‹ Å’uvres illustréesChapitre 532 sur 1154 · LE CARDINAL · texte numérisé non relu

LE CARDINAL

Je n’entends rien, sur mon honneur A sa surprise, à son bonheur.

(Pendant la fin de cet ensemble, deux domestiques ont apporté une table servie qu’ils ont placée à droite du théâtre.)

gianetta, au prince. Quoi ! Monseigneur était hier q mon début?

le prince, à part. Et la voix aussi!., c’est inconcevable, ou plutôt je cherche moi-mème à m’abuser, car je la vois partout. (Haut, et passant auprès de Gianetta.) Oui, Gianino, oui, j’étais à votre début, et ce cri involontaire que je n’ai pu retenir à votre première apparition...

gianetta. C’était vous?

LE cardinal. Avant même qu’il n’eût chanté... Voilà le vrai dilettante !

LE prince. Et si vous saviez, mon oncle, quel talent! quelle expression ! quelle voix suave et légère ! Il a été sublime. Je n’en ai pas dormi de la nuit. Gianino, votre main... Vous avez en moi un admirateur, un ami, je vous le jure. Eh mais ! vous tremblez! gianetta. Non, mon prince.

LE prince. Quand vous me connaîtrez mieux, vous ne serez pas étonné de 1 intérêt que je vous porte... J’aime les arts, comme tout ce que j’aime... et avec ardeur, avec passion... Vous logerez dans ce palais, chez mon oncle...

gianetta. Permettez...

le prince. C est convenu, vous ne sortirez pas d’ici ; et en échange de notre amitié, tout ce que nous vous demandons, c’est une cavatine par jour. Moi, d’abord, je parle de vous à tout le monde, et j’ai déjà arrangé un concert par souscription : dix piastres par tète!., et on s’arrachera les billets, je m’en charge. Et puis n’oubliez pas qu’aujourd’hui à midi, vous avez répétition du Stabat. J’irai, je veux vous entendre.

LE cardinal, à Gertrude. La musique lui fera perdre la tète, c’est sûr.

gertrude, à mi-voix. Laissez-le faire. C’est par le seul Gianino que nous pourrons obtenir son consentement à cette alliance.

le cardinal, à mi-voix. Vous croyez? c’est tout ce que je désire. Ça et le déjeuner...

LE SOPRANO

gertrude, montrant la table qu’on a apportée. On I \ientdc le servir... [Un domestique place àgauche une petite table, sur laquelle sont des bouteilles, dans des vases à rafraîchir.)

le cardinal. Qu’on ne s'occupe plus de rien. Mon neveu, mon neveu, mettons-nous à table. Mon neveu à ma droite; notre jeune virtuose, ici, près de moi. gertrude. Monseigneur n’a pas sa chaucclière? le cardinal. C’est vrai.

gertrude, derrière lui et lui plaçant un oreiller sur son fauteuil. Et Monseigneur est mieux quand il est appuyé.

le cardinal. C’est bien, c’est bien. Cette bonne madame Gertrude pense à tout.

certrude. Oh! mon Dieu! non, car j’oubliais que j’avais une grâce à vous demander.

le cardinal. Est-elle adroite ! elle sait bien qu il y a des moments où je ne peux rien refuser.

gertrude. C’est un pauvre diable qui demande au palais-cardinal la place d’organiste vacante, et qui, avant tout, prie Monseigneur de vouloir bien l’entendre.

le cardinal. A la bonne heure, cela n’empèchc pas de déjeuner. Et puis, en présence du signor et de mon neveu, il sera jugé par des connaisseurs... Faisle entrer.

gertrude. Oui, éminence... ( Allant auprès du cardinal.) Je prie seulement Monseigneur de manger lentement, cela lui vaut mieux. [Elle sort .)

le cardinal, à son neveu. Qu’est-ce qu’il fait celuilà, les yeux et la fourchette en l’air?., est-ce quec est là la place d’une fourchette?

le prince, regardant toujours Gianctta. Je n’en reviens pas, Gianino; je ne vous avais vu qu’hier, et de loin, mais maintenant, plus je vous regarde, plus il me semble..»

c«ANETTA,àport.Ah! mon Dieu!.. Veillons sur moi, et que rien ne puisse lui faire soupçonner...

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