‹ Å’uvres illustréesChapitre 114 sur 1154 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

BÉNÉDICT, HENRIETTE

bénédict, regardant sortir la comtesse. Bravo! c’est bien... aussi bien que si vous le lui aviez dit en musique. ( Voyant gu’ Henriette s’est assise et pleure.) Eh mais! qu’avez-vous donc, vous pleurez?

Henriette, avecunc vive émotion. Ah! mon Dieu! que cette scène m’a fait mal.

bénédict. Moi qui la croyais si heureuse !

Henriette. Ést-cc donc là le sort qui m’attend ! Est-ce pour de pareils outrages que j’ai échangé mon indépendance, que j’ai renoncé à cet art, à ce talent qui faisaient ma gloire et mon bonheur ?

bénédict. Vous qui aviez chez nous les honneurs, la fortune et l’amitié, car nous vous aimions tous... je ne parle pas de moi, c’est tout simple... mais les autres... il n’y a pas de jour où l’on ne pense à vous, où l’on ne dise : Cette pauvre Henriette ! qu’elle était bonne ! qu’elle était aimable! qu’elle avait de talents, avant d’être duchesse.

Henriette. Ali! duchesse... je n’y tiens pas... mais du moins, son amour me reste, et me tiendra lieu de tout... car tant qu’il m’aimera, Bénédict, je ne regretterai rien.

bénédict, secouant la tête. Certainement, tant qu’il vous aimera... mais ces grands seigneurs, çaaime touslcs succès, toutes les renommées,

Henriette. Que voulez-vous dire?

bénédict. Oh! rien. On ne peut pas empêcher les propos, quelque absurdes qu’ils soient... et on a prétendu à Vienne, comme si c’était possible, qu’ün instant séduit par les triomphes de Charlotté...

Henriette. Qui ! M. le duc!

bénédict. Je n’ai pas dit cela.... je ne l’ai pas dit. Henriette. Et vous avez raison, il ne me tromperait pas, lui... c’est impossible.!. (A part.) et pourtant, cette légèreté dont me parlait sa sœur... son embarras, ce matin, quand on a prononcé le nom de Charlotte... ah ! j’irai ce soir au spectacle... leducy sera aussi. (Décachetant V enveloppe de la lettre .) Si de cette loge... j’examinerai. (Regardant le papier quiest sous l’enveloppe.) Ah! mou Dieu! ce n’est point un coupon de loge, c’est une lettre, une lettre de Charlotte! c’est son écriture, a Non, mon- « sieur le duc, vous ne trouverez point ici la loge grillée « que Fortunatus vous envoyait, et quif j’ai prise. Je vous

L’AMBASSADRICE

« demandé, ce matin, une audience que vous n’avez pas « voulu m’accorder... il n’en était pas de même à Vienne. »

bénédict, C’est assez clair.

Henriette. « J’ai une pétition à vous présenter, et vous « aurez la bonté de me recevoir et de m’écouter dans votre « loge grillée, qui est aujourd’hui la miehne, sinon, c’est « à Henriette que je m’adresserai... et l’explication que « j’aurai avec elle sera moins amusante que celle de ce « matin avec sa respectable tante. » (Avec douleur.) Ali! plus de doute maintenant... moi qui avais en lui tant d’amour, tant de confiance ! c’est affreux !

Page 1