LE PRINCE, M. DE LINSBERG
li de linsberg, à part dans le fond. Quel peut être Je motif du prince de Niuhourg, en me priant de suspendre mon départ? aurait-il quedques soupçons?Êh bien ! tant mieux. Je lu connais assez brave pour ne s'en i apporter qu'à lui-inème du soin de venger une offense; c’est tout ce que je demande.
le prince, déchirant une feuille de papier. Je crois vraiment que je n’en viendrai jamais à bout. (Se levant et apercevant Linsberg.) Ah! c’est vous, mon cher comte? venez donc? j’ai de bonnes nouvelles à vous apprendre, u. de linsberg. A moi, Monseigneur!
le prince. Vous ne quittez plus la cour... vous nous restez, on a obtenu votre grâce.
m. de linsberg. Et qui a donc osé la demander?
LE PRINCE. Moi!
m. de linsberg. Vous, mon prince!
le prince. Oh! ce n’est pas sans peine! J’ai eu une explication très-vive avec le grand-duc, et je suis sérieusement fâché avec la princesse. m. de linsberg, avec joie. Il se pourrait!..
LE prince. C’est comme jevous le disjmaisj’ai déclaré que vous étiez mon ami, mon meilleur ami; que si vous partiez, je vous suivrais; et ma foi, mon cher, c’est arrangé; je reste, et vous aussi.
m. de linsberg. Comment, mon prince, il serait vrai! (A part.) Allons, il n’y a pas moyen de chercher querelle à un homme comme Celui-là !
le prince. On exige seulement que vous fassiez tantôt ici de légères excuses à Son altesse, et que vous soyez huit ou dix jours sans vous présenter à la cour. m. de linsberg. Grand Dieu! huit oü dixjours! le prince. Oui; ce n’est pas là le plus terrible, parce qu’il parait que vous êtes comme moi, et que la cour ne vous amuse pas autrement. Ainsi, c’est toujours ça de gagné. Nous irons à la chasse, nous passerons des revues, nous commanderons des manœuvres, enfin, vous ne me quitterez pas d’un moment; en revanche, mon cher ami, il faut que vous me rendiez un service. J’exige votre parole.
m. de linsberg, vivement. Je vous la donne. Monseigneur. (A part.) Trop heureux de m’acquitter envers lui!
le prince. Eh bien! mon cher, grâce à vous, me voilà brouillé avec la princesse ; il faut qu’à votre tour vous nous raccommodiez.
m. de linsberg. Moi, Monseigneur ?
le prince. Oui; mes conseillers ont peDsé pour mol à ce mariage, qui est en effet fort avantageux, puisqu’il réunirait eu ma personne la maison de Souabe à celle de Neubourg; mais, par malheur, on ne peut se marier sans faire sa cour... Moi, je n'y entends rien, et, sans la petite baronne de Wedel qui à bien voulu me donner des leçons. .
m. de linsberg. Ali! la baronne de Wedel...
LE prin.e. Oui, elle me fait répéter; et. si vous voulez que je vous le dise, les répétitions m’amusent beaucoup plus que tout le reste! Mademoiselle de Wedel est peutêtre la seule personne de la cour avec qui je sois à mon aise. J'arrive auprès d’elle triste, découragé; quand je la quitte, je suis toujours content de moi. Ses éloges m enchantent, et j’ai même du plaisir à être grondé par elle... Ab ! si c’était là la princesse, je ne serais pas embarrassé, et mon mariage serait déjà fait; mais l’aventure d’aujourd’hui va encore me reculer de quinze jours ; et, si vous ne venez pas à mou secours, il n'y a pas de raison pour que cela finisse.
m. de linsberg. En s’adressant à moi, votre altesse oublie que d’ici à dix jours je ne puis me présenter devant la princesse; qu’il m’est impossible de lavoir, de lui parler.
le prince. Aussi n’est-ce pas là ce que je vous demande. Le grand-duc m’a conseillé d’écrire; mais c’est une chose terrible que cette lettre! Ecoutez; (En confidence ■) vous êtes un homme d’esprit et un homme d’honneur ; on peut se fier à vous, et si vous le voulez, nous allons la composer ensemble.
m. de linsberg, à part. En vérité, voilà une amitié désespérante! (//nu f.) Et d’ailleurs comment faire remettre ce billet à la princesse sans la compromettre?
le prince. Dés que le grand-duc le permet, vous sentez qu’il y a mille moyens.
M. DE linsberg, inquiet. Sans doute, par mademoiselle
tueux ; car il me semble que ce maître Pierre qui t’a fait entrer ici est Celui que tu voudrais supplanter.
wilhem. Comme de juste ! v’Ià quinze ans qu’il y est, et moi j’arrivons, c’est à mon tour.
m. de linsberg, qui pendant ce temps a écrit, se lève et présente la lettre au prince.
Voici ce que je viens d’écrire ;
Monseigneur voudrait-il le lire?
LE PRINCE
C’est bien; je m’en rapporte à vous :
Ces billets se ressemblent tous.
(Il prend le papier, et au moment où il va y jeter les yeux, il aperçoit la corbeille de roses que tient Milhem, et, comme frappé d’une idée soudaine, il dit à M. de Linsberg, en lui montrant les roses.)
Eh mais!., voici, pour porter un message,
Un confident et galant et discret!
M. DE LINSBERG.
Eh quoi ! votre altesse voudrait...
le prince, vivement.
Ajoutez les phrases d’usage.
Et fermez vite ce billet.
ix. de linsberg, s'approchant de la table , et tournant le dos au prince.
Ah! grand Dieu! quel projet!
ENSEMBLE
de Wedel?
le prince. Y | ensez-vous? charger cette enfant d’un i pareil message ! Mettez-vous là et écrivez , c’est tout ce que je demande.
m. de linsberg, à part. Comment le refuser? et que dira | Louise, en voyant cette écriture qu’elle connaît si bien l (Il se met à la table.)