LE MARQUIS ET SES COMPAGNONS
C’est heureux!
ZERLINE
Lorenzo, que ton doux souvenir Pour un seul instant m’abandonne!
Laisse-moi prier ma patronne.
(Se mettant à genoux près du lit.)
O Vierge sainte, en qui j’ai foi.
Veillez sur lui! veillez sur moi!
(Se relevant et s'asseyant sur le lit.) Bonsoir, bonsoir, mon ami,
Mon mari.
O Vierge sainte, en qui j’ai foi.
Priez pour lui, priez pour ni...
(Le sommeil la saisit, sesj/eux se ferment et sa tète tombe sur*sonx>reilter )
le marquis, beppo et giacomo, sortant du cabinet. Que la prudence Guide nos pas!
Que la vengeance Arme nos bras !
le marquis, s’approchant de la lumière qui est sur la table et qu’il éteint.
Elle dort!
BEPPO
Non sans peine.
Je croyais, capitaine,
(Montrant le cabinet .)
Que nous y resterions toujours.
GIACOMO
Qu’une jeune lillette Est longue en sa toilette.
Ainsi qu’en ses pensers d’amours!
BEPPO
Entrons chez Milord!
le marquis.
Du mystère!
giacomo, montrant son poignard.
Je sais comment le faire taire.
ENSEMBLE
Oui, la prudence Veut son trépas!
Que la vengeance Arme nos bras!
giacomo, au marquis.
Le veux- tu?
C’est dommage!
BEPPO
Qu’ai-je entendu?
Le capitaine y met de la délicatesse!
le marquis.
Moi, faquin, pour qui me prends-tu ?
(Lui donnant son poignard.)
Tiens, frappe! et point de faiblesse.
ensemble.
Oui, la prudence Veut son trépas!
Que la vengeance Arme nos bras!
(Beppo passe derrière le lit en faisant face aux spectateurs. Il lève le poignard pour frapper Zerline.) zerline, dormant et répétant les derniers mots de sa prière.
O Vierge sainte, en qui j’ai foi,
Veillez sur lui, veillez sur moi!
(Beppo, troublé, hésite .) ✓
giacomo.
N’importe, frappe!
le marquis, détournant la tète.
Allons, n’hésite pas.
(Beppo lève le bras de nouveau et va frapper, lorsqu’on entend heurter violemment en dehors. Tous trois , étonnés, s’arrêtent .)
C’est en dehors, c’est à la grande porte !
Que veut dire ce bruit?
(On frappe plus fort.) zerline, étendant les bras.
Quoi! déjà m’éveiller! Qui frappe de la sorto Au milieu de la nuit?
LE CHŒUR, en dehors.
Qu’ou se réveille en cette auberge!
Voici de braves cavaliers.
Ouvrez vite! qu’on les héberge!
Car ce sont des carabiuiers ;
Oui, ce sont des carabiniers.
BEPPO
Des carabiniers?
(Tremblant.) Capitaine !
le marquis, froidement.
As-tu donc peur?
BEPPO
Qui les ramène?
lorenzo, en dehors.
Zeriine ! Zerline! écoute-moi :
C’est ton amant qui revient près de toi. zerline, avec joie.
C’est Lorenzo!
giacomo.
Grands dieux!
le marquis, avec colère.
Ah! j’en aurai vengeance !
Mais d’ici là de la prudence !
giacomo, prêt à entrer dans la chambre de Milord. Marchons !
beppo, l'arrêtant et lui montrant Zerline.
Et cette jeune fille.
Que le bruit pourrait éveiller,
A sou secours peut appeler.
le marquis.
Beppo par la prudence brille.
GIACOMO
Que faire?
beppo.
Commençons par elle.
ensemble.
tous trois, se retirant vers le cabinet. Que la prudence Guide nos pas!
Faisons silence;
Ne nous montrons pas. lorenzo et les cavaliers, en dehors.
Qu’on se réveille en cette auberge!
Voici de braves cavaliers.
Ouvrez vite qu’on les héberge*!
Ce sont les carabiniers.
(Ils frappent de nouveau à la porte.)
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zerline, qui pendant le chœur précédent s’est habillée à la hâte, a remis ses souliers, etc. Mais un instant! un instant! par Notre-Dame! donnez-vous patience. ( Allant à la fenêtre du fond qu’elle ouvre.) Est-ce bien vous, Lorenzo ?
lorenzo, en dehors. Sans doute.
zerline. Vous en êtes bien sûr?
lorenzo. Moi et mes camarades, que depuis une heure vous faites attendre.
zerline. il faut bien le temps de s’habiller! quand on est réveillée en sursaut. Mais tenez, ( Jetant une clé par la fenêtre.) vous entrerez par la cuisine, et voici la clé; la lampe y est allumée, d’ailleurs voici le jour qui commence à poindre. [Elle referme la croisée et revient près du lit achever sa toilette.) Dépêchons-nous à grand renfort d’épingles ; encore faut-il être présentable, surtout devant des militaires; c’est terrible! ( Le bruit redouble en bas à gauche: en dehors, on entend Milord.)
milord. Calmez-vous, Milidy ! je allais voir ce que c’était... je avais payé pour le dormir tranquille, et on volait à moi mon argent !
ZERLINE, LORENZO, entrant par la porte à droite, puis MILORD.
zerline, apercevant Lorenzo et s'enveloppant vivement dans le rideau du lit. Ah! mon Dieu! c’est déjà vous! on n’entre pas ainsi à l’improviste chez les gens! c’est très-mal.
lorenzo. Ma Zerline, pardonne-moi; tu es si jolie dans ce négligé!
milord, entrant et apercevant Lorenzo. C’est vous, la brigadier ? D’où venait ce bruit, et qui ramenait vous ainsi ?
lorenzo. De bonnes nouvelles ! je crois que maître Diavolo ne peut nous échapper.
zerline et milord. Vraiment !
lorenzo. Nous avions de mauvais renseignements, et nous le poursuivions dans une fausse direction, lorsqu’à trois lieues d’ici nous avons rencontré un brave meunier qui nous a dit : Seigneurs cavaliers, je sais où est le bandit que vous cherchez, il n’est pas à la montagne ; je connais sa figure, car j’ai été deux jours son prisonnier, et ce soir je l’ai vu passer dans une voiture découverte et suivant la route de Térracine.
zerline. Il serait possible!
lorenzo. Il nous a offert alors dè nous couduire, de ne pas nous quitter : ce que j’ai accepté, et de grand cœur ; quand il ne servirait qu’à le désigner, c’est déjàbeaucoup, et nous allons nous remettre à sa poursuite ; mais auparavant, j’ai voulu faire prendre à mes soldats quelques heures de repos, car ils ont marché toute la nuit et meurent de faim.
milord. Mourir de faim! c’était un vilain mort. zerline. Jésus Maria! Et vous, Monsieur? lorenzo. Et moi aussi! pour être brigadier, cela n’empêche pas.
zerline. Il y a d’autres auberges, où vous auriez depuis longtemps trouvé à souper.
lorenzo. Il n’y avaitquecelle-cioùj’auraistrouvéZerline. zerline. Ah! ah! c’est pour cela?
lorenzo. Justement; aussi je disais toujours : Cavaliers! en avant, marche! Voilà les occasions où il est agréable d’être commandant.
zerline. Ce pauvre garçon! je vais vous chercher à manger.
lorenzo. Non, commencez par mes camarades; eux qui ne sont pas amoureux sont plus pressés. Va vite, ma Zerline.
zerline. Ma Zerline! Il se croit déjà mon mari. lorenzo, la serrant dans ses bras. Pas aujourd'hui; mais demain!
zerline. Finissez, Monsieur! finissez. Je ne sais pas ce que vous voulez dire. Et tenez! tenez! voilà vos camarades qui s’impatientent. ( On entend les cavaliers qui sonnent et frappent sur les meubles.) Holà! la fille! holà! quelqu’un !
zerline, se dégageant des bras de Lorenzo. Ils ne sont pas comme vous, ils sont bien sages. — Voilà, voilà. — Je vais leur donner tout ce qu’il y aura, et puis je garderai ce qu’il y a de meilleur pour vous l’apporter... Eh! mon Dieu! quel tapage! ( Elle sort en courant. — Il est grand jour.)