HORTENSE, MADELON
hortense. Reste, Madéton, il faut que je te remercie de ton bouquet ; et c’est bleu le moin* qfi’à toi, ina sœur de lait, je te lasse mon prêKHitde noces. ( Lui présentant uni petite boite.) Le voici.
madelon. Un collier, et une croix, et des boucles d'o* reilles en or ! c’est trop beau, Mademoiselle.
nonTENSE. Et de plus, quand tu te marieras, je me charge de ta dot; choisi» seulement quelqu'un que tu aimes, que tu puisses aimer, et sois heureuse. Adieu.
madelon. Eh bien! vous me quittes ainsi ; et vous voilà tout en larmes !
hortense. Ah (je souffre tant! et là, dans ce salon, obligée ,
de se contraindre..»
madelon. Et qui vous chagrine doncT Orpheline, et lans fortune, vous faite» un mariage magnifique; vous épousez, dit-on, un fermier général, qui n’est peut-être pas trèsbeau, mais qui a de l’or à pleines mains, et qui avec son or a tout ce qu’il veut, même de la naisianco : Car on dit qu’il vieDt d’en aoheter, ainsi qn’uue charge ft la cour; et quand on est marquise ou duchesse, qu'esLcè qu’on peut désirer?
hortense. Ah I l) tu savais ce que jê sens là, ce que J’éprouve ! sans afflls dans ce monde, il n’y a que toi à qui je puisse e dire; et puis, c’est la dernière fois que j'en parlerai.
madelon. Et de qui donc?
hortense. D’une personne que j’aimais bien, que je ne veux plus aimer; et c’est ce qui me rend si malheureuse. Presque parents, et élevés ensemble, il était sans fortune, moi aussi! Qu’importe? jusqu'à ce jour, je n’y avais jamais pensé. Nous devions être l’un à l’autre, il me l’avait juré du moins; et depuis un an qu’il est parti à Nancy pour rejoindre son régiment, pas une lettre, pas un mot, pas un souvenir; tandis que moi, tu sais, j’ai tenu mes promesses, je lui ai écrit.
madelon. Quoi! lorsque nous étions ensemble en Touraine, ces lettres que tous les jours je portais à la poste... hortense. C’était pour lui.
MADELON. M. le comte Arthur de Saint-Brice? hortense. Ah! tu te rappelles ce nom-là? madelon. Je l’ai lu assez de fois.
hortense. Eh bien ! pas une seule réponse. madelon. Il a été malade, blessé peut-être. hortense. Je l’ai cru; mais non, je m’abusais ; j’ai reçu d’autres nouvelles. Pauvre autrefois, quoique d’une grande famille, il a perdu presque en même temps deux frères aînés ce qui lui a donné un rang, des titres, une immense fortune- et depuis ce moment, adressant ses vœux à d’autres femmes...
madelon. En êtes-vous bien êAré?
hortense. On me l’a dit. Et après son silénee et son oubli, est-il besoin d’autres preuves?
madelon. Ah! que c’est mal à lui !
hortense. Oui, n’est-ce pas, c’est bien mal? moi qui l’aimais tant, et me forcer à ne plus l’estimef ! c’est là ce qui me fait le plus de chagrin. C’est alors que je suis venue à Versailles avec une de mes taîites; et un jour que dans
une société on avait prononcé mon nom, une femme qui était assise à côté de moi ne me quitta plus de la soirée, me prit en amitié, moi quo tout le monde délaissâ t; et je lui en sus d’autant plus de gré, que, veuve riche et brillante, tous les hommages l’entouraient, madelon. C’était une brave femme celle-là, et je voudrais la connaître. *
hortense. Tu l'as vue, elle était hier avec moi quand tu es arrivée.
madelon. Cotte jolie damo, cette marquise qui a uno terre dans les environs, et qui fait, dit-on, tant de bien dans le pays?
hortense. Jamais je n’ai vu de personne plus séduisante. Sans m'intenoger sur mes chagrins qu’elle semblait deviner, elle cherchait à m’en consoler, blâmait devant moi la folie d’aimer un infidèle; bien mieux encore, s’occupant de mon avenir, elle ne cessait de me vanter à un de scs amis, M. de Vernillac, un fermier général, à qui elle a fait de moi un tel éloge, qu’il a fini par demander ma main. madelon. Est-il possible !
Hortense. Ali! si j’avais osé refuser... Je le voulais d’abord; mais ma tante, mais la marquise... mais tout le monde m’a tellement blâmée.
Madelon. Et ils avaient raison ; surtout cette marquise, b qui vous devrez votre bonheur, et qui mérite elle-même d’être heureuse. Aussi me voilà fâchée maintenant de ce que j’ai vu ce matin.
hortense. Et quoi donc?
madelon. Je l’ai rencontrée dans le parc; elle ne me voyait pas; elle se promenait la tète baissée, respirant avec peine, marchant très-vite, et de grosses larmes roulaient dans ses yeux.
uortense. O ciel ! que me dis-tu là? tais— toi, la voici.