LÉOCADIE, DON CARLOS
LÉOCADIE. Quoi! Monseigneur, c’est vous que nous re- j cevons dans notre chaumière! Que dira Philippe, quand il saura que son colonel a daigné venir chez lui ?
don carlos. Il ne me doit aucune reconnaissance; j’ai | besoin de lui parler.
léocadie. Depuis deux heures il n’est pas rentré, et j’ignore où il est allé ; mais je cours m’informer...
don carlos, laretenant. Restez, Léocadie, vous pouvez m’instruire aussi bien que lui de ce que je veux savoir. Est-il vrai que le mariage de votre frère soit rompu?
léocadie. Oui, Monseigneur.
, don carlos. Et pour quelle raison ?
léocadie. Je ne sais; ni lui ni le seigneur Crespo n’ont voulu nous le dire; mais Philippe était dans une fureur que ma vue et mes prières semblaient augmenter encore. Alors je n’ai pas osé insister, et je me suis retirée ici avec Sanchette, que j’essaye en vain de consoler.
don carlos. C’est son oncle, c’est Crespo qui est cause de tout. Depuis qu’il est alcade de ce village, il a pour sa ' nièce des prétentions et des idées de fortune. . Si ce n’est que cela, j’espère rétablir entre eux la bonne intelligence, et je veux maintenant que ce mariage ait lieu en même temps que celui de ma sœur.
léocadie. Quoi ! Monseigneur, vous daigneriez?., vous voulez que tout le monde ici vous doive son bonheur!
don carlos. Il n’y a que vous, Léocadie, qui ne vouliez rien me devoir. D’où vient celte tristesse continuelle ? quelle est la cause de vos peines? car vous en avez. léocadie. Moi, Monseigneur?
DON CARLOS. Oui, et vous craignez de les confier à mon amitié; ne suis-je pas le protecteur de votre frère, le vôtre?
léocadie. Je connais l’excès de vos bontés, mais elles ne peuvent rien ici.
don carlos, gaiement. Peut-être : qu’en savez-vous? tout peut arriver. Il est des idées qu’autrefois je regardais comme impossibles à réaliser; et depuis ce matin je com-
mence à y croire aussi, Léocadie; j’attends ma sœur pour lui faire part...
léocadie. Et de quoi?
don carlos, se reprenant. Rien.,, nous en parlerons plus tard ; mais j’espère qu’aujourd’hui, pour le mariage de ma sœur et de Fernand, nous vous verrous au château. léocadie. Non, Monseigneur don carlos. Que me dites-vous?
DUO
LÉOCADIE
Dans une douce ivresse,
Des dons de la richesse Vos jours vont s’embellir.
Moi, dans cet humble asile,
Vivre obscure et tranquille,
C’est là mon seul désir.
DON CARLOS
Quoi! tels sont vos souhaits?
LÉOCADIE
Je n’en forme point d’autres.
DON CARLOS
Moi, j’ai bien mes projets,
Mais plus doux que les vôtres;
Je les confie à votre foi.
Ecoutez-moi.
(Reprise du premier motif.)
Dans une douce ivresse.
Je veux par la tendresse Voir mes jours s’embellir!
Près d’une épouse chère Passer ma vie entière,
C’est là mon seul désir.
léocadie, à part, avec émotion.
Dieu! que dit-il? ô trouble extrême!
don carlos.
Oui, de mes vœux le seul objet Est de trouver un cœur qui m’aime.
Mais .gardez-moi bien le secret.
ENSEMBLE
don carlos, à part, la regardant avec tendresse. Oui, d’espérance Et de bonheur Je sens d’avance Battre mon cœur.
LÉOCADIE
Quelle souffrance!
Ah ! pour mon cœur.
Plus d’espérance,
Plus de bonheur!
don carlos, avec joie.
Adieu, j’ai bon espoir :
Bientôt je pourrai vous revoir.
don carlos.
Oui, d’espérance Et de bonheur Je sens d’avance Battre mon cœur.
léocadie.
Quelle souffrance!
Ah ! pour mon cœur, - Plus d’espérance.
Plus de bonheur!
(Don Carlos sort par la porte du fond.)