‹ Å’uvres illustréesChapitre 586 sur 1154 · LA COMTESSE, URSULE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, URSULE

la comtesse. Eh bien ! Ursule, vous ne les suivez pas?

ursule. Oh ! non. Madame ; je n’ai point d’appétit depuis qu’on m’a dit que la guerre était finie, et que nos maris pouvaient arriver d’un jour à l’autre. la comtesse. Eh! qui vous a dit cela?

ursule, baissant les yeux. Oh ! je le sais de bonne part... c’est-à-dire, je présume.

la comtesse. Voilà pourtant trois mois que je n’ai reçu de nouvelles du comte de Formoustiers, mon frère.

LE COMTE ORY

ursule. Ni moi de Gombaud, mon fiancé: mais tantmieux. Je parierais qu’ils veulent nous surprendre Pauvre Gombaud !

Am du vaudeville du Petit Courrier.

Quittant l’objet de«es amours,

Que son adieu fut doux et tendre!

Hélas ! je crois encore entendre Les premiers mots de sou discours !

Le clairon sonna : quel martyre !

11 se tut; et je crois pourtant Que ce qui lui restait à dire Etait le plus intéressant.

la comtesse. Plains-toi donc, l'espoir au moins te reste, mais moi! veuve à mon âge!., et de auel epoux ! H

Air : Rions, chantons, aimons, buvons.

Sur ton sort je t’entends gémir.

Entre nous quelle différence !

Le veuvage est lo souvenir...

L’amour est plus; c’est ’espéranco URSULE.

L’état de veuve a son plaisir,

Si j’en crois votre expérience.

Lorsqu’on garde le souvonir,

Et qu’on ne perd pas l’espérance.

la comtesse. Que veux-tu dire, l'espérance? ursule. Oui, Madame, votre petit cousin Isolier, le page de ce terrible comte Ory.

LA comtesse. Bon ! Isolier, un enfant! D’ailleurs c’était le parent, le pupille de mon mari, qui l’aimait beaucoup ! Et si j’ai consenti à le revoir, c'était par égard pour la mémoire du défunt ! Tu sais, du reste combien il me respecte.

URSULE. Comment donc. Madame, il me disait encore hier: « Ma chère Ursule, tu ne sais pas... vous « ne savez pas; » car il me respecte aussi beaucoup. Madame, « combien j’idolâtre ma belle cousine! »

LA comtesse, vivement. Il a dit cela? (Se reprenant.) Eh bien! il n’aurait jamais osé m’en dire autant URSULE. Ecoulez donc, Madame, il est en bien mauvaise ecole auprès de ce comte Ory; et il faut qu’il possède un bien bon naturel pour n être pas plus mauvais sujet qu’il n’est.

la comtesse. Oh! voilà <jui est décidé; ces dames d ailleurs se croiraient autorisées par mon exempleet je ne le recevrai plus; je le lui ai même déjà signi'he, et s il osait jamais... (On entend frapper en dehors.)

ursule. Madame ! on frappe à la petite porte de la tourelle; si c’était lui !.. (Ouvrant la croisée du balcon.) Ah! quel temps affreux!

isolier, en dehors. Ursule, est-ce toi?

ursulf. Oui, c’est moi. (A la comtesse.) Madame, que faut-il faire? il a déjà attaché son cheval sous un arbre.

la comtesse. Dis-lui que je ne puis...

URSULE. Ah! Madame, il a l’air d’avoir bien froid LA comtesse, vivement. Il a bien froid. Mais aussi quelle audace! malgré ma défense! faites-le monter, Ursule; je vais lui parler. Tiens, descends par le petit escalier. Voici la clé.

ursule. J’y vais. Madame.

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