‹ Å’uvres illustréesChapitre 246 sur 1154 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

ARTHUR, DARMENTIÈRES.

DARMENTIÈRES, le regardant sortir. Pauvre homme ! il est bien malade !

arthur, froidement. Ab! il a une maladie? DARMENTIÈRES. Oui. (A part.) Maladie d’argent! mal épidémique, et source de tant d’autres. (Haut.) Et je vous avoue que je suis inquiet pour lui.

arthur, froidement. Moi, je ne le suis pas . il est entre vos mains.

darmentièREs, avec embarras. Vous ôtes bien bon ; mais j’ai idée que, sans être médecin, vous pourriez m’aider dans le traitement.

arthur, froidement. Hier, peut-être; aujourd’hui, impossible; j’ai d’autres idées, je pars!

darmentières. Et pour quel endroit?

arthur. Ça, docteur, c’est mon secret.

darmentières. Et depuis quand en avez-vous pour moi? qu’est-ce que cela veut dire? qu’est-ce que cela signifie? Si vous avez quelque bonne fièvre, quelque bonne maladie, ça me regarde : je suis Votre médecin; et si c’est quelque chagrin, ça me revient encore, ça m’appartient, car je suis votre ami, et tout à l’heure je prenais votre défense auprès de mistress Berlington, votre tante, et je n’ai pas

craint, pour vous, de me fâcher avec ma meilleure malade.

arthur. Vous avez raison, docteur, vous êtes mon vrai, mon seul ami, et avant mon départ autant me confier à vous; voilà ma situation.

Dans lo monde, lorsque je voiî Uue femme au joli minois,

Je regarde, et cela m’ennuie;

Lorsqu’à table, dans un fostin.

On mo verse un pectar divin,

Je bols... et puis cela m'ennuie.

Oui, même «u sein de la folio,

Jtî fis, et puis cela m’ennuie.

Le son du cor retentissant,

Les chiens, les chevaux et la chasse,

Et le champagne pétillant,

Rien ne m’amuse, tout me lasse,

Alors, docteur, alors, ma foi,

Jo me suis dit à part moi :

Sur Celte terre Que puis-je faire?

J’ai Su, j’espère.

De tout user.

C’est mon envie :

Si tout m’ennuie.

Quittons la vie Pour m’amuser.

Oui, dans ma sagesse profonde,

Dès ce soir je serai parti,

Afin de voir dans l’autre monde SI l'on rit plus qu’en celui-ci.

9ur cette terre Que puis-je faire?

J’ai su, j’espère.

De tout user.

Rien ne m’y lie,

Et tout m’ennuie :

Quittons la vie Pour m’amuser.

i Tel est donc moh dessein, et sans plus de retards,

! Adieu, docteur, adieu; ce soir gaiment je pars.

darmentières. A merveille ! le spleen! une maladie, ou ! plutôt la plus grande extravagance que j’aie jamais rencontrée.

| arthur. Extravagance !

i darmentières. Oui, Monsieur, et pire encore! ingrati- ! tüde, manque dê procédés. Quand on a un médecin, on ne part pas, comme vous dites, sans sa permission, sans son ordonnance. Que diable! nous n’en refusons pas, et vous me ferez le plaisir de remettre encore de quelques | mois...

j arthur, froidement. Du tout; je partirai aujourd’hui à I une heure, je ma suis arrangé pour ceià.

I darmentières. Je vous demande une semaine de réflexion.

| Arthur, tenant sa montre. Je partirai à une heure.

! darmentières. Jusqu’à demain seulement.

Arthur, de même. Je partirai...

darmentières. Allez au diable! et faites comme vous voudrez. Je vous croyais mon ami, et comme tel j’avais un service à vous demander.

arthur, se levant, ün service! qu*est-cé que c’est? darmentières. Je n’en demandèpas aux gens qui partent, arthur. Oh! vous parlerez; allons, voyons! d’ici à une heure nous avons le temps.

darmentières, à part. Est-il obstiné ! (Haut.) Eh bien! cette lettre de change de dix mille francs que vous veniez toucher, en êtes* Vous bien pressé?

arthur. Oui; de vieux domestiques qui m’aimeut et à qui je voulais laisser celte Somme.

darmentières. C’est bien ! mais vous n’étes pas à cela près; et si vous pouvez attendre...

arthur, froidement. Je partirai à...

darmentières. Eh! je le sais de reste; mais dans ce cas on retarde un peu ; et s’il s’agissait de la vie d’un do

LA MÉDECINE SANS MÉDECIN

mes malades; si, en accordant un délai, vous sauviex un homme d'honneur, un père de famille...

Arthur. Ah! (Il tire l'effet de sa poche et le déchire en deux.)

darmentières. Eh bien! que faites-vous?

Arthur. J’acquitte.

DARMENTiÉREs. Je ne vous en demandais pas tant, mais c’est égal; et quoique entêté, vous êtes un brave jeune homme que J’aime, que j’estime. Cette action-là me fait du bien, et à vous aussi, j’en suis sùr. Cela va mieux, n’est-ce pas ?

Arthur. C’est vrai.

darmentières. Vous voyez Ce que c’esl que d’attendre; demain, peut-être, vous trouveriez aussi une occasion de ce genre-là; après-demain, encore... Allons, laissez-vous fléchir, jusqu’à demain.

Arthur. Je ne demanderais pas mieux ; mais qu’est-cc que je ferai ce soir?

darmentières. Nous tâcherons de vous égayer, de vous distraire : nous irons au spectacle.

Arthur, tristement. Des spectacles ! oh ! oui; des spectacles ; j’y al été hier, pour rire, à une pièce nouvelle, aux Français.

darmentières. Eh bien?

Arthur. Eh bien ! ça m’a décidé tout à fait.

darmentières. Ils en sont bien capables! Eh bien! nous irons ailleurs, nous ferons autre chose; attendez-moi ici, seulement un quart d’heure, et ne décidez rien avant mon retour; vous me le jurez?

arthur. Je promets.

darmentières. Allons voir mon autre malade, et lui rendre la vie. (Il sort.)

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