‹ Å’uvres illustréesChapitre 1138 sur 1154 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

GIANINA, REBECCA.

rebecca. Tu es donc mariée?

gianina. Comme vous, depuis hier!.. Nous n’avons pas perdu de temps. Quand mon oncle a vu les cinq mille ducats que Pepito possédait, grâce à vous! il a dit oui... (/ laissant les yeux.) Dame! moi, je n’ai pas dit non... et cclaaété fait tout, de suite... çan’est pas longcn Italie... en un instant on se trouve bénits... et unis!.. Allez, mes enfants! Mais ça ne m’a pas fait oublier la promesse que je m’étais faite de venir ici de bon matin. rebecca. Pour me voir’..

gianina. Et pour savoir!.. Aussi me v’ià... Voyons, dites-moi vite ce qui est arrivé depuis que je vous ai quittée?..

rebecca. Il y a... que je suis ravie, enchantée, et heureuse!

gianina. C’est comme moi...

rebecca. D’abord, je suis arrivée ici avec mon père.

gianina. Je le sais bien.

rebecca. Parce que mon mari était au palais... et on m’a reçue comme une princesse... comme une reine! gianina. C’est juste... Et après?

rebecca. Et puis, on m’a menée là... (Montrant la porte à droite.) dans ma chambre à coucher... Tu la verras... on y est comme dans une châsse... de la soie bleue et de la dorure du haut en bas. gianina. C’est gentil !.. Et après?

rebecca. Un balcon en marbre donnant sur un jardin délicieux... et ce jardin donne sur un autre, celui de l’hôtel del Dongo... Nous sommes voisins! gianina. C’est drôle !.. Après?

rebecca. Mais j’ai mieux aimé rester ici... parce que c’est ce boudoir... tu sais... ce boudoir dont je t’ai parlé... gianina. Je sais! je sais!.. Et après?

rebecca. On nous y a servi à souper, avec mon père, qui est resté à causer avec moi, et qui s’est retiré au moment où l’on a annoncé M. le marquis. gianina, avec satisfaction. Ah!.. Eh bien? rebecca. Il était superbe! en grand habit de cour... qui lui allait si bien! Et il m’a dit, avecuue voix pleine de douceur : Pardon, mon enfant, des affaires d’Etat me retiendront dehors une partie de la nuit... gianina, étonnée. Tiens!..

rebecca. Et il est parti en me disant : Rentrez dans votre appartement et dormez! Ah bien oui!... j’ai bien mieux aimé l’attendre... là, dans ce fauteuil. gianina, d’un air de mécontentement. Tiens!.. rebecca. Et il était bien tard quaud il est rentré! gianina, avec joie. Ah!. Eh bien?

rebecca. Il avait un travail très-important et très- | pressé, et il s’est mis à son bureau.

gianina, d’un air de reproche. Tiens!..

rebecca. Et moi, j'ai pris mon rouet... que voilà! gianina, stupéfaite. Bah!..

rebecca. Mais, au lieu de travailler... il s’est mis à me 1 regarder... j

gianina, avec contentement. Ali!., eh bien? ,

rebecca. Et à me dire les choses les plus gracieuses du monde... d’un air si tendre et si troublé... gianina, vivement. Eh bien?..

rebecca. Et comme il causait... là, tout près... je crois qu’il m’a embrassée...

gianina, respirant avec satisfaction. Ah! enfin!.. Eh bien?..

rebecca. Eh bien! eh bien!., il m’a quittée et il est parti !

gianina, étonnée. Encore?..

rebecca. Qu’est-ce que tu as donc?

gianina. Rien! (A part.) Il paraît que c’est comme ça chez les ministres.

rebecca. Et toi, Gianina?

gianina. Ah! dame... moi je n’ai pas eu de réception de reine ni de princesse... ni des appartements tendus en Soie et en or, et Pepito n’est pas un grand seigneur... mais... mais il est très-aimable... très-aimable!

rebecca. Je crois bien! il n’a que cela qui l’occupe !. .

Il n’a pas, comme mon mari, des travaux importants, des rapports... (Montrant le papier qui est resté sur la table à droite.) comme celui-ci... à écrire toute la nuit.

gianina, qui est prés de la table, prenant vivement le papier et le parcourant des yeux. Un rapport! (Jetant un coup d’œil.) Ah! mon Dieu!..

rebecca, de loin. Ne lis pas! ne lis pas!.. C’est un secret d’Etat ! C’est donc bien terrible ! car te voilà toute tremblante!.. J’ai eu bien raison de ne pas regarder!

gianina. Oui, sans doute. (A part.) Elle en serait morte !

rebecca. Mais, puisque le mal est fait, dis-moi ce qu’il y a? (Pendant que Rebecca remonte le théâtre pour voir si personne n’écoute.)

gianina, traversant le théâtre et passant à gauche en déchirant le papier, dont elle met les morceaux dans sa poche. Ce qu’il y a?.. (A part.) Vouloir, dès ce matin, rompre son mariage parce qu’elle aime Ascanio! rebecca, revenant près d’elle. Eh bien! tu dis donc? gianina. Je dis... qu'il se trompe! que ce n’est pas possible!., et que, s’il y a quelqu'un au monde dont je répondrais autant que de moi... et plus encore peut-être, c’est... (En ce moment, la porte à droite s’entr’ouvre, et l'on voit Ascanio qui passe la tète. Il n’est pas vu de Rebecca, qui lui tourne le dos ; mais Gianina, qui est en face de lui, l’aperçoit et pousse un cri perçant.)

gianina. Ah ! (Au cri de Gianina, Ascanio rentre dans la chambre à droite.) rebecca. Qu’as-tu donc?..

gianina, portant la main à ses yeux. C’est à confondre !.. c’est à ne pas croire!

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