.. (Gianina, tenant toujours sa cafetière à la main, s'approche de Pepito.) gianina, à voix basse. Eh bien!., tout est-il disposé?.. pepito, de même, vivement et avec terreur. C’est fait!., c’est fait!., mais ne me parlez pas... ne me regardez pas... On pourrait se douter... de quelque chose.

REBECCA

gianina, à demi-voix. C’est qu’il y a du bruit dans la ville... On bat le rappel... (Se retournant vers les prisonniers à qui elle va verser.) Voilà, Messieurs, de la crème excellente.

pepito, effrayé et à part. Ah ! mon Dieu! ça n’est pas au moment où l’on va redoubler de surveillance que l’on peut tenter une entreprise pareille!., et pour ma part je... (Jetant les yeux sur le papier qu'il vient de dérouler d’une main.) Que vois-je?.. (Lisant.) « Ma vie, telle « qu’elle est désormais, ne vaut pas la peine que, pour « la sauver, j’expose celle d’un ami... Je le remercie et « refuse, résigné à la mort que j’attends... » Est-il possible !.. il refuse... il refuse pour ne pas m’exposer... Ah! l’honnête homme! le brave homme!., je donnerais pour lui ma vie .. (Se reprenant vivement.) Non... mais tout, excepté cela! (Il serre le papier dans sa poche. Apercevant un soldat qui entre.) Dieu! un soldat!.. (A part.) Il m’a fait une peur!.. (Le soldat lui présente une lettre.) Une lettre pour un prisonnier... qui est bien protégé, celui-là!..

tous, avec empressement. Pour moi?

pepito. Non, non. . . pour le seigneur Ascanio del Dongo. ascanio, qui s’est levé de table et qui a couru près de Pepito. L’écriture de ma mère!

pepito. C’est égal!., je dois voir, avant tout, si elle ne renferme rien de contraire à la sûreté do l’Etat. ascanio, avec colère. Par exemple!

pepito. C’est la consigne... Sinon, je serai obligé de la renvoyer cachetée!

ascanio. Allons donc, et puisqu'il le faut... lis! pepito, lisant. « Mon cher enfant, je n’existe plus de- « puis que vous êtes en prison... J’ai déjà obtenu de votre « père qu’on vous laisserait prendre l’uniforme... » ascanio. Ah ! mon excellente mère... pepito. « Quant à votre désir insensé de vous marier, « on y accéderait encore, malgré votre jeunesse, s’il y « avait possibilité ou même prétexte à notre consentement. « Mais réfléchissez!.. Quelles que soient les qualités que « je me plais à lui reconnaître, une jeune fille qui n’a ni « naissance, ni titres, ni fortune, ne peut épouser un del « Dongo! (S' attendrissant en lisant.) Et si vous m’aimez, « mon fils, autant que je vous aime, faites-moi ce sacrifice.» ascanio. Ah! ma mère!

pepito, avec attendrissement . Faites-lui ce sacrifice. Monsieur...

ascanio, à Pepito. Achève donc.

pepito. « J’attends avec impatience votre réponse, que « mon messager me rapportera. »

ascanio. J’y cours.

pepito. « Les choses sont ici, du reste, dans un tel état « d’exaspération, que le ministre a dù conseiller au prince « un dernier et terrible exemple!.. Uasignéce matin... » Ah ! mon Dieu ! . .

ascanio, qui est revenu sur ses pas et qui vêtit prendre la lettre. Qu’est-ce donc?..

pepito, troublé. Rien... rien... ce n’est pas lisible... fédéric, qui est toujours assis près de la table, lui arrachant la lettre. Allons donc! ( Achevant de lire.) « Il a signé ce matin l’arrêt de mort du jeune marquis de « Palavicini... qui sera exécuté ce soir, à dix heures... » (Lui rendant la lettre.) L’écriture est superbe !.. (A Ascanio, lui présentant sa fosse.) Je vous demanderai une seconde tasse de café. ( Tous les prisonniers font un mouvement. Pepito leur fait signe de ne pas avancer et de laisser seuls les deux jeunes gens; tous se retirent. Gianina est sortie par la porte à gauche, après l'entrée du soldat, emportant dans un panier les tasses des prisonniers qui se sont levés de table. Pepito sort par la porte à droite, et les deux jeunes gens restent seuls , Ascanio debout et tenant encore la lettre qu’il froisse entre ses mains, et Fédéric achevant tranquillement ton déjeuner.)

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