‹ Å’uvres illustréesChapitre 556 sur 1154 · DELPHINE, DE PRESLE · texte numérisé non relu

DELPHINE, DE PRESLE

de presle, regardant autour de lui si personne ne peut l’entendre. Personne...

Delphine. Non, Monsieur, et maintenant que ma sœur n'est plus là, et que je ne suis plus, comme vous le disiez, sous son influence, je vous répète de moimême...

de presle, gaiement. Que vous ne m'aimez pas. Delphine. Oui, Monsieur; qu'avez-vous à dire à cela? de presle. Que je le savais, et que j’en suis enchanté. Delphine. Eh bien! par exemple...

de presle. Et maintenant que je n’ai plus d'espoir, je déclare à vous, mais à vous seule, qu’Anténor peut disposer de ma fortune ; moi qui ne suis pas son oncle, mais qui suis son ami, je l’établirai, je lui prêterai tout ce qu’il faut.

Delphine. Et tout cela en ma faveur: c’est de l’héroïsiqe. Pauvre jeune homme! vous êtes donc bien amoureux do moi ?

DE PRESLE. Pas du tOllt...

Delphine. Qu’cnlends-je !

de presle. Eh quoi ! à travers l’ambiguïté obligée de mes paroles, était-il donc si difficile de voir à qui elles s’adressaient?

Delphine. A ma sœur. Eh bien! vrai, je m’en suis doutée un moment; et si vous l’épousiez, que je serais heureuse!

de presle. 11 y a tant d’obstacles.

Delphine. Je le sais bien.

de presle. Vous seule pouvez m’aider à les vaincre. Delphine. Parlez, disposez de moi; je serai si contente de faire votre bonheur, celui de ma sœur! de presle. Et celui d’ Anténor...

Delphine. Les deux noces à la fois !.. Que faut-il faire ?

de presle. Déclarer tout haut, et sans hésitation, que vous m’aimez, que vous m’acceptez pour mari. Delphine . A la bonne heure. . . Je préviendrai Anténor. de presle. Du tout, je m’y oppose.

DELPHiNE.Maissongezdonc...Letourmentcrencore... de presle. Tant mieux. J’ai besoin de sa rage et de ses fureurs; ça entre dans mon plan d’attaque. Delphine. Je lui dirai de gémir... de s’emporter. de presle. 11 n’a pas assez de sang-froid pour cela; et à la gaucherie de sa colère, votre sœur devinerait... Enfin je ne veux que vous pour auxiliaire.

Delphine. Pauvre Anténor! je ne pourrai jamais lui faire un pareil chagrin.

de presle. Alors, c’est que vous ne l’aimez pas, puisque c’est le seul moyen d’assurer son mariage et sa fortune.

Delphine. J’entends bien. Au moins, sera-ce long? de presle. Le moins que je pourrai ; et si vous me secondez bien...

Delphine, avec effort. Me voilà prête.

de presle. Bien vrai, ma jolie belle-sœur?

DELPHINE. Oui.

de presle. Point de faiblesse !

DELPHINE. Non.

Air de Renaud de Montauban.

DE PRESLE

Commençons donc ; je les entends.

DELPHINE

Je tremble!..

DE PRESLE

Quel enfantillage !

DELPHINE

Vous le voulez ?

DE PRESLE

Il le faut.

DELPHINE

J’y consens.

De le tromper ayons donc le courage !

Et puis, au fait, c’est pour son bien.

DE PRESLE

C’est trop juste, et combien de belles

A leurs amants sont infidèles.

Sans que ça leur rapporte rien.

Sans que cela rapporte rien.

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