SCENE IV
Les précédents, DON CARLOS.
don CARLOS. Ah! te voilà, mon cher Philippe; j’ai bien des nouvelles à t’aunoncor, et j’ai voulu te les apprendre moi-même.
Philippe. Je ne sais comment vous remercier de vos bontés, mon colonel ; mais vous me connaisses, et vous savez que depuis longtemps ma vie est à vous.
DON CARLOS. Tu me l’as trop bien prouvé, pour que je puisse l’ignorer. J’ai fait venir Crespo, l’alcade, qui a manqué me mettre en colère, quoique je n’en eusse guère envie!.. Croirais-tu qu’il n’a jamais voulu me dire pour quelle raison il te refusait sa nièce?
Philippe. C’est un hounôto homme, mou colonel. don carlos. Oui, mais c’est un obstiné; et il s’adressait mal, car j’avais décidé, moi, qu’il donnerait sou consentement. Qui s’oppose à ce mariage? lui ai-je dit; le grade de Philippe? je viens de le faire sous-licutenant.
Philippe, aofe joie. Quoi, mon colonel!..
DON CARLOS. Il m’a sauvé la vie, et dès Aujourd’hui je me charge de sa fortune. Enfin, d'un air embarrassé, il m’a répondu : Philippe connaissait le motif de mon refus ; eh bien! pourvu que tout reste entre nous deux, je donne mon consentement.
Philippe. Comment! il se pourrait!
DON CARLOS. C’est ce soir, à sept heures, que vous serez mariés. En attendant, Fernand, mon beau-frère, nous donne ce matin une fête charmante sur les bords du Tage ; le fleuve est couvert de barques et de goudoles préparées par ses ordres; mais il a manqué me chercher querelle quand il aappris que la cérémonie était retardée de quelques Injures; il est vrai que j’avais bien mes intentions. Tune sais pas... Je vais peut-être aussi me marier.
Philippe. Vous, colonel?
■^léocadie, à part. O ciel!..
DON CARLOS. Oui ; j’ai été de trop bonne heure maître de moi-même et de ma fortune. Dans ma première jeunesse, j’ai été l’esclave d’abord de mes passions, plus tard de celles des autres. Des idées de graudeur ou d'ambition ont occupé tous mes instants. Mais aujourd’hui, désabusé du monde, je ne veux plus vivre que pour moi-mème et pour mes amis. Voilà longtemps que je suis riche, je voudrais me retirer au sein de cette retraite, auprès çl’une épouse aimable, qui m’apportât en dot non une fortune dont je n’ai que faire, mais des qualités plus nécessaires à mon bonheur. Eh bien! Philippe, cette compagne de mon choix, je l’ai enfin trouvée : douce, bonne, aimante, et de plus d’une noble famille. Ma sœur pouvait seule peut-être blâmer un pareil projet ; je lui en ai fait part ; et ce n est pas, m’a-t-elle dit, quand je viens d’assurer son bonheur et celui de Fernand, qu’elle voudrait s’opposer au mien. Je puis donc épouser celle que j’aime.
Philippe. Que dites-vous?
don carlos. Je viens te demander ta sœur en mariage. Yeux-tu me la donner?
MORCEAU D'ENSEMBLE
léocadie.
Grand Dieu!
PHILIPPE
Malheureux que je suis!
(A Carlos.)
Si vous saviez quel destin est le nôtre? Accahlez-moi de vos mépris...
(Se jetant à genoux )
Mon colonel, je ne le puis!
DON CARLOS
O ciel!
(Froidement.)
Je te comprends, ta sœur en aimo un autro!
LÉOCADIE
Moi! jamais; et pourtant la fortune jalouse M’interdit pour toujours le nom de votre épouse.
DON CARLOS
Parlez. Il faut me découvrir Ce secret, dussé-je en mourir.
Je ne le puis...