‹ Å’uvres illustréesChapitre 359 sur 1154 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LE PRINCE, W1LHEM.

le prince, à Wilhem. Écoute ce que je vais te dire : tu remettras à chacune des dames d’honneur de la princesse un de ces bouquets pour le bal de ce soir, et celuici, cette touffe de roses, (Cachant la lettre entre les fleurs.) sera pour la princesse : tu m’entends bien? wilhem. Oui, Monseigneur. Dirai-je de quelle part? le prince. Eh non! ( Montrant la lettre en souriant.) elle le verra bien. D’ailleurs, quel autre que moi oserait... wilhem. Et y aura-t-il une réponse?

le prince. Réponse? je n’en sais rien. Eh mais! je n’y avais pas pensé. Il faut savoir ce que je demande. (Rouvrant la lettre.) Voyons. Hum ! hum ! il me semblait d’abord qu’il y en avait plus long. (Lisant.) « Grâce, grâce, « Madame; si vous saviez combien je vous aime, et com- « bien je suis malheureux de vous avoir déplu! » De vous avoir déplu! Voilà de ces phrases que je craignais, et dont je lui parlais tout à l’heure; ça ne dit rien, et ça ne va pas au fait. ( Continuant .) « Si je ne vous suis pas le « plus indifférent des hommes, si notre union ne vous « est pas odieuse, daignez m’accorder, après le bal, un « instant d’entretien. » (Il s’arrête étonné.) Hein! moi qui lui reprochais d’être trop respectueux! il me semble, âu contraire, qu’il me fait aller un peu vite. ( Continuant .) « Si vous accueillez ma demande, laissez tomber tantôt « votre bouquet devant moi, et je comprendrai que Louise « me pardonne. » Allons, allons, voilà qui est plus galant; parce qu’au fait, ce bouquet qui servira de réponse... C’est assez hardi, mais ce n’est pas mal, je suis content de mon secrétaire. Après tout, qu’est-ce que je risque ? La princesse m'avait demandé un entretien; c’est celui-là que je lui indique; et si on me refuse, si, comme je le crois bien, le bouquet reste en place, nous serons aussi avancés qu 'auparavant; nous en serons quittes pour continuer une guerre d’observation. (Remettant la lettre dans le bouquet et le donnant à Wilhem.) Le sort en est jeté. Tu attendras ici la princesse sur son passage, et tu lui remettras ce bouquet sans rien dire. wilhem. Oui, Monseigneur.

le prince. Et il n’y a pas de réponse. wilhem. Non, Monseigneur. Et tenez, je croyons que v’tà son altesse qui veniont de ce côté.

le prince. Eh, mon Dieu! déjà! Et le grand-duc qui m’attend ; courons le rejoindre. (Il sort par la porte à droite des spectateurs.)

Page 1