SCENE HL
Les précédents, LA MARQUISE.
hortense, allant à elle. C’est Vous, Madame, vous qui arrivez la dernière.
la marquise. Oui, je suis en retard, ma toilette m'a retenue; mais si j’ai été coquette aujourd’hui, ce n’est pas ■ pour moi, c’est pour vous, mon enfant, à qui je dois servir de mère, et j'ai voulu vous faire honneur.
madelon. C’est trop juste, puisque c’est Madame qui a fait ce mariage.
la marquise. Mariage dont vous me remercierez un jour, car à présent vous n’en êtes pas raxie.
hortense. Moi, Madame! •
la marquise. Avec moi vous pouvez en convenir : votre tante n’est pas là, ni votre mari non plus; et il y a sans doute à votre froideur, à Votre indifférence, des raisons que je ne demande pas à connaître. Vous me lès direz plus tard, quand j’aurai votre confiance.
hortense. Et vous la possédez.
la marquise. Non, car je vois à vos yeux que vous avez pleuré ce matin.
hortense, avec douceur. Peut-être ne suis-je pas la seule...
la marquise. Que dites-vous ?
hortense. Que vous aussi, voilé, mon amie et ma bienfaitrice... vous avez des chagrins, j’en guis sûre.
la marquise. Moi ! qui vous le fait présumer ?
hortense. Quels changements dans vos traits !
la marquise. Hortense, ne parlons pas de moi, n’en parlons jamais. Dites-vous seulement, quelque malheureuse que vous puissiez vous trouver, qu’il est des gens plus malheureux encore; qu’il est des tourments que votre amitié ne peut calmer, ni concevoir, et que- moi-même, il y a quelques années, je n’aurais pu comprendre. Mais il y a une destinée qui est là, qui vous pousse;' et auand on
LA MARQÜ18Ë DE BRINVILLIERS
veut regarder en arrière, ou retourner sur ses pas, il n’est plus temps.
hortense. Quelle idée ! c’est vous. Madame , qui vous plaignez de vôtre sort? Ah! si vous pensiez à votre brillante position dans le monde ; si vous réfléchissiez. . .
la marquise. Réfléchir! jamais; il faut, au contraire, s'oublier et s’étourdir. Parlons de vous et de votre mariage; il fait du bruit dans Versailles. Il en a été question à la cour. M. dé Louvois, que j’ai vu hier, à la chapelle, m’a annoncé que le roi vous ferait l’honneur de signer au contrat.
hortense. Madame...
la marquise. A vous, cela vous est peut-être fort égal. Mais M. de Vernillac y tient beaucoup , car il ne manque pas de vanité; excellent homme du reste, qu'il faudra que je vous fasse connaître, puisqu’il doit être votre mari. Un peu fier, un peu orgueilleux, un peu dur, un peu égoïste; tout cela tient à sa place de fermier général. En revanche, je ne lui connais qu’un défaut, c’est d’être défiant et jaloux à l’excès. D’après ceia, c'est à vous... Ëh! mais, le voilà, ce cher Vernillac!