SCENE
LE PRINCE, STELLA, entrant par la gauche en se disputant.
DUO
STELLA
Eh quoi! Monsieur, toujours vous plaindre! le prince.
Et n’ai-je pas raison, hélas!
STELLA
Lorsqu’au terme on est prêt d’atteindre ! le prince.
Mais ce jour ne finira pas!
STELLA
C’est peu de patience, ou bien peu de tendresse!
Songez qu’une heure encore!., une heure de sagesse...
Et je vous appartiens pour jamais !
le prince.
J’entends bien!
Mais une heure est un siècle!., une heure de sagesse. Quand le cœur bat d’amour et d’espoir et d’ivresse.
Car vous ne savez pas quel amour est le m’en (Se rapprochant très-près d’elle.)
Et si je vous disais depuis quand je soupire !..
STELLA
Oui... oui .. mais de plus loin tâchez de me le dire.
ENSEMBLE
Plus loin, plus loin!., encor plus loin!
Oui, j’en prends le ciel à témoin,
Votre amour lui-même Me glace d’effroi! -É&
Et si je vous aime,
Ah! c’est loin de moi!
le prince, qui s’est placé à l’autre extrémité du théâtre. Eh bien! eh bien ! est-ce assez loin ?
Sagesse suprême,
J’admire ta loi !
Quoi! son amour même L’éloigne de moi !
stella, regardant le prince qui lui tourne le dos. Quoi! vous êtes fâché! vous boudez?
Oui, vraiment!
STELLA
D’où vient cette colère extrême?
LE PRINCE
Me renvoyer !
STELLA
Parce que je vous aime !
Songez qu'un désir imprudent.
Songez que la faveur même la plus légère...
LE PRINCE
Quoi ! rien qu’un seul baiser !..
STELLA
Vous renverrait sur terre!
le prince.
O ciel !
stella, s’approchant plus près encore de lui.
Et qu’il faudrait renoncer à l’espoir De s’aimer... et de se revoir!
le prince, sans la regarder et l’éloignant de la main. Plus loin! plus loin?., encor plus loin!
ENSEMBLE
Oui, j’en prends le ciel à témoin! ,
Votre aspect lui-même Me glace d’effroi.
Et si je vous aime.
Ah! c’est loin de moi!
stella, à Vautre bout du théâtre, à gauche.
Eh bien!., eh bien! suis-je assez loin?
Sagesse suprême.
J’admire ta loi.
Son amour lui-même L’éloigne de moi !
(Le prince s’asseoit au bout du théâtre, à droite.)
LE PRINCE, assis.
Allons! sur ce sopha, s’il le faut, je demeure!
STELLA
C’est plus prudent ! .
le prince.
Mais c’est bien ennuyeux!
Nous n’avons plus, je crois, rien qu’une demi-heure! STELLA.
A peu près !
LE PRINCE
Et comment l’employer à nous deux?
STELLA
On peut causer!
Sur quoi voulez-vous que l’on cause ?
STELLA
Ou danser!
LE PRINCE
Non vraiment!
STELLA
Monsieur, je le suppose,
Préfère la musique, et cela vaut bien mieux! g -, Séduisante et folle.
Elle nous console ;
Son pouvoir divin Calme le chagrin.
Le temps qui se traîne S’écoule sans peine Et s’enfuit soudain Au son d’un refrain!
Et je le vois, ce pouvoir-!à,
Ah! ah! ah! ah! ah! ah!
Sur votre cœur a réussi déjà.
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah !
LE CHEVAL DE BRONZE
ENSEMBLE
O toi, mon idole.
Mon cœur se console Au pouvoir divin De ce gai refrain !
Ta voix qui m’entraîne Dissipant ma peine.
Loin de moi soudain Bannit le chagrin !
STELLA
Séduisante et folle.
Elle nous console;
Son pouvoir divin Calme le chagrin.
Le temps qui se traîne S’écoule sans peine Et s’enfuit soudain Au son d’un refrain !
le prince, courant brusquement à Stella.
Stella! Stella!
STELLA
Qu’avez-vous donc?
LE PRINCE
L’heure a sonné!
STELLA
Vraiment non!
J’en suis, sûr et je crois entendre...
STELLA
Et moi, j’en suis certaine, il faut encore attendre ! le prince, avec dépit.
Attendre est bien facile alors qu’on n’aime rien!
stella, avec douceur.
Mais je vous aime, et vous le savez bien ! le prince, avec chaleur.
Ah! si vous m’aimiez, inhumaine!
Vous seriez sensible à ma peine!
(Lui prenant la main.)
Si vous m’aimiez !
stella, retirant sa main avec effroi.
Laissez-moi, je le veux!
le prince, avec dépit.
C’en est trop! je rougis de l’amour qui m’enchaîne.
Oui, je sais le moyen de fuir loin de ces lieux!
Et j’y cours!..
(Il fait quelques pas pour sortir.)
STELLA
Partez donc ! partez !
le prince, revenant.
Oui, je le veux !
ENSEMBLE
Cédons au dépit qui m’entraîne,
Oui, fuyons loin d’une inhumaine Dont les regards indifférents Portent le trouble dans mes sens !
STELLA
Qu’il cède au dépit qui l’entraine.
Que rien ici ne le retienne!
Cachons à ses yeux les tourments Et le trouble que je ressens?
(Stella va s’asseoir sur le banc à gauche.) STELLA, assise, et regardant le prince qui ne s’en va pas. Eh bien?..
le prince, revenant près d’elle.
Oui, vers toi me ramène Un feu que rien ne peut calmer !
(Il se met à genoux près de Stella toujours assise .) STELLA.
Laissez-moi, je respire à peine!
LE PRINCE
Ah! si ton cœur savait aimer.
Si le mien pouvait l’animer!..
ENSEMBLE
LE PRINCE
Sa main a frémi dans la mienne,
L’amour et m’enivre et m’entraîne.
Je cède aux transports délirants Qui s’emparent de tous mes sens !
stella, cherchant à se défendre.
Laissez-moi, je respire à peine...
Sa voix et me trouble et m’entraîne,
Ayez pitié de mes tourments Et du trouble que je ressens!
(Stella éperdue, hors d' elle-même, laisse tomber sa tête sur l'épaule de Yang, qui l’embrasse. — Le tonnerre gronde, et Yang, qui était un genou en terre près de la princesse, est soudain englouti et disparaît. Stella pousse un cri d’effroi, et tombe à moitié évanouie dans les bras de Lo-Mangli, qui entre en ce moment.)