‹ Å’uvres illustréesChapitre 256 sur 1154 · SCENE XVI · texte numérisé non relu

SCENE XVI

, MISTRESS BERLINGTON, DARMENTIÈRES.

mistress berlington. Eh bien ! personne en ce magasin! eh ! si vraiment! vous,dooteur! vous que j’y retrouve encore ! c’est un éoup du ciel !

DARMENTIÈRES. Et pourquoi donc?

mistress berlington. Je n’ai jamais été si contente, si heureuse; depuis que je vous ai vu, il vient de m’arriver une fortune immense, et vous verrez, j’ai déjà une foule d’idées admirables : je change mon coupé et mes chevaux, je renouvelle toutcsles tentures de mon hôtel, et vous allez m’aider à choisir des étoffes; je veux ce qu’il y a de plus beau, de plus riche, de plus... Tenez, le ravissement où je suis me produit un tel effet que je ne peux pas parler, ça me coupe la respiration.

darmentières, froidement. J’attenclral alors que vous ayez respiré pour savoir d’où vous vient cet accroissement de richesse.

MtsTREss beréincïon, De mon neveu, de sir Arthur, qui me donne tous ses biens.

darmentières. Et à quel propos?

mistress berlington. Je n’en sais rien, mais cela est... darmentières. Laissez donc! à sen Age! une telle donation pourrait bien être révocable.

mistress berlington. J’en doute; mais ce qui ne peut pas l’être, c’est la renonciation qu’il fait à ses droits dans le procès qu’il avait gagné. Tenez, docteur, tenez, voyez plutôt, je l'ai déjà montrée à mon avoué, qui m’a assuré qu'il n’y avait pas à revenir sur un pareil titre.

DARMENTiÈnES, prenant, le papier, à part. Diable! si l’avoué y a passé, cela va mal. ( Parcourant la lettre à voix basse.) Hum, hum, hum, l’imprudent! tous ses biens, tant en Fi ance qu’en Angleterre. (Achevant de lire.) «En- « fin, le domaine de Cerwood, où je suis né, et que je me « reproche de n’avoir presque jamais habité. Aussi, eldans « l’intérêt du pays, je ne mets qu’une condition expresse « et formelle à la présente donation, c’est que ma tante « ira se fixer dans ce château, et y fera tout le bien que « je regrette de n’avoir pu y faire... » Le domaine de Cerwood ; j’en ai souvent entendu parler ; c’est, je crois, en Écosse.

mistress berlington. Dans les montagne» et au bord d’un lac; un château admirable par sa situation, darmentières. En Écosse?

mistress berlington. Oui, docteur.

darmentières Dans les montagnes?

mistress berlington. Oui, docteur.

darmentières. Et au bord d’un lac?

mistress berlington. Certainement... une vue magnifique!..

darmentières. Et vous irez en jouir ?

mistress berlington. Il le faut bien !

darmentières. Pauvre femme!., si jeune encore et si fraîche !..

mistress berlington. Qu’est-ce que signifie?., expliquez-

darmentières. Rieh ! niais avant que vous partiez je Vous prie de recevoir mes adieux, les adieux d’un ami qui vous était sincèrement attaché.

mistress berlington. Et à propos de quoi, docteur? darmentières. Vous me le demandez, lorsque avant un an peut-être...

mistress berlington. O ciel !

darmentières. Est-ce que je ne vous ai pas envoyée, l’année dernière, en Italie et dans le midi de la Frauce? mistress berlington. Eh bien?

darmentières. Eh bien! vous, à qui il faut un pays chaud, un pays sec, vous allez vous ensevelir dans les montagnes d’Écosse, au milieu des vapeurs, des nuages, des brouillards; je ne vous donne pas un an à vivre.

mistress berlington, effrayée. O ciel ! ( Vivement.) Je n’irai pas ! docteur, je n’irai pas ! je vous le promet».

darmentières. Et alors cette donation est nulle, car elle porte formellement l’obligation d’aller dans ce pays et d’y résider.

mistress berlington. C’est vrai; eh bien! alors, j’irai, j’irai avec un médecin, un bon médecin; vous viendrez avec moi, docteur, vous ne m’abandonnerez pas.

darmentières. Votre serviteur ; pour être médecin, on n’est pas assuré contre une mort certaine.

mistress berlington, avec effroi. Grand Dieu!., vous croyez?

darmentières. Vous la trouverez là, à poste fixe, au bord du lac; elle n’en bouge pas.

mistress berlington. Et aller s’exposer ainsi quand on est riche ! vous conviendrez, docteur, que je suis bien malheureuse; j’en ferai une maladie.

darmentières. Cela se pourrait bien, et à qui la faute? à vous qui ne voulez pas bien vous porter. mistress berlington. Moi! je ne le veux pas? darmentières. Oui, morbleu ! plus je vous regarde et plus je suis convaincu qu’il ne tiendrait qu’à vous d’avoir la plus belle santé de Fi ance ! cela dépend de vous. MisTnEss berlington. De moi !

darmentières. N’ayéaplus de procès, plus d’ambition, plus de désir de fortune qui vous tourmente et vous empêche de dormir, qui vous brûle le sang; vivant comme vous le faites, seule ou entourée d’indifférents; toujours triste, inquiète, grondant sans cesse, car vous ne faitesque cela, à commencer par moi, votre docteur ; et n’ayant là, près de vous, rien pour le cœur. Qui diable y résisterait? C’est ainsi qu’on épuise les sources de la vie, qu’on les détruit, qu’on se tue soi-même ; c'est ce qui est arrivé à votre neveu.

mistress berlington. Mon neveu?

darmentières. Oui, seul au monde et fatigué de l’existence, il voulait la quitter; c’est alors qu’il vous a fait cet abandon, cette donation ; mais au moment où il allait succomber à son mal, je suis arrivé, je l’ai vu, je l’ai guéri par des moyens infaillibles et semblables à ceox que je vous proposais tout à l’heure ; aussi, il ne demande plus qu’à vivre maintenant ; il est amoureux, amoureux d’une jeune fille, jolie et bonne, comme vous ; (A part.) il faut la flatter ; (Haut.) mais pour l’obtenir il n’a plus de fortune, rendez-lui la sienne.

mistress berlington. Par exemple! quelle idée! darmentières. Dans votre intéi êt autant-que dans le sien? car s’il la redemande aux tr.bunaux, s’il faut plaider encore... mais vous ne le voudrez pas, c’est un don, un cadeau que vous lui ferez; hier, rien ne vous répondait de son cœur; aujourd’hui, c’est une chaîne qui l’attache à vous! Sa femme et lui, pour piix de leur bonheur, vous entoureront de soins, de caresses; vous verrez naître, croître autour de vous leurs enfants, qui apprendront d'eux à vous aimer, à vous chérir, et que vous gronderez tout à votre aise; mon tour viendra moins souvent. Voilà des amis, une famille pour vos vieux jours; et cette idée seule vous touche, vous émeut !

mistress berlington. Moi ! docteur?

darmentières. Oui, vous êtes émue, je le vois. mistress berlington. Mais non ! darmentières. Si fait!..

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