ALBERT, FIORELLA
Albert. Je vois à votre trouble que ce n’est pas moi que vous attendiez. (Gaiement.) Eh quoi! Madame, est-ce là l’accueil que vous faites à un preux chevalier qui vient de combattre pour vous?
fiorella. Monsieur, par pitié ..
Albert, souriant. Que vous réserviez votre colère pour le vainqueur, rien de mieux ; mais on doit des consolations aux vaincus, et je les attendais de votre générosité.
fiorella, vivement et avec joie. Quoi ! Monsieur, il serait vrai?
albert. Ce mot seul nous a raccommodés, et vous ne m’en voulez plus, n’est-il pas vrai? Oui, Madame, j’étais trop en colère pour remporter la victoire : pour bien se battre, il faut être de bonne humeur, et Rodolphe avait un sang-froid qui lui donnait l’avantage, c’était une véritable trahison; aussi après m’avoir désarmé : Maintenant, me dit-il, expliquons-nous; et il m’a raconté toute votre entrevue de la nuit dernière. Ce mallieureux-là vous aime autant que moi, mais d’une autre manière; car certainement moi, à sa place, je n’aurais pas été si héroïque. Enfin, nous nous sommes séparés, lui pour continuer sa route, et moi pour accourir près de vous ! Tel est, Madame ,quoi qu’il en puisse coûter à mon amour-propre, le récit fidèle de notre campagne.
fiorella. Quoi I il est |turti ?
Albert. Oui, Madamo; du moins je le crois... fiorella, douloureusement. Sans me voir ! Adieu* Albert, adieu.
aldert. Que dites-vous! Ce projet dont il m’a parlé serait-il réel? songeriez-vous encore à l’exécuter?
fiorella. Plus que jamais. Je ne serai ni à lui, ni à vous, et si j’ai une dernière grâce à vous demander... Albert. Parlez.
fiorella. Réparez vos torts et les miens; retournez près de Céline, près de celle qui vous aime, cl que vous avez abandonnée. Ali ! je scnslâ qu’elle doit être bien nfal-
hcurcuse !
Albert. Qu’exigez-vous de moi? Je ne serai donc plus rien pour vous?
fiorella. Vous serez mon ami, et je vais vous en donner une preuve. Ces biens, ces richesses auxquelles je renonce, c’est à vous que je les conüo, c’est vous que je chargerai d’en disposer. De plus, voici des papiers qui compromettaient, dit-on, l’honneur de mon plus cruel ennemi, de celui à qui je dois tuus mes maux.
Albert. Je sais, c’est un lazzarone qui vous les a remis. fiorella. Gardez-les, examinez-les, ou plnlût, tenez, soyons généreux même pour sa mémoire, et brûlez-les surle-champ.
Albert. Je vous le promets ; aussi bien, et d'après ce qu’on m’a dit, il est une autre personne (Regardant Fiorellea.) à qui ils pourraient nuire. Dans un instant iis n’existeront plus, mais Rodolphe ..
fiorella. Pour mon bonheur, pour mon repos, je ne désire plus le revoir, je vous le jure ; et quand même je le voudrais, vous savez bien qu'il est parti, qu’il s’est éloigné; car vous ôtes bien sûr qu’il est parti?
albert. Je lui ai vu prendre la route de France. fiorella. Tant mieux; car il reviendrait maintenant, que j’aurais la force de ne plus le recevoir.