SCENE PREMIERE
LA PRINCESSE, LA COMTESSE DE DRAKENBACK, plusieurs Femmes,
(La princesse est devant sa toilette , entourée de ses dames d'honneur, qui s’occupent à la déshabiller, La robe de bal que la princesse vient de quitter est étendue sur un fauteuil.)
la princesse. Je vous remercie, Mesdames; que je ne vous retienne pas davantage. Il doit être tard, n’est-il pas vrai?..
la comtesse. Mais non, Madame, minuit vient à peine de sonner.
la princesse. Minuit! il n’est que minuit! la comtesse. Sans doute. A peine le grand-duc était-il rentré dans ses appartements, que votre altesse a quitté la salle du bal... Une fête qui n’était donnée que pour elle !..
la princesse. Il suffit, comtesse, il suffit; je ne me sens pas très-bien, et vous me ferez plaisir de vous retirer.
la comtesse. Votre altesse n’y pense pas : mon deyoir est de ne point la quitter, et je passerai la nuit auprès d’elle.
la princesse. Du tout; je ne le souffrirai pas; et, trèssérieusement, ce serait me contrarier.
la comtesse. Puisque votre altesse l’exige, je rentre dans mon appartement ; mais je ne me coucherai pas, et au moindre bruit...
la princesse- Mais voilà qui est encore pis, pour vous fatiguer, vous rendre malade ; je vous défends de veiller, je veux que vous dormiez, entendez-vous, je le veux.
la comtesse. Dès que votre altesse l’ordonne... (Bas, aux autres dames.) C’est égal, j’avertirai la baronne de Wedel, c’est elle qui doit être de service, la princesse. Bonsoir, Mesdames. (La comtesse et les autres dames font la révérence, et sortent en emportant la robe de la princesse .)
LA PRINCESSE, seule, près de la porte. Bien, elles s’éloignent. J’entends ouvrir leurs appartements; car c'est un fait exprès, ils donnent tous sur le corridor. Allons, elles causent encore! leurs bonsoirs n'en finissent pas. Grâce au ciel, toutes les portes se referment. Ah! mon Dieu! qu’on a de peine à être seule!
ROMANGE.
Dans ce palais on m’entoure, on m’adore :
De tant de soins comment me délivrer?
Le coeur chagrin, il faut sourire encore :
Fille de roi n’a pas droit de pleurer.
O toi! l’objet d’une ardeur légitime,
Cache-leur bien que tu m’as su charmer :
De mon amour ils te feraient un crime.
Fille de roi n’a pas le droit d’aimer
Il va venir! Mon ami! mon Ernest! je vais donc te voir ! mais à quel prix?.. Il m’a fallu trahir mon secret, le confier à quelqu’un, et ce n’était pas à mon père ! Pauvre baronne de Wedel ! lorsqu’elle a appris que le comte de Linsberg était mon époux, quelle a été sa surprise ! Oh ! je le vois maintenant, et j’aurais dû m’en douter, elle était bien près de l’aimer. Chère Mathilde ! avec quel zèle elle a promis de me servir!., mais pourra-t-elle rejoindre le comte de Linsberg? pourra-t-elle lui faire parvenir cette clé! et s’il était découvert? si on le voyait entrer et sortir de mon appartement? Quelle imprudence! exposer à la fois mon repos, mon honneur, mou existence!.. Oui, mais je
vais le voir! lime semble qu’on marche dans ce corridor. Écoutons. Ah! comme mon cœur bat!., c’est lui! c’est Ernest! Courons lui ouvrir. (Elle ouvre la porte et s’écrie avec expression .) Ah! mon ami!.. Ciel! mon père!..