SCÈNE PREMIÈRE
AMY, seule, entrant avec précipitation. Je ne vois personne dans cette galerie, mais j’ignore où elle conduit. De quel côté, maintenant, tourner mes pas? comment regagner ce pavillon, que sir Raleigh m’avait assigné pour asile, et qu’il m’avait suppliée de ne pas quitter? C’est une imprudence que j’ai faite, mais comment résister à mon impatience ? Depuis deux heures j'attendais, et pas un mot de lui, pas la moindre nouvelle ! Ne pouvait-il s’échapper un instant, et venir me rassurer? Il me semblait qu’en sortant de ce pavillon, je ne pouvais manquer de l’apercevoir, lui, ou sir Raleigh: mais à peine avais-je mis le pied dans le parc, qu’il m’a été impossible de m’y reconnaître ; ces immenses allées, ces massifs, ces labyrinthes, c’est à n’en pas finir. Ah! mon Dieu, que tout cela est grand; et je vous demande àquoi serventdesjardinscomme ceux-là? Ne vaudrait-il pas mieux en avoir un où l’on fût toujours sûr de se rencontrer? A chaque instant je voyais passer près de moi des pages qui tenaient de riches bannières, des seigneurs en habit de cour, des valets en livrée qui portaient des vases de fleurs, ou des tapis magnifiques; quelquefois je me hasardais, d’une voix tremblante, à leur adresser la parole; ah! bien oui, ils étaient si empressés, si affairés, ils ne m’entendaient pas; et dans ces lieux, ou peut-être aurais-je le droit de commander, personne ne daignait me répondre, ou faire attention à moi ; personne, excepté ces deux hommes d’armes; j’en tremble encore! oser m'arrêter par la main, moi, la comtesse de Leicester!
AIR
Mais on vient... ô bonheur! c’est lui, je l’aperçois.
Courons... Mais non, il n’est pas seul, je crois.
Et quelle est cette femme aussi noble que belle ?
Ses yeux se sont tournés vers elle...
Leicester !.. Ah! grands dieux! il s’éloigne soudain;
Mais sa bouche infidèle a pressé cette main...
D’où vient donc ce soupçon qui m’étonne,
Et se glisse en mon cœur éperdu ?
LEIÜESTËU.
Malgré moi, la force m’abandonne;
C’en est fait... c’était lui... je l’ai vu!
(Se levant.)
Non, je ne puis le croire oncore;
Quoi ! mon époux me trahirait !
C’est faire injure à celui que j’adore,
Et quelque erreur, sans doute, m’abusait.
D’où vient donc cet effroi qui m’étonne,
Et se glisse en mon cœur éperdu?
Malgré moi, la force m’abandonne ;
C’en est fait... c’était lui. , je l’ai vu!
{Elle tombe accablée sur un fauteuil.)