‹ Å’uvres illustréesChapitre 467 sur 1154 · FIORELLA, RODOLPHE · texte numérisé non relu

FIORELLA, RODOLPHE

(Zerbine Vamènc et sort.)

fiorella. Quoi! Monsieur, vous n’avez point voulu partir sans me dire un dernier adieu?

Rodolphe. Je l’ai voulu, je l’ai essayé du moins ; c’est impossible, je suis revenu sur mes pas; car, malgré ma colère, je sens là que j’ai été envers vous injuste et cruel. fiorella. Vous voilà! tout est oublié.

Rodolphe, sans l’écouter et avec égarement. Oui, vous oublier, c’est ce que j’avais dit, je l’avais juré, mais je ne sais plus tenir mes serments. ( Regardant autour de lui pour voir si on ne peut l’entendre.) Ecoute, Camille, veux-tu renoncer à tes trésors, à ton opulence?

fiorella. Je l’ai déjà fait, j’ai remis ma fortuné entre les mains d’Albert ; moi je ne veux plus rien, et je pars. Rodolphe, Oui, tu partiras, il le faut, mais avec moi. fiorella. Que dites-vous? il se pourrait?

Rodolphe. J’ai lutté en vain, je ne le puis, c’est au-dessus de mes forces, ma raison même y succomberait. Dérobons-nous à tous les regards, renonçons à ma famille, à mes amis; qu’ils oublient qui nous avons été; tâchons surtout de l’oublier nous-mêmes; et loin de notre patrie, loin de l’Europe, cherchons quelque endroit écarte où nous puissions cacher notre amour. ( A voix basse et avec force.) Viens, je t’épouserai!

fiorella, portant la main à son cœur. Dieu! ( Avec ivresse.) Moi, Rodolphe, moi votre femme! et c’est vous qui me le proposez! Ah! je ne croyais pas qu’un si grand bonheur me fût réservé. Oui, mon cœur est heureux et fier d’un pareil sacrifice, mais il n’en serait plus digne s’il pouvait accepter.

Rodolphe. Qu’osez-vous dire?

fiorella. Que mon bonheur, que mon amour même, ne peuvent me faire oublier le soin de voire honneur! Moi vous priver de vos amis, de votre famille, de votre patrie! Non, d’autres destins vous attendent, votre pays vous réclame, la carrière des armes vous est ouverte. C’est là Rodolphe, c’est au champ d’honueurqne vous devez m’oublier.

DUO

Partez, la gloire vous appelle!

Oubliez d’indignes amours!

L’honneur qui vous sera fidèle Prendra soin d’embellir vos jours.

Ce refus qui me désespère Vous rendra plus digne de ma foi!

fiorella.

Dans ma retraite solitaire Votre nom viendra jusqu’à moi !

De vos succès je serai lière,

Heureuse de votre bonheur.

RODOLPHE

Non, non, dans la nature entière.

Plus d’espérance pour mon cœ.ir!

Toi seule m’attaches à la vie.

Et si je ne peux te fléchir,

A tes pieds mes maux vont finir.

fiorella.

Ce n’est point à mes pieds, c’est pour voire patrie Qu’il vous est permis de mourir!

ensemble.

FIORELLA

Partez, la gloire vous appelle I Oubliez d’indignes amours :

L’honneur qui vous sera fidèle Prendra soin d’embellir vos jours.

RODOLPHE

Vainement la gloire m’appelle,

Camille est mes seules' amours.

Tu le veux... tu le veux, cruelle?

Oui, je m'éloigne et pour toujours. . .

( Rodolphe va sortir , lorsqu’on entend en dehors la voix de Piétro, qui se dispute avec Zerbine.)

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