‹ Å’uvres illustréesChapitre 6 sur 1154 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LE ROI, seul; puis RODOLPHE.

le ROI. Oui, oui, ce n’était que trop vrai! je ne m’étais pas abusé ! et c’est ce qui double mon dépit... (Avec froideur.) Ah ! c’est vous, monsieur le comte?..

Rodolphe. Moi-même, sire, qui viens prendre congé de Votre Majesté... Votre accueil de ce matin me dit assez que j’ai perdu vos bonnes grâces...

le roi, froidement. Est-ce à tort? et m’accuserez-vous d’injustice, quand notre amitié fut trahie par 'Vous?

Rodolphe, à part. C’est fait de moi! il sait tout!

le roi. Depuis l’Espagnfe, où nous avons été élevés ensemble, mes projets , mes peines, mes chagrins, ne vous 1 ai-je pas tout Confié?., et vous...

noDf/.PHE. Grâce, sire, grâce!.. Je veux, je dois tout vous avouer...

le roi. Parlez donc!.. Je vous attends.

Rodolphe, dans le plus grand trouble. Eh bien ! oui , c’est de la folie, de la démence... une passion absurde, impossible: mais croyez qu’au prix de ma vie... le plus grahd mystère... le plus profond secret...

lé roi. Il est trop tard, Monsieur! J’ai tout découvert... j’ai tout dit.

Rodolphe. A qui donc ?

Le roi. A son mari.

Rodolphe, stupéfait. Son mari !..

Le roi. Oui, à lui-même.

Rodolphe, à part. Qu’allals-je faire ? nous n’y sommes plus.

le roi. C’est moi... Votre ami... qui vous ai dénoncé...

ZANETTA

qui ai prévenu le baron de Warendorf... qui l’ai bais en garde contre vos projets coupables!

Rodolphe. Mais, sire.

le roi. Que vous ayez adressé vos hommages à toute autre personne, peu m’importait!., mais séduire la femme d’un ambassadeur, sous mes yeux , à ma cour, malgré l’hospitalité, malgré le droit des gens .. voilà ce que je ne pardonne pas , dans l’intérêt des mœurs et de ma couronne.

RODOLPHE.'Et Votre Majesté a raison. Aussi ne lui répoudrai-je qu’un seul mot : c’est que je n’aime et n’aimerai jamais la baronne.

le roi. Que dis-tu ?

Rodolphe. Qu’elle m’est tout à fait indifférente. le roi. Tu me trompes!

Rodolphe. Je le jure par l’honneur... et si je connaissais un ami qui en fût épris , loin de le traiter en rival, j’offrirais de ie servir.

le roi , avec empressement. J’accepte.

Rodolphe. Vous, sire?..

le roi, gaiement. Oui, je l’aimais sans le lui dire, et, te croyant préféré, j’étais furieux contre elle, jaloux contre toi... et, dans ma colère, j’ai été injuste... je t’ai trahi... Pardonne-moi , Rodolphe !

Rodolphe. Ah! sire...

le roi. Non, c’est mal! J’ai fait cause commune avec un mari; ça ne se doit pas, et j’en serai puni... car, maintenant, j’ai éveillé ses soupçons; le voilà sur ses gardes. 11 est fin, il est adroit... et réussir sera difficile... Rodolphe, souriant. Moins que vous ne croyez-!.. le roi. Ah! s’il était vrai... dès aujourd’hui, je me déclarerais.

Rodolphe. Je ne vois pas ce qui pourrait vous empêcher... (Riant.) à moins que ce ne soit le droit des gens?

le roi, de même. Tais-toi! tais-toi!.. je te tiendrai au courant. Tu viens d’abord avec nous à cette promenade en mer, à cette partie de pêche...

Rodolphe. Je n’en suis doue plus exclu? le roi, avec bonté. Est-ce que je peux te quitter et me passer de toi?.. Et ta passion, nous en causerons. Un amour, disais-tu, absurde, impossible. En quoi donc?.. cela dépend-il de moi ?

Rodolphe, avec émotion. Non, non... de mon père... de ma famille.

le roi. Une mésalliance?

Rodolphe. Oui, justement. J’en ai honte, j’en rougis ; n’en parlons jamais... je vous en prie.

le roi. Au contraire... et quels que soient les obstacles, Rodolphe, compte sur ton roi. . . et, mieux encore, sur ton ami. (Il sort.)

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