SCENE III
PIÉTRO, ARPAYA.
piétro. Et moi, seigneur Arpaya, où comptez-vous me loger? car je viens d’arriver.
ARPAVA. Ah! ah! n’est-ce pas toi qui tout à l’heure t’es avisé de sonner par une pluie battante? piétro. Où est le mal?
ARPAYA, Le mal est que j’ai été obligé d’aller t’ouvrir et de traverser une cour immense par un temps affreux. Tu ne pouvais peut-être pas attendre, pour sonner que forage ffft apaisé?
piétro. C’est ça, gagner une fluxion de poitrine pour le bon plaisir de Monsieur! L’hospice est fondé pour recevoir, héberger et coucher chaque nuit des pèlerins. Je suis pèlerin. Je suis en règle. Vous, votre devoir est de m’accueillir, quelque temps qu’il fasse, et de me faire bonne mine. Or, dans ce moment, vous êtes en contravention ; et je me plaindrai au supérieur !
arpaya. Par exemple, voilà un gaillard bien hardi. (Le regardant. ) Eh ! mais, si je ne me trompe, tu es déjà venu loger ici hier soir. Tu es donc toujours sur la route de Rome?
piétro. Puisque je suis un pèlerin ! Si tout le monde restait chez soi, vous n'auriez point de pèlerins.
arpaya, entre ses dents. Ce ne serait pas un mal. Des fainéants! des vagabonds! Enfin, voici une chambre vacante; restes-y, et grand bien te fasse! piétro. Non, elle ne me convient pas.
arpaya. Comment ? elle ne te convient pas ? piétro. Je prête; e celle où j’étais hier, et qui est occupée par un pauvre diable, Gciinaio, qui, si j’ai bonne mémoire, doit être une ancienne connaissance à vous.
arpaya. Une connaissance? c’est-à-dire quand j'étais intendant du duc de Farnèse. Du temps de mes erreurs ce Gennaio venait souvent dans la maison, et Dieu sait ce que lui et M. le duc ont souvent manigancé ensemble; car moi, je n’y étais pour rien. ’
piétro. Que pour l’exécution.
arpaya. J’obéissais à mon maître par devoir et pour mes appointements; mais je le blâmais intérieurement pour ma conscience.
piétro. Il ne fallait donc pas rester à son service.
fiorella.
arpaya. Il en aurait pris un autre. Autant valait que ce fût quelqu’un qui eût de la moralité ! d’ailleurs, qu est-ce que tu viens me parler du passé ? Le ciel m a fait la grâce d’oublier tout cela, et je n’y pense plus. Va retrouver Gennaio, et dépêche-toi, car aussi bien il parait qu il ne passera pas la nuit.
piétro. Vous croyez? . . , .
ARPAYA. C’est l’infirmier qui me l’a dit; moi je n ai pas été le voir, ça me fait mal! . .
pietro. Vous êtes si charitable! Adieu, seigneur Arpaya ; et nous aurons peut-être quelques comptes à régler ensemble.