‹ Å’uvres illustréesChapitre 493 sur 1154 · ROBSART ET ÉLISABETH · texte numérisé non relu

ROBSART ET ÉLISABETH

Son époux!

leicester, avec feu.

Oui, par les nœuds de l’hyménée,

Amy Robsart est enchaînée.

Seul, je connais son choix, et ne saurais souffrir Qu’en ma présence on ose l’avilir!

robsart.

Serait-il vrai?

élisabetii avec défiance, et regardant Leicester.

Par l’hyménée Amy Robsart est enchaînée?

(Avec force.)

Qui aonc? qui donc est son époux?

leicester, s’avançant.

C’est... (Il s'arrête.) ô ciel!

ÉLISABETH

Eh bien?

(Leicester ne peut répondre, Raleigh, qui était parmi les courtisans se présente hardiment.) raleigh.

C’est moi!

Élisabeth.

Vous!

ENSEMBLE

ÉLISABETH

Quel est donc ce mystère,

Et qui dois-je accuser?

Malheur au téméraire Qui voudrait m’abuser !

Qui doit-elle accuser ?

Malheur au téméraire Qui voudrait l’abuser!

LEICESTER

Grand Dieu! dois -je me taire?

Ou faut-il m’accuser?

Hélas ! à sa colère Je n’ose m’exposer.

ROBSART

Quel est donc ce mystère,

Et qui dois-je accuser?

Malheur au téméraire Qui voudrait m’abuser F

RALEIGH

Ab! puisse-t-il se taire}

Je dois seul m’exposer.

Je crains peu sa colère,

Je saurai l’apaiser.

Élisabeth. Vous, Raleigh! l’époux d’Amy Robsart? raleigh, serrant la main de Leicester. Oui, Madame : c’est assez, Milord, je ne souffrirai pas que votre amitié vous compromette davantage ; quel que soit le destin qui m’attende, je serais coupable si je laissais pins longtemps votre grâce en butte à des soupçons qui peuvent flétrir son honneur!

robsart. Walter Raleigh, l’époux de ma fille! vous que j’ai vu hier dans l’abbaye de Cumnor!

raleigh. Vous le voyez, Madame, ce mot explique tout le mystère} c’est moi qui, pour échapper aux recherches de celui que vous avez offensé, suis venu, sous un nom emprunté, demander un asile au comle de Leicester ; mon amour pour l’aimable Amy Robsart n’est point un secret : tout le Devonshire sait que j’ai longtemps brûlé pour elle;

lord Leicester avait seul mon secret, je lui rends grâce de l’avoir gardé avec tant de fidélité; mais du moment qu’il pouvait l’exposer, j'ai dû parler, j’ai dû déclarer toute la vérité... (S’inclinant.) Si votre colère veut frapper, je vous livre le coupable!

leicester, à part. Juste ciel ! et je n’ai pas la force de le démentir !

Élisabeth. Mais vous, comte, comment vous trouviezvous hier soir û Cumnor ?

leicester, encore troublé. J’ai eu tort sans doute, puisque Votre Majesté me désapprouve; je savais, Madame, que vous deviez honorer Kenilworth de votre visite; au lieu de m’arrêter à Lemington et de me livrer au sommeil, j’ai cru qu’il était de mon devoir d’assurer votre route, de donner des ordres nécessaires...

Élisabeth, bas, à Raleigh. Un seul mot, Raleigh, et, sur votre honneur, gardez-vous de me tromper; le comte connaissait-il votre femme? l’avait-il déjà vue?

raleigh, à demi-voix. Sur mon honneur, Madame, j’atteste que Milord n’a jamais vu ma femme.

Élisabeth. Pas même hier?

raleigh. Non, Madame, il ne m’a pas demandé à lui être présenté; depuis quelque temps, le noble comte n’est plus reconnaissable; 11 est pour toutes les beautés de la cour d’une indifférence que ses amis ne peuvent s’expliquer, et qui même...

Élisabeth, souriant. Fort bien, sir Raleigh, je ne mettrai pas longtemps votre discrétion à l’épreuve. (A Leicester, avec bonté.) Venez, Leicester, je vous dois des excuses; je me reprocherai toujours d’avoir pu soupçonner le noble lord Dudley, le plus fidèle de mes serviteurs, capable d’une trahison... ( Elle lui tend la main.)

leicester, la baisant. Ah! Madame, vous me rendez la vie!

Élisabeth, à Robsart. Allons, sir Robsart, nous vous donnons l’exemple de l’indulgence, imitez-nous; Raleigh fut bien coupable sans doute, mais enfin, il est l’époux de votre fille, il est aimé, pardonnez-lui.

robsart. Je ne pardonnerai qu’après avoir vu ma fille, qu’aprés avoir appris d’elle si c’est librement et de son Choix...

Élisabeth. C’est une satisfaction que Raleigh ne peut vous refuser; qu’on fasse venir Amy Robsart. leicester, à part. Grands dieux!

raleigh. Je suis désolé de ne pouvoir obéir dans ce moment à Votre Majesté; craignant que sir Robsart ne vint pour m’enlever ma femme, je l’avais fait arrêter luimême ; car c’est encore moi qui suis coupable des ordres donnés au nom du comte de Leicester.

Élisabeth. Eh ! mais, voilà qui est plus sérieux ; faire arrêter votre beau-père! nous ne connaissions pas encore ce moyen d’arranger les affaires de famille.

raleigh. Pendant ce temps, je faisais partir ma femme le plus secrètement possible pour la terre de Ludge-Hall, que je possède dans fe comté de Berks.

robsart, l’examinant. Dans le comté de Berks, la terre de Ludge-Hall ?

RALEIGH. Oui.

robsart. Il n’y a que deux jours de distance? raleigh. Il est vrai.

robsart. J’y vais moi-même pour m’assurer de la vérité; Sa Majesté pardonnera bien cet excès de défiance à la sollicitude d’un père?

Élisabeth. Allez, sir Robsart, j’y consens, je veux mém > que Raleigh vous accompagne; il n’est pas juste qu’un nouveau marié soit si longtemps séparé de sa femme ! raleigh, s’inclinant. Votre Majesté est trop bonne. leicester, à part. Allons, il ne manquait plus que cela. raleigh, bas, à Leicester. De grâce, contraignez-vous. leicester, de même. Non, c’en est trop, et je ne souffrirai pas. (Haut, à Elisabeth.) Madame, je demanderai à Votre Majesté un moment d’audience.

Élisabeth. Nous vous l’accorderons volontiers, Milord, car nous avons à vous consulter sur une dépêche importante; mais je vois votre intendant qui meurt d’envie de me montrer le plan de la fête,

doboobie. Oui, Madame, c’e9t, je crois, une idée assez ingénieuse, que je serais trop heureux de soumettre à Votre Majesté. (Pendant que la reine regarde, Raleigh s'approche vivement de Leicester et lui dit à voix basse : )

raleigh. Que prétendez-vous faire?

LEICESTER

leicester. Tout avouer, ma position est trop pénible... rai.eigh. y pensez-vous?

leicester. Un aveu peut seul détourner la tempête. raleigii. C’est nous perdre.

leicester. Moi, peut-être! mais ne craignez rien pour vous, je saurai vous mettre à l’abri du ressentiment de la r. ine! Rendez-moi le dernier service de faire tout disposer pour mon départ, et revenez ici m’avertir ; j’aurai tout déclaré à Elisabeth, et lui aurai dit un éternel adieu.

Elisabeth, fermant le papier. C’est à merveille, et nous ne doutons point que l’exécution n’y réponde. ( lia - Icigh soft.) A tantôt, Milord. Nous nous reverrons ( A Doboobie et aux puysans.) Laissez-nous.

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