‹ Å’uvres illustréesChapitre 620 sur 1154 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

ATALMUC, NÉRILHA, qui vient de s’asseoir, se cachant la tête dans ses mains.

atalmuc. Qu’est-ce que cela signifie? Je m’absente à peine une heure, et je trouve ici un désordre pareil!

nérilha, tremblante. Je ne dis pas qu’il n’y ait pas un peu de désordre... mais quand, dans une maison, il y a eu un bal... (Vivement.) Eh bien ! oui, un bal... ce n’est pas ma faute à moi !

atalmuc. A qui donc?

nérilha. A ce grimoire que vous aviez laissé ouvert... et où j’ai lu, par hasard, deux lignes que je ne comprenais pas... aussitôt tout s’est mis à danser autour de moi... sans qu'il y eût moyen de l’empêcher...

atalmuc. Parce que tu ne savais que la moitié de mon secret!,.

nérilha. Eh! mon Dieu .. on ne veut pas vous l’enlever... gardez-le... et puisque vous pouvez tout, changezmoi, pour vous venger, en ce que vous voudrez... tuezmoi même, si ça vous fait plaisir... je l’aime mieux... tuez-moi!

atalmuc. Tu sais bien, perfide, que je ne le veux pas! que je t’aime trop pour cela !

nérilha. Bel amoureux vraiment! bourru et colère... heureusement, il y eu a d’autres... d’autres plus aimables ! . .

atalmuc. Qui te l’a dit?

nérilha. Cadige et Gulnare, mes jeunes amies... qui en ont chacune un, qu’elles adorent!

atalmuc. Je ne les laisserai plus venir ici ! nérilha. Comme vous voudrez... je vous en aimerai un peu moins, voilà tout!

atalmuc. Est-il possible!

nérilha. Ah! cela commence déjà! Et puisque* votre art (vous me le disiez ce matin) ne peut pas commander à l'amour... si j’étais de vous, j’en demanderais le moyen à d’autres...

atalmuc. Et quel est ce moyen... quel est-il? nérilha. Dame ! s’il faut que ce soit moi qui vous l’apprenne... ’

atalmuc. Achève!..

nérilha. Je ne sais pas au juste!.. Mais si j’avais un amoureux qui fût riche ou pauvre, je voudrais partager sa fortune, ou sa misère... par ainsi... atalmuc. Eh bien?..

nérilha. Si un magicien voulait être aimé de moi, il faudrait qu’il me donnât la moitié de sa magie... atalmuc. En vérité !

NÉRILHA. Qu’il m’expliquât les secrets de son grimoire ou de sa baguette... voilà!..

atalmuc. Et tu l’aimerais?..

nérilha. Je ne dis pas cela!., mais ce serait peut-être un moyen de me gagner le cœur!.. Qui sait?.. Essayez?

atalmuc, avec amour. Ah! perfide!.. Tout me dit que tu veux me tromper... et cependant je ne puis m’empêcher de saisir cette lueur d’espoir...

nérilha. Voilà déjà ua bon sentiment dont je vous sais gré!

atalmuc. Est-il possible?..

nérilha. C’est la première fois que je me sens pour vous comme quelque chose... qui n’cst pas de l’antipathie!.. (Geste d' Atalmuc.) Lisez plutôt... vous qui savez lire... (Montrant son cœur.) Là!..

atalmuc, la regardant avec attention et émotion. C’est vrai ! c’est vrai !

DUO

Si tu pouvais devenir plus traitable,

Ah! combien je te chérirais!

NÉRILHA.

Si vous pouviez devenir plus aimable,

Ah! combien je vous aimerais!

ATALMUC.

Vraiment?..

NÉRILHA.

Vraiment!

atalmuc, la regardant avec amour.

0 prestige! ô délire!

Je le sens, je le vois,

Tu veux, par ton empire,

Usurper tous mes droits!..

Et l’amour te protège!..

Et, prête à succomber,

Ma raison voit le piège Où mon cœur va tomber!

( Lui présentant une rose métallique, qu’il tire de son sein.)

Tiens, tu vois ici cette rose,

Qui te soustrait, hélas ! à mon pouvoir ;

Si tu désires quelque chose,

Pour l’obtenir, tu n’auras qu’à vouloir!

(U lui fait le geste d’agiter la rose.) nérilha, avec impatience, et voulant prendre la rose des mains d’ Atalmuc.

Donne !

atalmuc, avec défiance.

Et si pour engager à quelqu’autre ta foi, (Lui montrant la rose.)

Tu voulais t’en servir...

nérilha , étendant la main.

Jamais !

Ecoute-moi!

Si ton âme, sortant de son indifférence.

Aimait jamais quelqu'un ; si tu le lui disais... Soudain ce talisman tomberait sans puissance! NÉRILHA.

Je comprends!

ATALMUC.

Sous ma loi, soudain tu reviendrais !

NÉRILHA.

J’y consens.

ATALMUC.

Tu perdrais ta beauté, ta jeunesse!..

NÉRILHA.

D’accord !

atalmuc.

Et sous tes cheveux blancs.

Tu n’inspirerais plus de teudresse A personne... qu’à moi!

nérilha, lui arrachant la rose des mains.

Donnez donc?., j’y consens!

ensemble.

NÉRILHA.

0 sort prospère.

Dont je suis fière!

La terre entière Doit m’obéir!

Par cette rose,

Dont je dispose.

Rien ne s’oppose A mon désir !

Atalmuc.

Oui, pour te plaire,

0 reine altière.

Il faut me taire Et t’obéir!

De cette rose.

Dont je dispose,

Hélas! je n’ose Me repentir!

NÉRILHA.

0 Cadige! ô Gulnare! ô mes jeunes amies!

(Agitant sa rose.)

Que vos vœux soient par moi remplis eu même temps! (On entend un coup de tam-tam, et l’on aperçoit au fond, dans un tableau magique , Gulnare en princesse, et Cadige et Xaïloun à ses pieds.)

LA FÉE AUX ROSES

Et vous, mes seuls amours, vouez, mes fleurs chéries.

M’entourer de bouquets aux parfums enivrants!

(Un second coup de tam-tam se fait entendre ; Néritha se trouve au milieu d’une corbeille de fleurs, qui sort de terre.)

ENSEMBLE

NÉBILUA.

O sort prospère.

Dont je suis fière!

La terre entière Doit m’obéir!..

Par cette rose.

Dont je dispose.

Rien ne s'oppose A mon désir !

ATALMUC.

Oui, pour te plaire,

O reine altière ,

Je veux me taire Et te servir !

De cette rose.

Dont je dispose,

Hélas ! je n’ose Me repentir !

(Néritha agite sa rose; la corbeille de fleurs dans laquelle elle s’est couchée commence à s’élever de terre. Atalmuc, effrayé, veut s’élancer pour la retenir. Sur un second geste d’elle, Atalmuc ne peut faire un pas de plus, tandis que Néritha disparaît dans les airs.)

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