SCENE XV
DARMENTIÈRES, ARTHUR, assis à gauche du théâtre, AGATHE, assise à droite.
darmentières, les regardant après un instant de silence. Les voilà tous malades à présent, et c’est moi, c’est le médecin qu’on accuse; c’est toujours comme ça quand nous ne réussissons pas.
Arthur, se levant. N’ai-je pas raison? vous m’empêchez de partir, vous me rendez encore plus amoureux que je n’étais.
agathe, se levant. Et quand mon père a consenti à notre mariage, c’est vous qui l’en dissuadez, qui le faites manquer à sa parole.
darmentières, entre eux. Qu’cst-ce que je disais? il n’y a rien d’ingrat comme les malades à qui on a sauvé la vie ; car les autres, ils sont bien plus raisonnables, ils ne disent rien. (A Arthur.) Est-ce que je pouvais vous laisser contracter une pareille union? (A Agathe.) Est-ce que vous-même vous l’auriez voulu, si vous aviez su...
AGATHE ET ARTHUR. Quoi donc?
darmentières. Que demain peut-être, dons cette maison, la ruine, la misère, le déshonneur... agathe. Que dites-vous?
darmentières. Oui, voilà le secret que votre père vous cachait, et que moi seul avais découvert; forcé de déclarer sa honte, de suspendre ses paiements...
AGATHE ET ARTHUR. O ciel !
darmentières. C’est ce mal-là qui le conduisait au tombeau et dont j’espérais le guérir ; mais tout est perdu, grâce à Monsieur qui s’en va comme un fou et sans demander conseil, disposer de tonte sa fortune. Que diable ! Monsieur, quand on est malade, on ne fait rien sans consulter son médecin.
arthur. Eh ! morbleu!..
darmentières. Il ne s’agit pas ici de disputer, mais de s’entendre et de Voir s’il n’y aurait pas quelques moyens... arthur. Il n’y a plus d’espoir. ( Agathe s’éloigne.) darmentières. Tant mieux ; c’est dans ces cas-là que la médecine triomphe. Voyons un peu; à qui avez-vous légué, donné, abandonné cette fortune?
arthur. A qui? à ma famille; et comme je n’al qu’une seule parente ..
darmentières. Votre tante, mistress Berlingfon?
ARTuun. Elle-même.
darmentières. ParËsculapc! elle ne rendra rien, car elle aime l’argent autant qu’elle vous déteste.
agathe, qui avait remonté le théâtre et regardé au fond, redescend entre eux. Ne restez pas en ce magasin; passez là chez mon père, car voici du monde; cette dame qui est venue acheter ce matin ici pendant que vous y étiez.
darmentières. La robe rose?
AGATHE. Oui, j’ai reconnu sa voiture qui s’arrêtait à la porte.
darmentières, à Arthur. C’est votre tante. agathe. Je vais la recevoir. •
nARMENTiÈREs. Non, non, c’est moi que cela regarde; rentrez, rentrez tous deux ; laissez-moi avec elle.
ARTHUR. Et pourquoi?
darmentières. Je ne désespère pas encore, parce que le talent, la science du médecin, et puis la nature, la nature qui vient si souvent à notre aide; enfin, laissez-moi, nous verrons : aux grands maux les grands remèdes. (Agathe et Arthur sortent par la porte à droite )
LA MÉDECINE SANS MÉDECIN