‹ Å’uvres illustréesChapitre 611 sur 1154 · NÉ1UI.UA, ATALMUC · texte numérisé non relu

NÉ1UI.UA, ATALMUC

nérilua. Eli bien! eh bien! mou doux maître, qu’est-ce

que je viens d’entendre?

atalmuc, brusquement. De quoi te mêles-tu ? Que vienstu faire ici?

NEiuLiiA. Savoir qui s’amuse à briser votre vaisellc. Des que c’est vous, rien de mieux! Vous êtes le maître, et si vous voulez que je vous aide...

atalmuc, avec impatience. Tais-toi!

nérilua. Mais si c’eût été moi, Nérilha, la pauvre esj clave...

| atalmuc. Laisse-moi ! va-t’en !

j nérilua. C’est dit! on s’en va!

ATALMUC. OÙ vas-tu?

1 nérilua. Faire votre souper... ces tartelettes à la moelle de paon que vous m’avez commandées... et que vous aimez tant... (A part.) Ah!., cela a l’air de le radoucir... c’est étonnant comme il est gourmand, pour un sorcier ! atalmuc. Écoute ici!

NERILUA. Me voici, maître!., mais votre souper... atalmuc. N’importe !

NERILUA. Il est sur le feu... et va brûler... atalmuc, étendant la main. J’ordonne qu il se conserve. . . juste à point. . . j usqu’à ce soir. . .

NERILUA. C’est admirable!.. Dieu! que c’est beau d être savant à ce point-là!.. Et on dit que vous n’avez étudié, pour cela, que deux ou trois cents ans, ce n’est vraiment

Pa atalmuc, at ec impatience. Je t’ordonne de m’écouter. . . (Nérilha baisse la tète et se tait.)

atalmuc. Tu n’étais qu’une pauvre entant... une esclave mise en vente sur la grande place de Candabar, et comme j’allais au marché ce jour-là... je t’ai achetée pour trois sequins ! . .

nérilua. Ça n’est pas cher !

atalmuc. Trop, mille fois!.. Si j’avais pu prévo.r te que tu me coûterais, un jour, de chagrins, d’inquiétudes... de tourments... je n’y ai pas pensé...

NERILHA. Vous?., un sorcier!

ATALMUC. On no pense pas à tout... Il y a six ans de cela .. tu es devenue gracieuse, charmante, enfin... et pour mon malheur, je me suis mis a t aimer ! .

nérilha. Oui, vous m’avez souvent dit ce mot-la, que je n’ai jamais pu comprendre 1 vous êtes toujours, avec moi, bourru, fâché et de mauvaise humeur!

atalmuc. C’est de l’amour!

NÉIULHA. Vous me tenez toujours renfermée et ne me laissez voir... que vous...

ATALMUC. C’est do l’amour,., cet amour qui fait mon tourment!

nérilha. Cela vous tourmente...

atalmuc. Oui, sans doute.

NERILHA. Et moi, donc !

atalmuC; avec colère et la menaçant. Ah. traîtresse. nérilua. N’allez- vous pas me battre, maintenant? atalmuc. C’est plus fort que moi, te dis-je... et quand on a de l’amour,. .

NERILHA, Ail! si von* pouviez ne plus en avoir, tachez donc! ce serait si agréable pour nous deux! atalmuc. Impossible !

nérilha. Vous?., un magicien!

atalmuc. Mais lu ne sais donc pas... tu ne comprends donc i>as ce que c’est?. .

nérilha. Pas le moins du monde...

atalmuc. Ah! o’est que tu n’aimes rien .. nkrii.ua. Si, vraiment !.. J’aime les belles roses qui sont là, dans ce vase, ut auxquelles il m’est défendu de toucher!.. Quant à les admirer dans les jardins , où l’on dit qu’elles habitent il n’y a pas même à y songer... et c’est bien singulier, j’y pense sans cesse... sans pouvoir m’en empêcher ! C’est mou amour à moi ! atalmuc. Comme tu es le mien!

nérilha. Parce que je n’eu vois Jamais! atalmuc. Parce que je te vuis tous les jours! nérilha. Alors, c’est tout le contraire ! atalmuc. Et cependant c’est la même chose!.. Et tu u’aimes rien... rien autre?..

nérilha. Mon Dieu si... Vous savez bien mes deux jeunes voisines, Cadige, la petite marchande d’ananas, et Guliiare, la belle lavaudière?..

atalmuc. Eh bien?.. -

NÉRILUA. Eh bien!., j’aime quand elles sont là, et que vous n’y êtes pas...

atalmuc. Oui dà!..

nérilha. Gulnare me donne des conseils, et Cadige me donne des fleurs qu’elle à cueillies en cachette, et qui me rendent toute joyeuse... Et puis, à mesure qu’elles se fanent, ma joie et mon bonheur s’en vont!.. Pauvres fleurs!.. Afin que vous ne les voyiez pas... je les cache là... (Montrant son corset.) atalmuc. En vérité!

nérilha. Et comme moi, en prisoo, elle ne durent pas longtemps I

ATALMUC. Ah! si tu voulais!., tu serais riche et heureuse... tu aurais de l’air... de la liberté, de beaux jardins

émaillés de roses. .

nérilha, avec admiration. Ah! mou Dieu!., et pour cela que faudrait-il faire?

atalmuc. M’aimer!

nérilha. Ah ! si je pouvais en venir à bout! .. Mon Dieu, mon Dieu, que je le voudrais!

atalmuc. A la bonne heure, au moins, voila une bonne parole, et en feuilletant de nouveau ce grimoire... (fie retournant avec humeur.) Qui vient là?

nérilha. Xailoun, le pourvoyeur... qui vient apporter les fruits et les légumes...

atalmuc. A quoi bon? .

nérilha. Dame!., vous ne voulez pas que j aille moimême au marché.

atalmuc. C’est trop dangereux pour les jeunes filles... mais ce Zqïloun me déplaît!

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