‹ Å’uvres illustréesChapitre 510 sur 1154 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

SUNDERLAND, MISS RÉG1NALD , ARTHUR.

miss réginald, entrant vivement, et s'approchant de Sunderland , lui dit à demi-voix. C’est fini, il n’y a plus à reculer. '

sunderland, à part . C’est bien ce qui m’effraie.

arthur. Bonsoir, ma chère tante.

miss réginald. C’est bon, c’est bon, je suis à vous

tout à l’heure. J’ai besoin de m’entendre avec mon frère.

arthur. Si c’est pour mon souper, vous me ferez plaisir; et je vous laisse là-dessus toute liberté. (Il va regarder les portraits qui déoorent l'appartement.)

miss réginald, pendant ce temps, à demi-voix et vivement à Sunderland. Tout s’est passé le mieux du monde. Les chevaux étaient conduits par un seul postillon, un jockey qui, tout effrayé, a mis pied à terre, s’est enfui à travers champs, et a laissé la voiture à la disposition du capitaine, qui a tourné bride, et vient d’entrer avec sa capture dans la grande cour, dont les portes se sont refermées.

sunderland. Bonté de Dieu ! qu'allons-nous devenir? miss réginald. D’où vient cet effroi?., est-ce qu’Arthur la connaîtrait?

sunderland. En aucune façon; mais une douzaine d’officiers de ses amis, qui arrivent demain, et qui ne connaissent qu’elle. Je ne veux pas la garder un instant de plus.

miss réginald. Il fallait penser à cela d’abord. sunderland. Je ne pense qu’après.

arthur, venant à la droite de Sunderland. Eh bien! ch bien ! est-ce que vous vous disputez là, en famille?

sunderland. Non, du tout. (A part.) Et être obligé de se contraindre!., ne pas oser avoir peur tout à son aise!.. (Haut.) Ah! mon neveu, mon cher neveu! (Bas, à miss Réginald.) Une autre idée qui me vient. (Un domestique entre, et range l'appartement.)

miss réginald, à voix basse. Prenez garde... pensez d’abord.

sunderland, de même. Je n’en ai pas le temps. (Haut, à Arthur.) Es-tu homme à me rendre un service, un éminent service?

ARTHUR. Après votre conduite généreuse, je me ferais tuer pour vous... (Vivement.) Mais après souper, parce qu’à jeun, voyez- vous, je ne vaux pas grand’chose.

sunderland, au domestique qui est dans l'appartement. Qu’on serve sur-le-champ.

le domestique. Oui, Milord. (Il sort.) sunderland, à Arthur. Tu souperas, mon ami, tu souperas pour deux, car moi, cela me serait impossible.

arthur. Je tâcherai, mon cher oncle. Et pendant que l’on sert, dites-moi toujours ce dont il s’agit.

sunderland. Tu veux voyager dès demain, dès ce soir : tu me l’as promis.

arthur. Certainement.

sunderland. Et tu if as pas d’itinéraire arrêté? arthur. Aucun... peu importe par où je le commencerai.

sunderland. A merveille. Maintenant, une autre question... mais réponds-moi franchement. Aimes-tu les jolies femmes ?

arthur, étonné. Cette question...

Miss réginald, bas, à Sunderland. Y pensez-vous? sunderland, bas. Ça ne vous regarde pas. (Haut, à Arthur.) Tu les aimes, je le vois; j’en suis sûr, arthur, avec impatience. El\! oui, mon oncle, mais comme je vous le disais, pas à jeun.

sunderland. Ne t’iippatiepte pas, on va servir... Et si, par exemple, comme tu n’as pas de compagnon de voyage, je te donnais à conduire une personne charmante dont tu serais le chevalier...

ARTHUR. Moi !

sunderland. Oui, pendant dcuxoutroiscents lieues... qu’est-ce que tu en dis ?

arthur. Je d is que probablement je lui ferais la cour, et cela ne vous conviendrait peut-être pas.

LA FAVORITE

sunderland. Du tout, cela me serait égal.

Arthur. Vraiment. ( Entre le domestique, qui annonce qu’on a servi.)

sunderland, Tues servi... viens... l'on va tout t’expliquer.. (Bas, à miss Réginald.) Vous voyez que, par ce moyen, elle ne reste pas ici, au château, sous notre responsabili téy qu'elle part réellement avec un jeune homme, un beau jeune homme. (On entend encore le son du cor.)

Page 1