‹ Å’uvres illustréesChapitre 583 sur 1154 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le comte Ory était fameux dans le moyen âge. On voit encore en Touraine et sur les bords de la Loire les ruines de ce couvent de Formoustiers qui fut, dit-on, le théâtre de ses galantes entreprises. Du reste, on ne connaît point l’époque précise où vécut le comte Ory ; son historien n’a parlé que de ses exploits consignés dans cette ancienne légende que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs, et qui a fourni le sujet de la pièce que l’on va lire.

LE COMTE ORY

BALLADE

Le comte Ory, châtelain redouté,

Après la chasse n’aime rien que la beauté,

Et la bombance, les combats et la gaîté.

Le comte Ory disait, pour s’égayer,

Qu’il voulait prendre le couvent de Formoustiers Pour plaire aux nonnes et pour se désennuyer.

Holà! mon page, venez me conseiller :

Que faut-il faire pour dans ce couvent entrer? L’amour me berce, et je n’en puis sommeiller.

— Sire, il faut prendre quatorze chevaliers,

Et puis en r.onnes il vous les faut babiller,

Puis à nuit close au couvent il faut aller.

Holà! qui frappe? qui mene si grand bruit?

Ce sont des nonnes qui ne marchent que de nuit.

Tant sont en crainte de ce maudit comte Ory .

Survient l’abbesse, les yeux tout endormis :

Soyez, Mesdames, bienvenues en ce logis ;

Mais comment faire pour trouver quatorze lits?

Chaque nonette, d’un cœur vraiment chrétien,

Aux étrangères offre la moitié du sien ;

Soit, dit l’abbesse, sœur Colette aura le mien.

Or, sœur Colette, c’était le comte Ory Qui, pour l’abbesse, d’amour ayant appétit,

Dans sa peau grille de trouver la pie au nid.

Fraîche et dodue, œil noir et blanches dents,

Gentil corsage, peau d’hermine et pied d’enfant,

La gente abbesse ne comptait pas vingt printemps.

Tous deux ensemble dans le lit bien pressés , [sez — Ciel! dit l’abbesse... Ah! comme vous m’embras Vrai Dieu! Madame peut-on vous aimer assez? ,

Holà ! mes nonnes, venez me secourir.

Croix et bannière, eau bénite allez quérir.

Car je suis prise par ce maudit comte Ory.

Cessez, Madame, cessez donc de crier ;

Laissez en place eau bénite et bénitier.

Toutes vos nonnes ont chacune un chevalier.

Neuf mois ensuite, vers le mois de janvier,

L’histoire ajoute comme un fait très-singulier^

Que chaque nonne eut un petit chevalier.

LE COMTE OR Y

ALOISE, comtesse de Formoustiers, jeune veuve. URSULE, demoiselle d’honneur d’Aloïse.

RAGONDE, dame d’atours d’Aloïse.

LE COMTE ORY, seigneur châtelain.

IJtveonnflge*.

ISOLIER, page du comte.

CLAIRE et autres Dames de la suite d’Aloïse. Chevaliers de la suite du Coûte.

La scène se passe dans le château de Formoustiers.

Le théâtre représente un salon gothique avec trois portes de fond et deux latérales. Sur le premier plan à droite, une cheminée sur laquelle brûle une lampe; sur le premier à gauche, un balcon saillant donnant sur la campagne.

'scène première.

LA COMTESSE, URSULE, DAME RAGONDE, dames d'honneur de la comtesse.

{Au lever du rideau, toutes les dames, différemment groupées, et travaillant à divers ouvrages d’aiguille, écoutent dame Ragonde, qui achève une histoire.)

Air de M. Guénée (de l’Académie royale de musique). « Quoi ! répond-elle à l’ermite ,

« Dans vos pieux séjours,

« Par vos soins on guérit vite < Du mal que l’on nomme amour?

« — Ma fille, venez, courage! »

Alors, le cœur plein d’émoi.

Lise entre dans l’ermitage ;

Mais jugez de son effroi :

Ce saint anachorète,

Ce dévot, ce prophète.

C’était lui, c’est encor lui, »

C’est le comte Ory. •

Page 1