‹ Å’uvres illustréesChapitre 557 sur 1154 · ANTENOR, DELPHINE, DE PRESLE, MADAME DE · texte numérisé non relu

ANTENOR, DELPHINE, DE PRESLE, MADAME DE

TRENEUIL.

anténor, à Delphine, allant auprès d'elle. Mademoiselle, voici bientôt la première contredanse, je venais vous en avertir.

madame de treneuil, à Delphine. Et moi, je viens te chercher; on te demande de tous côtés, et je ne m’attendais pas à te trouver seule ici avec Monsieur.

LE CHAPERON

anténor. Ne la grondez pas, de grâce, c’est moi qui | en suis cause.

MADAME DF. TRENEUIL. VOUS, Anténor?

de presle. Oui , Madame ; et je dois remercier ce cher ami du service qu’il vient de me rendre : il m’a permis d’éclairer Mademoiselle sur ses véritables sentiments.

anténor. Que dit-il?

DE presle. J’étais bien sur qu'un mouvement de sensibilité spontanée avait seul dicté son premier choix; mais la réflexion devait m’être favorable.

anténor. Qu’est-cc que j’apprends là?.. Mais non, ce n’est pas possible !

madame de treneuil. Delphine, serait-il vrai? Delphine, baissant les yeux et hésitant. Ma sœur... de presle, bas. Songez à votre promesse. madame de treneuil. Eh bien?

de presle, poussant Delphine. Allons donc...

DELPHINE. Eh bien! je croyais que d’abord... J’en conviens... Mais ce que Monsieur vient de me dire m’a décidée en sa faveur.

ANTÉNOR ET MADAME DE TRENEUIL. Ciel!

de presle, à madame de Treneuil. Vous voyez, je ne lui fais pas dire.

anténor, allant à de Presle. Monsieur, cela ne se passera pas ainsi, et nous verrons.

les dames. Monsieur Anténor...

anténor. Non. non, il ne faut pas croire qu’à cause de mon ancien état...

de presle. Plaire à coups de pistolet, joli système. anténor. Il a raison!., et moi qui les ai laissés ensemble cinq minutes! cinq minutes, pas davantage. (Hé gardant alternativement Delphine et de Presle qui se font des signes.) Et des signes d intelligence... Je suis anéanti... et c’est d’autant plus mal à vous, Mademoiselle, que si vous m’aviez dit cela seulement il y a un quart d’heure, je ne m’étais pas encore arrange pour être heureux, il n’y aurait pas eu de contre-coup, et peut-être plus tard, l’absence, la résignation, et de bonnes lectures... Mais à présent!.. Ahîj’en mourrai. Delphine, à part. Là! juste ce que j avais prevu. madame de treneuil. Anténor, mon ami. {De Presle passe à la droite de Delphine.)

anténor.Noo, Madame, pourquoi vous attendrir sur mes infortunes ? Ne prenez pas cette peine-là ; je commence à m’y faire : dans la même journée, un ami d’abord ; ensuite un oncle, et puis une amante. Il n’y a que vous, Madame, vous seule qui ne changiez pas, qui nechangerez jamais, et que rien ne pourra seduire. Aussi, dorénavant, amitié, parente, amour, je ne croirai plus à rien, qu’à votre bonté, qu’à votre générosité. Je vais chercher mon chapeau.

Delphine, à part. Dieu!... (Haut et vivement.) Anténor!...

de presle, 6as. Imprudente!

anténor, se retournant. Vous me rappelez. Mademoiselle? . , ,

d ; lphine. Moi? non. ( Prélude dans la coulisse par la porte qui est restée ouverte.) Ah! si fait, le préludé de la contredanse... (Bas, à Presle, dune voix suppliante.) Rien que cela. (Il lui fait un leger signe de consentement, et lui rappelle ensuite quelle doit se taire, par un geste rapide, auquel elle répond par un clin’ dceil.)

anténor. Quoi! vous exigez encore ?...

DELPHINE

Air de la Galope.

Oui, si je ne m’abuse,

Voici le premier air;

Allons, s’il me refuse.

Il me le palra cher.

ANTÉNOR

A souffrir cet outrage Je saurai m’efforcer :

Oui, j’aurai du courage,

Et je m’en vais danser.

ENSEMBLE

DELPHINE

Oui, de la contredanse Voici le gai refrain;

Et je crois que la danse Bannira son chagrin.

MADAME DE TRENEUIL Il me brave, il m’offense;

Je l’éloignais en vain ;

Croit-il par sa présence,

Détruire mon dessein?

DE PRESLE

Son cœur, de résistance,

Contre moi s’arme en vain.

Et ma persévérance Changera son dessein.

ANTÉNOR

Pour moi, plus d’espérance.

Mon malheur est certain ;

Et cette contredanse Est un nouveau chagrin.

( Anténor donne la main à Delphine, et sort avec elle ; la porte se referme, et on cesse d’entendre la musique.)

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