SCENE X
LA MARQUISE, SAINT-BRICE, entrant parle fond.
LA marquise, V apercevant. O ciel! M. de Saint-Brice! Vous, mon ami, vous dans ces lieux ! et qui vous amène?
saint-brice. L’impatience de vous voir. J’ai obtenu un congé; et en arrivant ce matin à Paris, j’ai couru d’abord à votre hôtel, rue Neuve-Saint-Paul. On m’a dit que vous étiez absente pour quelques jours, et que vous demeuriez à Versailles, chez M. de Vernillac, fermier général. la marquise, vivement. Qui vous a dit cela? saint-brice. Une espèce d’intendant à qui j’ai parlé. la marquise, à part. Galifard! il ne m’en avait pas prévenue, le traître !
saint-brice. Par malheur, un rendez-vous que j’avais I
avec le ministre m’a pris une partie de ma matinée ; mais libre enfin de tout soin, j’accours auprès de vous, qui êtes ma protectrice et mon amie.
LA marquise. Dites-vous vrai?
saint-brice. Jamais je n’eus plus besoin de votre amitié et de vos conseils.
la marquise. Ma fortune, ma vie, tout est à vous. Parlez, de grâce, parlez.
TRIO
(M. Batton.) saint-brice.
J’espérais, hélas! par l’absence Chasser un cruel souvenir;
Et ni le temps, ni la distance.
De mon cœur n’ont pu le bannir.
la marquise, avec douleur.
Eh quoi ! malgré son inconstance.
Vous conservez son souvenir!
(A part, en le regardant.)
Ah! ni le temps, ni la distance.
De l’amour ne peuvent guérir.
SAINT-BRICE
Oui, je l’aime encor, l’infidèle.
LA MARQUISE
Quel trouble règne dans mes sens!
saint-brice.
Et je ne puis vivre sans elle.
LA MARQUISE
Ah ! rien n’égaie mes tourments !
ensemble.
saint-brice, à part.
Oui, je rougis de mon délire ;
Mais je le sens, et malgré moi.
Je brûle encore, et je soupire Pour celle qui trahit ma foi.
LA MARQUISE, à part.
Cachons ma rage et mon délire.
Moi qui lui consacrais ma foi,
Il est malheureux.... il soupire...
Et pour une autre que pour moi.
saint-brice.
Je veux une fois dans ma vie La voir encor.
la marquise, effrayée.
Dieu! quel projet!
SAINT-BRICE
Lui reprocher sa perfidie.
Et puis m’éloigner pour jamais.
LA MARQUISE
Croyez-en la voix d’une amie :
Quittez cas lieux, et pour jamais (Avec mystère.)
De l’abandon d’une infidèle Vous y verriez bientôt, hélas !
La preuve certaine et cruelle...
SAINT-BRICE
Que dites-vous?
LA MARQUISE
Ne m’interrogez pas.
ENSEMBLE
la marquise, à part.
Cachons ma rage et mon délire;
Moi qui lui consacrais ma foi.
Il est malheureux... il soupire...
Et pour une autre que pour moi.
saint-brice, à part.
Oui, je rougis de mon délire.
Mais je le sens, et malgré moi.
Je brûle encore, et je soupire Pour celle qui trahit ma foi.
la marquise.
Pour vous plus d’espérance!
Que l’oubli, que l’absence Soit la seule vengeance D’un amant malheureux ;
Aux conseils d’une amie.
Dont la voix vous supplie,
LA MARQUISE DE BRINVILLIERS
Rendez-vous, je vous prie; Abandonnez ces lieux.
SAINT-BniCK.
Pour moi plus d’espérance Mais de son inconstance Je veux avoir vengeance ; Je suis trop malheureux !
En vain, dans ma folie.
Je voudrais d’une amie Suivre la voix chérie ; Hélas! je ne le peu»,