‹ Å’uvres illustréesChapitre 18 sur 1154 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

RODOLPHE, ZANETTA

zanetta. Ah!vousvoilà,Monsieur!.. on a assez de peine à vous trouver. Je ne vous ai pas revu depuis votre belle promenade en mer.

Rodolphe. Et tu étais inquiète?

zanetta. Du tout... j’ai su ici la première qu’il ne vous était rien arrivé.

Rodolphe. La première?., et comment?

zanetta. Par quelqu’un qui ôtait. . qui était là grâce au

ciel! près de vous... et quim’a apprisque vous étiez sauvé!., sans cela!..

Rodolphe, souriant. Sans cela! qu’aurais-tu fait?

zanetta, tranquillement. Tiens!,, c’tc demande... il n’y avait plus rien à faire! ( Négligemment .) La mer est assez grande... il y a place pour tout le monde.

Rodolphe. Que dis-tu?

zanetta. C’est tout naturel. . où vous reste», je reste... où vous allez... j’irai!

Rodolphe. Toi ! Zanetta ?

zanetta. Ali!,, ce que je dis là... vous n’en auriez jamais rien au... si Je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que vous m’avez parlé le premier... parce que vous m’avez avoué ee matin que vous m'aimiez.

Rodolphe. Et cet amour-là ne t’a pas étonnée?

zanetta, tranquillement. Mais non!., moi je vous aimais tant... il se peut bien que ça se gagne!,, et depuis deux ans...

Rodolphe... surpris. Deux ans?..

zanetta. Dame!., vous savez bien.,, depuis la chaumière.

Rodolphe, avec embarras. Certainement... cette chaumière.

zanetta. Quand je vous vis apporter... tout pâle,., et sans connaissance., un grand coup de sabre... là, à la poitrine!.. Ah! la vilaine chose que la guerre!

«odolphe, Oui, oui... à la bataille do Bitonto! je crois me rappoler.

zanetta. Pardine! un coup de sabre comme celui-là, ça ne s’oublie pas... j’étais aussi pâle que vous... Et mon père qui disait : « Est-elle béto, elle a peur d’un blessé. »

Ce n’était pas do la peur que j’avaig. ..

Rodolphe. Oui... près de mon lit.., une jeune fille qui me soignait. . qui (enait ma main !..

zanetta. C’était moi... Vous m’avez donc vue?..

Rodolphe, vivement et lui serrant la main. Mais certainement!..

zanetta. Je ne le croyais pas... car le lendemain, quand votre père, le général, vint vous chercher... à peine aviezvous repris connaissance... Mais il ne nous oublia pas... lui... Et cette place de concierge, ici... dans ce château.

Rodolphe. C’est mon père qui vous l’a fait obtenir... qui s’est chargé d’acquitter ma dette.

zanetta. Juste! et le battement de eceur que j’ai eu ia première fois que je vous ai aperçu dans les jardins, avec une foule de seigneurs... Ah! je n’en voyais qu’un seul!,, mais je serais morte plutôt que de vous parler... Seulement, une fois... mais ça n’est pasbien... et je ne sais pas si je dois vous le dire...

RODOLPHE. Dis toujours!

ZANETTA

ROMANCE

% PREMIER COUPLET

Dans cçs magnifiques jardins,

Où je me tiens sans qu’on me voie,

Un jour s’échappa de vos mains,

Un riche et beau mouchoir de soie;

Je m’approchai, bien lentement...

le ramassai doucement,

En tremblant...

Et tout ce qu’en mon trouble extrême,

J’éprouvai dans ce moment-là...

( Montrant le mouchoir qu’elle porte noué en écharpe autour de son cou.)

Demandez-lui i (bis) mieux que moi-même,

Il vous le dira !

DEUXIÈME COUPLET

C’était mal! et je sentais bien,

Qu’à ma place, une honnête fille Eût dû vous rendre votre bien...

Je le cachai sous ma mantille!

ZANETTA

Tous les jours je le regardais...

Lui parlais!..

Et tous les soirs, je lui disais Mes secrets...

(Elle porte vivement le mouchoir à ses lèvres, sans que le comte la voie.)

Et tout ce qu’eu mon trouble extrême.

J’ai pensé depuis ce jour-là...

(Détachant son mouchoir et le présentant au comte.)

Demandez-lui : (bis) mieux que moi-même.

Il vous le dira!

Rodolphe, prenant le mouchoir. Merci, Zanetta! merci !.. je le garderai... comme souvenir... de votre amitié... d’une amitié qui me rend plus coupable que je ne croyais.

zanetta. En quoi donc?

Rodolphe. Mais si, par exemple, il m’était impossible de la reconnaître... en ce moment du moins...

zanetta. Ah! je ne suis pas pressée... maintenant que vous m’aimez, j’ai de la patience... La sorcière dont je vous parlais ce matin et que j’ai consultée en lui montrant cette écharpe, m’a bien prédit que la personne de qui je la tenais m’aimerait et m’épouserait.

Rodolphe, vivement. Par exemple !

zanetta. C’est étonnant, n’est-ce pas? Voilà déjà la moitié de la prédiction accomplie... le plus difficile... (Négligemment.) Pour le reste... quand vous le voudrez... (Geste de Rodolphe.) Non... j’ai voulu dire : quand vous le pourrez... peut-être jamais!.. Qu’importe!., je vous attendrai toute ma vie, s’il le faut.

Rodolphe, vivement et faisant un geste vers elle. Zanetta!..

zanetta. Qu’avez-vous donc?

Rodolphe. Je t’ai fait peur !

zanetta. Non... mais au geste que vous avez fait, j’ai cru que vous vouliez m’embrasser.

Rodolphe. Et cela ne te fichait pas?

zanetta. Du tout!., un fiancé... (Rodolphe l'embrasse .)

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