SCENE VII
Les précédents, PIÉTRO, ZERBINE.
piétro. Oui, morbleu! j’entrerai malgré la consigne.
Rodolphe, s’arrêtant. Que veut cet homme?
fiorella. Et quel est-il?
piétro, saluant. Piétro, un Napolitain, qui désire humblement être admis devant vous. ( Levant les yeux.) Quoi! signera, vous ne me remettez pas ! Hé bien ! ce n’est pas un mal, car, franchement, il n’y avait pas dans ce tempslà de quoi se vanter de ma connaissance. Maintenant, c’est
FIORELLA
différent. Mais alors, et quand vous portiez le nom de Camille Paluzzi, j’étais un lazzarone, un mauvais sujet prêt à vendre messervicesà celui quiavaitdixducats pour les payer; et comme le duc de Farnèse avait beaucoup de ducats...
fiorella. Quel souvenir! J’y suis maintenant; lors de ce faux mariage, tu étais un de hos témoins?
Rodolphe. Il se pourrait!
piétro. J’avais cet honneur, moi et Gennaio.
Rodolphe. Et tu oses te présenter en ces lieux? Tu ne crains pas de recevoir le juste châtiment?.. , piétro. C’est ça, me faire pendre! comme vous y allez? chacun ses affaires, ne vous mêlez pas des miennes. C’est la signora envers laquelle je suis coupable, c’est elle qui seule doit disposerjle mon sort.
fiorella. Pars, éloigne-toi de mes yeux.
Rodolphe. Quoi! vous seriez assez bonne... fiorella. Celui que j’avais le plus offensé a daigné me pardonner. J’imiterai son exemple. Va, tâche de vivre en honnête homme, et pour t’y aider, Zerbine va te donner ce que je t’ai promis.
piétro. Quoi! c’est là votre vengeance? C’est bien, signora, c’est très-bien. Vous ne vous repentirez point de votre générosité. Et quant à ce gentilhomme qui parle si légèrement de pendre les gens, il eu aurait été plus fâché que moi, s’il est possible.
Rodolphe. Que veux-tu dire?
piétro. Que j’étais ce matin à San-Lorenzo lors de votre aventure, de votre combat; que j’ai appris que vous aimiez Madame, que vous ne pouvez l’épouser. Hé bien! rassurezvous, il n’y a maintenant qu’une personne au monde qui puisse rendre ce mariage possible, et cette personne-la, c’est moi.
fiorella et Rodolphe. Il se pourrait?
piétro. Vous saurez que le feu duc de Farnèse se mariait souvent, car Madame n’est pas la seule qu’il ait épousée; et dans ces prétendus mariages, Arpaya, son intendant, Gennaio et moi, servîmes plus d’une fois de témoins. Un jour (mais je suis loin de m'en vanter, car j’ai fait là une bonne action, j’en suis innocent, et mon seul motif était de tenir le duc lui-même dans notre dépendance), un jour qu’un de ces mariages devait avoir lieu, on m’avait chargé de tout disposer. Je le fis en conscience. J’amenai un véritable prêtre. C’est par lui, c’est en sa présence que cette union fut consacrée, et l’acte de célébration signé de lui resta entre les mains de Gennaio, pour que nous puissions un jour en faire usage si notre protecteur devenait un ingrat. Ainsi donc, et sans qu’il s’en doutât, le duc de Farnèse était réellement marié ; les preuves en sont dans les papiers que Zerbine vous a remis ce matin. fiorella. O ciel!
piétro. Et sa légitime épouse, la duchesse de Farnèse, est là devant vous.
FINAL
Rodolphe et zerbine,
O bonheur !
fiorella.
O terreur !
Rodolphe, zerbine et piétro.
Mon Dieu, je te remercie!
FIORELLA
D’effroi mon âme est saisie !