‹ Å’uvres illustréesChapitre 457 sur 1154 · ALBERT, RODOLPHE · texte numérisé non relu

ALBERT, RODOLPHE

ALBERT. Vous voyez, mon cher Rodolphe, que votre voyage commence mal, et un ancien Romain aurait trouvé cela de mauvais augure; mais vous, rien n a pu vous arrêter. . ,

Rodolphe. Il me tardait de m éloigner!

ALBERT. Puisque VOUS étiez retourné \R^e; à r"°“ hôtel, il fallait au moins y passer la nuit, et attendre jus qu’à demain!

Rodolphe. Attendre! pas une minute.

ALBERT. Aussi quand j’ai appris que vous étiez parti, je suis monté à cheval pour courir après vous ; et ma foi, vous alliez bon train, car je ne vous ai rejoint qu à quelque distance de l’hospice, où ce n’est pas sans peine .<JP® Je vous ai forcé à demander un asile. Voyous, Rodolphe, expliquons-nous un peu; car, en honneur, je ne puis rien comprendre à votre conduite. .

Rodolphe. Albert, je n’oublierai jamais ce que je dois a votre amitié ; mais ne parlons plus de ce qui vient de se

P albert. N’en plus parler? cela me serait impossible; demandez-moi toute autre chose, car vous me connaissez mal; ce n’est point par amitié que j’ai suivi vos traces, apprenez que... j’étais curieux... au fait, entre amis, il n’est pas besoin de se gêner, et autant appeler les choses par leur nom... hé bien!., oui... je suis jaloux.

Rodolphe. De moi? , .

albert, avec fureur. De vous, de tout le monde , et si je n’avais écouté que mon premier mouvement... (be reprenant.) Mais je suis un insensé, un extravagant. Après tout, de quoi s’agit-il? d’une maltesse, et je voulais seulement... vous demander quelles relations existaient entre vous et Fiorella, que vous disiez n’avoir jamais vue, et

d’où provenait cette reconnaissance pathétique ; car vous

étiez tous deux admirables, et vous m’amusiez beaucoup! Rodolphe. Non, je ne pense pas, et maintenant encore... ALBERT. C’est vrai, c’est plus fort que moi, je suis au

SU RODOLPHE. Hé bien! rassurez-vous! car si je suis parti ainsi, c’est pour l’éviter, c’est pour la fuir a jamais. Sachez donc que cette Fiorella est cette jeune Napolitaine, dont ce matin encore je vous parlais avec tant d amour. albert. 11 se pourrait! c’est Camille?

Rodolphe. Ce n’est plus Camille, c’est la maîtresse du duc de Farnèse. Ce mot seul doit vous suffire, et vous apprendre que je la déteste maintenant autant que je 1 aimais; et vous-même, Albert, si .vous réfléchissiez à votre folle passion... , .

ALBERT. Vous avez raison, je pense comme vous, c est indigne; mais c’est égal, je l’aime toujours et pour mon repos, pour mon bonheur, je vous demande une seule -race que je croirai trop peu payer au prix de mon sang. Donnez-moi votre parole que jamais vous ne 1 épouserez Rodolphe, avec indignation. Albert, y pensez-vous . une pareille supposition... .

albert. M’est peut-être permise à moi qui 1 aime ; car après votre départ, si vous aviez vu cette beauté naguère si lière, si orgueilleuse, pâle, dans les larmes, près d expirer de douleur... tout ce que j’ai pu savoir, c est qu elle a renvoyé tout le monde, s’est renfermée dans son appartement, et j’ignore quel dessein elle médite; mais elle vous aime encore, et c’est pour cela que j ai besoin d apprendre que vous la fuyez pour jamais.

FIORELLA

Rodolphe. N’est -ce que cela? je le jure, et si je manque à mon serment, si jamais je la revois, je vous permets, Albert, de me plonger votre poignard dans le cœur.

Albert, tailà qui est parler, et maintenant je suis tranquille; mais vous ne continuerez pas ainsi votre voyage, et de moi, du moins, vous pouvez accepter...

Rodolphe. Ni de vous, ni de personne. Après ce qui m’est arrivé, on pourrait supposer encore que c’est d’une autre main que de la vôtre que me vient un pareil service, je ne veux rien devoir qu’à moi-même : je suis venu de Naples à Rome à pied, avec cette guitare; grâce à elle, je retournerai dans mon pays.

albert. Y pensez-vous ?

Rodolphe. C’est ma seule ressource; mais je peux du moins l’employer sans rougir, et si elle me manque, si je dois succomber en route, je dirai comme nous disons nous autres Français : adieu tout, hors l’honneur.

Albert. Et moi je ne souffrirai pas...

Rodolphe. Silence, car on vient.

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