‹ Å’uvres illustréesChapitre 331 sur 1154 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

HENRIETTE , puis FRITZ et SALDORF.

HENRIETTE. Qu’il a l’air malheureux! et pourquoi donc? Pourquoi faut-il qu’aujourd’hui je voie souffrir tous ceux que j’aime?

frjtZ; entrant et causant avec de Saldorf. Maintenant que tout est écrit, que tout est signé , je vous demande pourquoi nous ne partons pas pour 1 église ?

saldorf. Parce qu'on doit nous avertir quand tout sera prêt. Madame Charlotte et ses demoiselles doivent venir prendre la mariée en grande cérémonie.

fritz. Des cérémonies! je trouve qu’il y en a déjà trop comme cela, il n’en faut pas tant.

HENRIETTE. Allons, monsieur Fritz, de la patience. fritz. Ça vous est bien aisé à dire ; mais moi, qui me vois au moment d’épouser la plus belle fille de la ville... car, regardez-la donc, monsieur le baron; elle est jolie j comme ça. avec cet air modeste et les yeux baissés! saldorf, à part. Pauvre garçon !

fritz. Et puis c’te parure, qui lui va si bien! Qu’est-ce que c’est que celte chaîne d’or que je ne vous connaissais pas?..

Henriette. On vient de me la donner.

fritz. Et qui dont??

I saldorf. C’est moi.

j Henriette, étonnée. Vous, Monsieur'

j saldorf, à demi-voix. Taisez-vous donc. ( Vivement

! et passant près de Fritz.) Et en outre , j’ai quelque chose à dire à Henriette; ainsi, fais-moi le plaisir d aller donner le coup d’œil du maître, de voir si rien ne manque au repas de noce...

fritz. J’aime mieux qu’il y manque quelque chose, et rester ici.

saldorf. Et pourquoi?

fritz. Parce que je ne serai pas fâché d entendre ce que vous avez à dire à ma femme en particulier.

LA FIANCEE.

saldorf. C’est elle seule que cela regarde; ce sont des avis, des conseils que ma femme voulait lui donner ; et comme elle est malade, c’est moi qui la remplace, c’est moi qu’elle charge de ce soin : ainsi, laisse-nous.

Henriette, souriant. Eh! oui, sans doute; n’avez-vous pas confiance?..

fritz. Si vraiment, confiance tout entière; aussi, je m’en vais.

saldorf, se retournant et l’apercevant. Où donc? fritz. Savoir des nouvelles de Madame, car ce pavillon mène à ses appartements.

saldorf. Eh bien ! tu n’es pas parti?

fritz. Si vraiment, je m’en vais. (A part ) Je m’en vais écouter. (Fritz entre dans le pavillon .)

TRIO

( Fritz dans le pa villon. Saldorf et Henr iette sur le devant du théâtrt.)

SALDORF.

Près d’entrer en ménage ,

Ecoutez, mon enfant.

D’un ami tendre et sage Le conseil bien prudent.

HENRIETTE

Près d’entrer en ménage.

Mon cœur reconnaissant D’un ami tendre et sage Suivra l’avis prudent.

fritz, ouvrant la jalousie du pavillon, et paraissant à la fenêtre qui fait face aux spectateurs.

D’ici je puis entendre Ce qu’il lui veut apprendre.

SALDORF.

Il faut aimer votre mari.

fritz, à part.

C’est bien! c’est très-bien jusqu’ici!.

SALDORF.

Mais ses amis doivent aussi,

Mon enfant, devenir les vôtres.

fritz , à part.

Conseil qui me semble suspect.

HENRIETTE

J’ai pour eux le plus grand respect.

FRITZ , à part.

Très- bien !

saldorf.

Ils veulent plus encore.

HENRIETTE

De tout mon cœur je les honore.

SALDORF.

Il m’en faut un gage bien doux ;

Et cette main...

Que faites-vous?

fritz , à part.

Veille sur moi, dieu des époux!

• ENSEMRLE.

HENRIETTE

O ciel! je crains d’entendre,

• Et ses regards et ses discours!

Mais de lui comment me défendre?

A quel moyen avoir recours ?

SALDORF.

Ne dirait-on pas, à l’eDtendre,

Qu’elle a toujours fui les amours ?

Mais, quoique prude, l’on est tendre.

Allons, continuons toujours.

fritz, à part.

O ciel! ô ciel! je crains d’entendre Et ses regards et ses discours ;

Mais je suis là pour la défendre Et pour venir à son secours.

Henriette, voulant sortir.

Souffrez, Monsieur, que je vous quitte.

saldorf, la retenant.

Non , vraiment, encore un instant.

fritz, à part.

Sur sa vertu, sur son mérite,

Je suis bien tranquille à présent.

SALDORF.

Si j’étais moins discret, ma chère,

M’offeusant de vos cruautés ,

Je dirais... mais je dois me faire...

Que j’en sais qui sont mieux traités.

Henriette, étonnée.

Que dites-vous?

fritz, à part.

Dieu ! quel mystère !

SALDORF.

Oui, ce Fritz que vous épousez,

.N'est pas celui que votre cœur préfère.

fritz, à part.

Il est donc vrai!

HENRIETTE

Quoi! Monsieur, vous osez!..

SALDORF.

Point d’éclat. Je sais tout. Je connais , chère amie.

Ce jeune homme qui, cette nuit ,

Près de vous s’est glissé sans bruit.

Quelle indigne calomnie!

fritz, à part.

Quelle perfidie!

SALDORF.

J’en fus témoin. Oui, j’ai vu l’imprudent.

Ce Frédéric, sortir de votre appartement.

fritz. Frédéric! [Il referme la jalousie, s’élance vers la porte , et au moment où il sort du pavillon pâle et tremblant de colère , il voit, en face de lui, madame Charlotte et tout le chœur qui l'entoure en lui offrant des bouquets.)

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