‹ Å’uvres illustréesChapitre 216 sur 1154 · SCENE VH · texte numérisé non relu

SCENE VH

Les précédents, hors LÉOCADIE.

fernand. C’est à-dire que c’est à mon nouveau titre, et non à mon mérite personnel, que je devrai cette faveur. Sais-tu, Philippe , que ta sœur est très-singulière? Sous son costume villageois, elle a un air de dignité qui impose. Don Carlos ne lui parle jamais qu’avec respect ; et moi-même je n’ose plaisanter avec elle... comme avec Sanchette, par exemple.

sanchette. Je vous remercie de la préférence.

PHILIPPE. Que voulez-vous? elle a été élevée par une tante qui lui a- donné, pedî-être à tort, l’éducation et les manières d’une grande dame ; vous vousyhabituercz. Mais savez-vous que c’est une bonne action que vous avez faite là, mon capitaine? vous charger dece pauvre ‘Jaetit diable ! fernand. ll n’y a pas de mal, mon ami ; cela en répare

LÊOCADIE.

d’autres qui ne sont pas aussi belles : j’ai cncoro de la marge pour ô'ro au pair!

Philippe. Vous, capitaine!

FERNAND. Oui, oui ; il ne faut pas croire, parce que vous me voyez po;é et raisonnable, que j’aie loujoursété cornmo cela : je ne parle pas des petites distractions qui arrivaient au régiment, parce que lu sais bien, Philippe, qu’entre militaires...

sanciiette, à Philippe. Gomment, Monsieur... fervand. Hein! qu’cst.-cc que je fais donc là devant la future ? ne parlons pas de cela : ce n’est rien; mais quand j’y pense, et que je me rappelle les aventures do ma vio ! nous avons surtout quelques vilains chapitres! Tiens, Philippe, je te raconterai cela quelque jour, quand nous aurons une vingtaine d’années de mariage. Je cours chercher mon jeune page, je veux le faire habiller pour la cérémonie. Dites donc, j’aurais pourtant bien voulu savoir quelle est sa mère; j’ai interrogé la vieille Catherine, parce que je suis assez curieux de ces aventures-là; mais elle ne sait rien...

pu lippe. On croit que c’est lo fruit do quelquo hymen

secret.

Fernand. Ou peut-être... car enfin. .. c’est possible... sanciiette. Ah! mon Dieu, oui; car, d’après ce qu’on disait hier chez mon oncle...

FERNAND. Comment? il y a dos caquets... mémo chez l'alcade!

sanciiette. Je crois bien, c’est là qu on les fiait.

FERNAND. Dites-les-moi vite, je veux tout savoir.

sancubtte.

PREMIER COUPLET

Voilà trois ans qu’en ce village Nous arriva ce bel enfant;

El chacun dans le voisinage Dit qu’il doit être d’un haut rang.

Par sa grâce et son doux souriro Tous les cœurs sont Intéressés;

Mais du reste on n'en peut rien dlro;

Et voilà tout ce que je sais!

DEUXIÈME COUPLET

Jamais, hélas ! jamais sa mère Près de lui n’a porté ses pas;

Sa nourrice est uue étrangère Qui même ne le connaît pas ;

En secret quelquefois encore Des présents lui sont adressés;

Pour le reste, chacun l’ignore;

Et voilà tout ce que je sais!

TROISIÈME COUPLET

Malin et soir, dans la prairie,

Nous nous amusons de ses jeux;

Mais c’est moi, c’est Léocadie Que toujours il aime le mieux.

Qu'il est joli ! qu’il est aimable !

Si mes vœux étaient exaucés,

Moi, j’en voudrais un tout semblable ;

(Philippe lui fait signe de se taire, et elle reprend l’air en baissant les yeux.)

Et voilà tout ce que jo sais !

fernand. C’est déjà quelque chose, et cela redouble encore ma curiosité. Si vous pouviez, ma petite Sanciiette, vous qui avez de l’esprit, découvrir le mot de l’énigme, ou seulement le nom de la mère, tenez, je vous donnerais cette belle chaîne d’or que vous regardiez hier avec, tant de plaisir.

sanchette. Vrai?., oh!.. oui,feous ne me la donneriez pas...

FERNAND. Tu te méfies de moi; (La lui jetant au cou.) tiens, la voilà d’avance, tant je suis sûr que tu la gagneras, parce que tu.es si adroite et si jolie... C’est que vraiment, Philippe, la future est charmante; un air malin, un regard ...(llquitte brusquement sa mainqu’il avait prise.)

Eh bien! qu’est-ce que j’ai donc, moi?., ces souvenirs de . garnison... (Haut.) Adieu, ma petite,

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