‹ Å’uvres illustréesChapitre 494 sur 1154 · ÉLISABETH, LEICESTER · texte numérisé non relu

ÉLISABETH, LEICESTER

leicester. Nous voilà seuls; quel supplice est le mien! et comment risquer un tel aveu?

Élisabeth, remarquant son trouble. Qu’avez-vous, Leicester? vous scmblez souffrir.

leicester, troublé. Il est vrai, Madame, j’attendais avec impatience le moment de vous parler; j’ai une grâce à réclamer de Votre Majesté...

Elisabeth. Pouvez-vous craindre que votre reine vous refuse! vous, Dudley... vous me direz tout à l’heure ce que vous désirez; écoutez-moi d'abord. Vous savez quel fut toujours mon éloignement [ our un lien que mon peuple brûle de me voir former. Fière d’avoir seule ramené la paix dans mes Etats et raffermi le trône chancelant de Henri VIII, j’avais juré de fuir l’hymen et de ne partager avec personne le trône que jusqu’ici j’ai su défendre ! mais le duc d’Anjou et Philippe II prétendent me contraindre parla force des armes à prononcer entre eux...

leicester. Un pareil motif pourrait-il influer sur vos résolutions? le peuple anglais défendrait la liberté de sa souveraine comme il a défendu la sienne. Laissez Philippe Il rassembler ses vaisseaux, vous menacer de cette flotte formidable, qui viendra se briser sur nos côtes; je guiderai moi-même vos soldats, toute l’Angleterre à la défense du trône, trop heureux de mourir en faisant respect r vos ordres souverains et l’indépendance d’F.lisabeth!

Elisabeth, l’observant. Ainsi donc, Leicester vous me conseillez de refuser ces deux princes, et de ne pas me donner un maître! j’apprécie la noblesse du sentiment qui vous anime, mais je ne suivrai qu’une partie de votre conseil.

leicester. Comment, Madame ..

Élisabeth. Il est temps de calmer lescraintes du royaume, de fixer les destins de l’Etal; mais, en choisissant un époux, je ne céderai point aux vœux ambitieux des puissances de l’Europe; je ne donnerai pas à mes fidèles sujets l’humiliation d’obéir à un prince étranger; si je leur donne un roi, c'est dans leur sein que je veux le choisir, parmi ces nobles soutiens de ma gloire, parmi ces braves gentilshommes qui n’ont pas craint d’unir leur fortune à la mienne, qui ont tout souffert, tout bravé pour assurer le triomphe de mes droits. Voilà le seul^poux digne d’Elisabeth, celui dont elle pourra s’enorgueillir, celui que l’Angleterre appelle sur le trône; et cet époux. Milord, c’est vous.

leicester, éperdu. Moi! grand Dieu!.

DUO

ÉLISABETH

Oui, Leicester, oui, c’est vous-même.

Vous, à qui je dois mes succès,

Qui méritez le diadème Et les hommages des Anglais.

leicester, troublé.

Moi! partager le rang suprême?

ÉLISABETH

Dès ce soir, aux yeux de ma cour,

Et ma main et le diadème Récompenseront votre amour.

leicester, à part.

Ah! malheureux! et la comtesse !

Élisabeth.

Déjà, par mon ordrb avertis,

Les princes, les pairs, ma noblesse,

Dans ce château sont réunis !

Devant eux nous serons unis,

Et demain, dans ma capitale.

Moi-même je veux ordonner La pompe triomphale Qui doit vous couronner.

ensemble.

Élisabeth, à part.

Quel désordre! quel trouble extrême De plaisir agite son cœur!

Je lis dans ce désordre même.

Et son amour et son bonheur.

leicester, à part.

Hélas! je ne sais plus moi-même Ce qui se passe dans mon cœur!

Il me faut fuir le rang suprême.

Il faut renoncer au bonheur!

Élisabeth, souriant.

Je suis encore votre reine ;

Mais jusqu’à cet instant si doux Où vous deviendrez mon époux,..

Parlez, de votre souveraine Quelle grâce attendez-vous leicester, troublé.

Quelle faveur?

ÉLISABETH

Pouvez-vous craindre Que je refuse mon époux?

leicester, à part.

Juste ciel! comment me contraindre?

ÉLISABETH

Parlez, parlez, qu'exigez-vous?

Cette grâce...

leicester, hors de lui.

Moi ! moi . Madame,

J’ai demandé?., pardon... pardon...

Le trouble de mon âme...

Je ne saurais retrouver ma raison.

(Se jetant à ses pieds.)

Mon cœur, séduit de tant de gloire,

Ce choix auquel je n’ose croire...

Dans mes sens, un désordre affreux...

Ah! je voudrais expirer à vos yeux!

ENSEMBLE

ÉLISABETH

Quel désordre! quel trouble extrême! etc., etc.

LEICESTER

Hélas! je ne sais plus moi-même, etc., etc.

Élisabeth, émue. Ce trouble ne peut me déplaire; mai3 on vient; levez-vous, Milord, et no confiez à personne un secret que je me réserve d’apprendre à ma cour, quand il en sera temps.

leicester, à part. Où me cacher?

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