SAINT-BRICE, MADELON
saint-Brice. Allons, puisqu’elle le veut absolument, pŒl®que je l’ai promis, attendons à demain, et retournons à Paris. Aussi bien, si j’en juge par les apprêts que je vois, par l’air de fête qui règne en cette maison, il y a sans doute ici quelque grande cérémonie, quelque joyeux événement... Eh ! mais, quel tapage dans la rue ! et quel bruit de voitures!
madelon, entrant et regardant. Les voilà qui partent; quelle file de carrosses! tout cela pour aller à l’église qu* est à deux pas. 11 n’y a qu’une chose qui me fasse peine, c’est ma pauvre maltresse, si triste et si pâle, au milieu de tous ces beaux messieurs qui lui adressent des compliments... (Apercevant Saint-Brice.) Eh bien! en voilà un qui est en retard, Dépêchez-vous donc, Monsieur, ils sont partis!
saint-brice. Qui donc?
madelon. Les mariés. La cérémonie doit déjà être commencée ; car il y avait longtemps que M, l’aumônier les attendait.
saint-brice. Pardon. Il y a donc ici un mariage? madelon. Oui, vraiment. • saint-brice. J’aurais dû m’en douter.
madelon. Est-ce que Monsieur n’est pas delà noce? saint-brice. Non, ma chère.
madelon. Monsieur voudrait parler à M. de \crnillac? saint-brice. Du tout.
madelon, un peu déconcertée. Eh bien ! alors, que demandez-vous? et qui êtes-vous donc? car, dans ce tempsci, on aime à savoir à qui 0» a affaire, saint-brice, N’ayez pas peur ; je suis un ami de la marquise, M. le comte de Saint-Brice.
madelon, avec surprise, Ah! mon Dieu 1 saint-brice. Qu’a-t-elle donc?
madelon. M. le comte Arthur de Saint-Brice? , saint-brice. Précisément.
madelon. Dont Je régiment est depuis un üD en garnison à Nancy?
saint-brice. G’esl cela mêmi.
madelon. Et vous arrivez ici aujourd’hui? c'est-indignc à vous.
saint-brice. Et pourquoi donc? , madelon. Je n’ai pas besoin de vous le dire. Mais il y a quelqu’un au monde à qui vous pouvez vous vanter d’avoir fait bien du chagrin.
saint-brice. Moi, mon cnTant?
madelon. Oui, vous. Je ne souhaite de mal à personne, mais si vous êtes jamais aussi malheureux qu’elle, ce sera bien fait; et cela prouvera qu’il y a une justice. saint-brice. Et de qui veux-tu donc parler? madelon. Pardi ! de ma pauvre maîtresse, mademoiselle Hortense de Montmélian.
saint-brice. Celle qui m’a trahi !
madelon. C’est bien plutôt vous. Fi ! Monsieur ; fi ! l’horreur ! vous qu’elle aimait tant; ne lui avoir pas écrit une seule fois! avoir laissé toutes ses lettres sans réponse!
saint-brice. Que me dis-tu là? Je p’ai rien reçu d’ellpj je te l’atteste.
madelon. Ce n’est pas à moi que vous le ferez accroire ; moi qui, en Touraine, a.u château d’Amboisc, portais fous les jours moi-même les lettres à la postesaint-brice. O ciel! Et t.u dis qu’elle »« regrette, qu’elle est malheureuse?
madelon. Si malheureuse, que e’est malgré elle, que c’est par désespoir qu’elle se marie, saint-brice, hors de lui . Se marier! et qui donc? madelon- Hortense,
SAINT -BRICE . Et à qui?
madelon. A M. de Verniliac.
saint-rbice. Et quand donc?
LA MARQUISE DE BRINVILLIERS
madelon. Maintenant, dans l’instant.
saint-brice. Ah! ma raison s’égare! courons.