SCENE XIV
Les précédents, AGATHE , ARTHUR.
AGATHE, accourant entre eux. Ah! mon père! ah! monsieur le docteur, si vous saviez ; je viens de le voir aii jardin, où nous nous sommes rencontrés par hasard. darmentières. Par hasard. Je crois bien.
AGATHE. Et il m’aime, il m’adore, il veut m’épouser, et il va venir me demander à mon père.
DARMENTIÈRES. Et OÙ est-il donc?
agathe Je l’ai laissé lisant une lettre que son domestique venait de lui apporter; il est dans la joie , dans l’ivresse; il ne se connaît plus... Tenez, c’est lui. ( Arthur parait triste et rêveur , une lettre à la main.)
darmentières. Ah ! mon Dieu ! quel air triste ! Eh ! venez donc , n ayez plus peur. Voilà son père qui vous la donne en mariage.
ARTHUR ET AGATHE. Est-il possible !
delaroche. Permettez...
darmentières. C’est convenu.
agathe. Ah ! mon père, si vous l’avez dit !
delaroche. Mais ma fille n’a rien.
darmentières. Qu’importe ! votre gendre a de la fortune.
Arthur. Au contraire, c’est que je n’en ai plus.
QUATUOR
DARMENTIÈRES.
Grands dieux!
TOUS
Eh! mais, que dit-il donc?
ARTHUR
Décidé ce matin à sortir de la vie ,
De tous mes biens j’avais fait l’abandon En bonne forme.
DARMENTIÈRES.
O ciel ! quelle folie !
ARTHUR
On m’écrit qu’on accepte...
TOUS
Eh bien?
ARTHUR
Eh bien!
J’ai tout donné, je n’ai plus rien.
ENSEMBLE
Le destin qui nous accable Nous protégeait un instant ,
Pour rendre plus misérable L’avenir qui nous attend.
darmentières, à Delaroche, à demi-voix.
Moi qui comptais sur sa fortune Pour rétablir la Vôtre.
delaroche.
Eh bien ?
DARMENTIÈRES.
Il n’est plus d’espérance aucune :
Le père et le gendre n’ont rien.
Arthur, avec exaltation, et montrant Agathe. Qu’importe, si j’ai sa tendresse !
agathe, de même.
Qu’importe, si j'ai son amour !
darmentières, se plaçant entre eux .
Voilà des phrases de jeunesse;
Mais la raison parle à son tour,
Et nous ne devons plus songer au mariage !
arthur et agathe, avec effroi.
Que diles-vous?
DARMENTIÈRES.
Docteur prudent et sage,
Je l’ordonnais, je le défends.