‹ Å’uvres illustréesChapitre 463 sur 1154 · PIÉTRO, ZERBINE · texte numérisé non relu

PIÉTRO, ZERBINE

piétro. La signora votre maîtresse est- elle visible! zerbine. Non, elle est dans son appartement, où elle a défendu de laisser entrer personne.

piétro. Elle repose sans doute?

zerbine. Je ne sais, et je n’y puis rien comprendre. Madame est rentrée ce matin pâle, tremblante, égarée, et ni moi, ni aucun de ses gens, ne savions qu’elle était sortie.

piétro. C’est bien cela. Une jeune et jolie femme, vêtue de blanc, que j’ai vue traverser ce matin les corridors de l’hospice de San-Lorenzo, et l’on m’a dit : Tenez, la voilà, c’est Fiorella!

zerbine. Que dites-vous! ma maîtresse à San-Lorenzo! et par quel événement?

piétro. Cela ne nous regarde pas, je ne me mêle jamais des affaires des autrts; j’ai bien assez des miennes. Je voulais voir la signora pour lui remettre ces papiers qu’hier le duc de Soriente m’a payés d’avance.

zerbine. Je sais! ces papiers qui pouvaient nuire à la mémoire du vieux duc. J’en ai déjà parlé hier à ma maîtresse, qui ne veut pas que votre zèle soit sans récompense, et outre ce que vous avez reçu du seigneur Albert, elle doit ce matin vous donner trois mille ducats.

piétro. Il se pourrait! C’est bien là ce qu’on m’aditde la signora :1a bonté, la générosité même! avec de pareilles gens, il y a du plaisir à être honnête; car ce qui décourage souvent la vertu, c’est le manque de gratification; c’est ce que me disait encore hier ce pauvre Gennaio, en me donnant une poignée de main, et celle-là ç’a été la dernière !

zerbine. Il n’est plusf

piétro. Oui, il a fait son temps; n’en parlons plus, parce que, voyez-vous, ça fait quelque chose de voir un camarade qui part comme ça. Dites-moi à quelle heure je pourrais revenir pour voir la signora, car j’y tiens beaucoup. zerbine. A cause de la gratification!

piétro. Non, et pour un rien, j’y renoncerais volontiers. zerbine. Ce n’est pas possible.

piétro. Je vous ai dit que je voulais me retirer des affaires, et depuis que j’ai vu Gennaio, j’y suis tout à fait décidé. Franchement, le camarade a eu peu d’agrément, et j’ai idée qu’il doit y en avoir davantage à mourir en honnête homme. Si votre maîtresse, dont ou vante partout la bonté et la générosité, voulait me prendre à son ser- \ice, moi et mes nouveaux principes, vrai! elle n’en serait pas fâchée.

zerbine. J’entends, monsieur Piétro veut devenir mon camarade ?

piétro. Sans doute.

zerbine. Et peut-être me faire la cour? piétro. Probablement.

RÉCITATIF

Vous plaire, je l’avoue, est ma seule espérance.

zerbine.

N’y pensez plus, et pour bonne raison : Car, je vous en préviens d’avance,

A mes amants, moi, je dis toujours non! piétro.

Toujours non! .

ZERBINE

C’est là mon système.

piétro.

Et jamais l’amour lui-même Ne vous a trouvée en défaut?

ZERBINE

Non, je ne connais pas d’autre mot !

DUO

PIÉTRO

Puis-je au moins, et par politique.

Croire à votre protection?

ZERBINE

Non !

PIÉTRO

Comment, non?

ZERBINE

Non.

PIÉTRO

C’est unique.

Près de la signora du moins Vous me serez favorable?

Et je puis compter sur vos soins?

ZERBINE

Non!

PIÉTRO

Comment, non?

ZERBINE

Non.

PIÉTRO

C’est aimable!

Vous ne voulez donc pas que dans cette maison Auprès de vous je reste?

ZERBINE

Non!

FIORELLA

PIÉTRO

Comment, non, non, encor!

Vouloir me chasser, c’est trop fort!..

Songez donc quel destin pénible...

11 faudra, loin de ce séjour.

Et loin de vous, mourir d’amour.

Allons, allons, c’est impossible.

Vous ne serez pas insensible ?

ZERBINE

Non.

PIÉTRO

Non ? à la bonne heure au moins.

(A part.)

Voilà parler, grâce à mes soins.

Je commence enfin à comprendre :

Il ne s’agit que de s’entendre !

(Haut.)

Vous ne refusez plus mes vœux?

ZERBINE

Non.

PIÉTRO

Loin de me mettre à la porte,

Vous ne voulez plus que je sorte!

ZERBINE

Non,

ENSEMBLE

PIÉTRO

Ab! c’est charmant, c’est admirable!

Un pareil non veut dire oui.

Beauté cruelle, inexorable.

Refusez-moi toujours ainsi.

ZERBINE

Qu’il est galant ! qu’il est aimable!

Il veut me faire dire : oui ;

Mais je dois être inexorable,

Car la vertu le veut ainsi.

PIÉTRO

O doux espoir ! 6 charme extrême !

Mais on vous mettrait en courroux Si l’on vous disait qu’on vous aime?

ZERBINE

Non.,

Non?

PIÉTRO

ZERBINE

Non.

PIÉTRO

Que ce mot est doux!

Et si j’en réclamais un gage.

Si j’osais prendre cette main’

Oh! vous vous fâcheriez, je gage?

ZERBINE

Non.

PIÉTRO

Vraiment?

ZERBINE

Non!

PIÉTRO

Ah! c’est divin!

Mais vous ne pouvez pas, je pense, D'un baiser vous formaliser?

Un seul! Ah! c’est en conscience!

Vous ne pouvez me refuser?

ZERBINE

Non.

piÉTnô.

Non?

ZERBINE

Non.

ENSEMBLE

PIÉTRO

Ah! c’est charmant, etc.

ZERBINE

Qu’il est galant! etc.

zerbine. En attendant votre nouvelle dignité, Vous pouvez partir, car je vous répète que dans ce moment ma maltresse ne recevra personne.

piétro. N’est-ce que cela? maintenant que je suis de la

maison, j’attendrai tant qu’on voudra, deux, trois heures, s’il le faut. (Lui donnant un paquet cacheté.) Remettezlui seulement ces papiers, c’est tout ce que je vous demande, parce que, dès qu’elle lesauraslus, elle me fera appeler. Je vais me promener au jardin. Sans adieu, signora.

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