SCENE 1U
BETTY, CARILL.
carill. Deux cents guinées! et où veut-il que je les trouve? que le diable l’emporte, lui, et ses... (Se reprenant.) Non, non, je ne dis pas ça, parce que, si le diable m’entendait, lui qui est près d’ici...
betty. Tu crois ça; mon Dieu, que t’es simple! Sais-tu, Carill, que si on voulait t’en faire accroire?..
carill. Dame, tu viens de l’entendre. Il faut que ton père soit bien hardi, lui qui n’a pas la conscience trop nette, de s’exposer ainsi à rencontrer dans la tour ce grand fantôme; il y a de quoi en mourir.
betty. Je serais donc morte, moi?
carill. Est-ce que tu l’as vu?
betty. De mes deux yeux. Depuis trois jours que je suis revenue auprès de mon père, j’ai deviné sans peine, a son embarras, qu’il y avait quelque mystère, et qu’il se joua t de moi. Dame! quand on me trompe, je prends ma revanche; retiens bien ça.
carill. C’est bon à savoir ; si bien donc...
BETTY. Si bien donc qu’hier, en regardant par hasard (car moi, je regarde toujours), j’ai aperçu qu’on avait laiss 5 une clé, (Montrant celle à droite de l’acteur.) et tiens, elle y est encore, crac, je suis entrée. carill. Ah! mon Dieu! et tu as vu...
betty. Personne, qu’un grand chevalier armé de pied en cap.
carill. Et qu’est-ce qu’il t’a dit .
betty. Rien, attendu que c’était une armure; celle du fameux Robert Bruce. Tout auprès, il y avait sur une table une mandoline, des crayons, des pinceaux, une grande armoire dorée avec des livres. Pendaut que j’étais à examiner tout cela, j’entends un léger bruit. Je me blottis dans la cuirasse de Robert; d’une main je prends sa lance, de l’autre sa hache avec laquelle il f endait un homme en deux d’un seul coup, et, baissant la visière de son casque... carill. O ciel !
DUO
Seule, dans cette armure.
Et tu n’es pas morte de peur?
betty.
Pour obliger, je te le jure,
Belty toujours aura du cœur.
CARILL.
Et qu’as-tu vu de cette armure ?
BETTY
Ah ! c’était un beau revenant.
CARILL.
Beau !
BETTY
Charmant.
CARILL.
As-tu remarqué sa figure?
Avait-il l’air bien menaçant?
BETTY
Non, vraiment, car ce revenant
Est une jeune prisonnière Qu’à tous les yeux on cache dans la tour,
LITS DEUX NUITS
Type de Malvina.
CARILL.
Mais pourquoi donc un toi mystère!
Dans tout cela j’entrevois de l’amour.
BETTY
Elle gémit, elle soupire :
Puis elle dit : Edouard! Edouard!
CARILL.
' , , Vraiment!
Edouard, c est le nom d’un amant.
BETTY
Si nous pouvions soulager son martyre.
CARILL.
Si nous pouvions apaiser son tourment.-
BETTY
Mais comment?.. Gomment?..
ENSEMBLE
Charmante solitaire,
Parlez, que faut-il faire ?
Ah ! pour nous quel plaisir De pouvoir vous servir !
BETTY
Voyons, cherchons.
CARILL.
Cherchons quelque moyen.
BETTY
Voyons, cherchons.
CARILL.
Pour moi, je ne vois rien.
BETTY
Si l’on pouvait...
CARILL.
Par une lettre...
BETTY
Oui, mais comment?
CARILL.
La lui remettre.
BETTY
Et ce billet...
CARILL.
Qui le fera?
BETTY
11 a raison...
CARILL.
Qui l’écrira?
BETTY
Qui l’écrira?
CARILL.
Cç n’est pas mol,
LES DEUX NUITS
BETTY
Tu n’écris pas?