‹ Å’uvres illustréesChapitre 5 sur 1154 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

LA PRINCESSE, à gauche ; LE ROI, MATHANASIUS, sortant du bosquet à droite.

mathanasius, bas, au roi.

Oui, si vous daignez m’approuver.

Et croire à mon expérience.

Cette ruse peut vous prouver Leur mutuelle intelligence.

LE ROI

Soit, essayons !

la princesse, levant les yeux et les apercevant, à part.

O làcheux contre-temps!

Mon frère et ce docteur...

( Regardant autour d’elle.)

Lorsqu’ici je l’attends!

Puisse-t-il à présent ne pas venir!

(Le roi salue sa sœur, et Mathanasius s’incline.) mathanasius, s'inclinant.

Madame !

( Tous les deux s'inclinent, et tournent le dos au bosquet, sous lequel Rodolphe parait.) la princesse, à part, avec effroi, apercevant Rodolphe qui se trouve en face d’elle.

C’est lui!..

ZANETTA

( Elle lui fait signe de la main de s'éloigner. Rodolphe disparait vivement dans le bosquet.) Dérobons-leur le trouble de mon âme !

( Avec gaieté, à Mathanasius.)

Salut à vous , savant docteur !

Pourquoi cet air mélancolique Qui jette un voile de douleur Sur votre front scientifique?

mathanasius, bas, au roi.

Vous allez voir à l’enjouement Succéder la pâleur mortelle !

(Haut.)

Hélas! un horrible accident,

Dont on nous apprend la nouvelle.

LA PIUNCESSE.

Qu’est-ce donc?

MATHANASIUS.

Un infortuné.

Victime, hélas! de son audace,

Par un cheval fougueux, renversé, puis traîné...

Il est mort, dit-on, sur la place.

Mais c’est horrible!., et dites-moi, de grâce.

Qui donc?

mathanasius, bas, au roi.

Regardez bien!

(S’adressant à la princesse.)

Rodolphe !

la princesse tressaille, puis répond froidement :

Ali ! c’est fâcheux.

(Au roi.)

Pour vous , sire ! un ami ! puis mourir à la chasse ,

Lui! qui dansait si bien... l’accident est affreux !.. ensemble.

le noi.

Son maintien est le même.

Ni trouble, ni pâleur!

De votre stratagème ,

Que dites-vous, docteur?

MATHANASIUS.

Ma surprise est extrême ,

Ni trouble, ni pâleur,

Ce n’est pas lui qu’elle aime ;

Oui, j’étais dans l’erreur.

Ah ! c’est un stratagème ,

Pour éprouver mon cœur ?

Cachons-leur que je l’aime ,

Conservons leur erreur.

la frincesse, à Mathanasius.

Et vous l’avez vu ?

mathanasius, troublé.

Non, vraiment!

On me l’a dit, et l’accident N’est peut-être pas véritable!

la princesse, froidement.

Il n’aurait rien d’invraisemblable ;

Rodolphe était de son vivant,

Etourdi, léger, imprudent!..

le roi , bas , à Mathanasius.

Grand diplomate... eh bien! qu’ai-je dit?

MATHANASIUS.

Quel soupçon...

LE ROI

Vous le voyez , moi seul avais raison !

MATHANASIUS.

Dupe de ma ruse ,

Je suis sans excuse;

Et de moi s’amuse Un amant heureux.

Dans le fond de l’âme ,

Le courroux m’enflamme; Et c’est de ma femme Qu’il est amoureux.

LE ROI

Dupe de sa ruse ,

Le docteur s’abuse ,

Et de lui s’amuse Un amant heureux.

Oui, ce trait infâme ,

De fureur m’enflamme ,

Car c’est de sa femme Qu’on est amoureux.

LA PRINCESSE

L’amour qui m’excuse.

Ici, les abuse !

Oui , par cette ruse ,

Trompons-les tous deux.

L’iionneur le réclame.

Qu’au fond de mon âme.

Imprudente flamme Se cache à leurs yeux.

le roi, bas, à Mathanasius.

Ainsi donc, votre expérience.

Savant docteur, vous a trahi !

Cette secrète intelligence ,

N’est pas entre ma sœur et lui !

la princesse, à part.

De le revoir plus d’espérance !

Ils ne s’en iront pas d’ici.

mathanasius, à part, avec douleur.

Il est donc vrai , le corps diplomatique ,

Jusqu’à ce point peut s’abuser, hélas!

la princesse, à Mathanasius.

On doit m’attendre au salon de musique ,

J’y vais voir votre femme...

MATHANASIUS.

Oierais-je, en ce cas ,

De votre altesse, accompagner les pas?

ENSEMBLE

MATHANASIUS.

Dupe de ma ruse,

Je suis sans excuse , etc.

LE ROI

Dupe de sa ruse,

Le docteur s’abuse, etc.

LA PRINCESSE

L’amour qui m’excuse ,

Ici , les abuse , etc.

(Mathanasius a o/Jert sa main à la princesse ; tous les deux sortent par la gauche.)

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