SCENE XIII
XAILOUN, puis NÈRILHA.
XAÏLOUN, se frottant la joue. Par exemple!.. C’est reconnaître le dévouement d’une manière trop chaude...
nérilha, qui est entrée par l’allée à droite. Qu’y a-t-il donc?
xaïloun. Ce qu’il y a?.. C’est le grand visir qui m’a chargé pour notre auguste sultan, d’un message... nérilha. Que tu vas lui rendre!..
XAÏLOUN. Oh! non... je n’oserai pas!.. Je me contenterai de lui annoncer que tout est prêt pour le départ. nérilha, à part. O ciel!
xaïloun. Et que la princesse, sa fiancée, l’attend. . Seulement, dans ces immenses jardins, que je ne connais pas, je ne sais comment trouver le prince...
nérilha, regardant vers la gauche du spectateur, et à part. Le prince?.. (Haut, à Xaïloun, lui montrant le fond du théâtre à droite.) Le prince ! je viens de le voir dans le pavillon des Camélias!..
xaïloun. Oui... mais ce pavillon...
nérilha, lui montrant toujours le fond, à droite. De ce côté, la première allée à droite, puis la cinquième à gauche...
xaïloun. Je comprends!
nérilha, le poussant. Alors... va donc vite!.. (Xaïloun sort par la droite.)
LE PRINCE, entrant par la droite, NÉRILHA, cachée près d’un bosquet, à droite.
DUO
le prince, entrant en rêvant.
N’y pensons plus!., il faut la fuir!
nérilha, à part, écoutant.
O ciel !
le prince.
La voix de la sagesse M’ordonne à l’instant de partir!..
(Il fait quelques pas près du bosquet, à gauche.) Allons retrouver la princesse.
nérilha, avec jalousie.
Non... près d'elle tu n’iras pas!
(Agitant sa rose métallique.)
Que pour mieux enchaîner ses pas.
Le sommeil ferme sa pau ière !
(Le prince qui était près d’un banc de verdure, s'arrête et tombe sur le banc.
LA FÉE AUX ROSES
Oui, grâce à toi, cher talisman, li m’obéit, ce fier sultan I [Regardant le prince avec émotion.)
Il dort!.. Avançons-nous...
[S’arrêtant avec crainte.)
Que fais-tu, téméraire?
Ne sens-tu pas trembler la terre? .
( Elle s’approche de lui et penche la tête.)
Il parle bas!..
{Ecoutant.)
Quels mots vient-il de prononcer?
[Poussant un cri.)
Ah! mon nom sur sa bouche est venu se placer! le prince, rêvant.
Nérilha!.. Nérilha!..
NÉR1LHA.
ROMANCE
PREMIER COUPLET
En dormant, en dormant,
C’est à moi, délice suprême,
C’est à moi qu’il s’en va rêvant;
C’est moi qu’il appelle et qu’il aime...
En dormant, en dormant!..
{Elle s’approche encore plus près du prince, qui semble lui prendre la main et la presser contre son cœur.)
DEUXIÈME COUPLET
En dormant, en dormant.
{Se baissant vers lui et écoutant.)
Dans ses bras voilà qu’il m’enlace!
Il me dit qu’il sera constant ..
{Voyant le prince, qui de la main lui envoie un baiser.) Et je crois même qu’il m’embrasse.
En dormant, en dormant.
(Vivement.)
Je ne sais quel pouvoir m’entraine malgré moi!
( Avec exaltation.)
Et dût ce fatal délire,
A ma perte me conduire,
(S’approchant du prince et lui parlant.)
Que je t’entende encore!..
(S’adressant au prince.)
Eveille-toi!..
le prince, s’éveillant.
Nérilha, Nérilha!
C’est bien toi!.. Te voilà!..
ensemble.
LE PRINCE
Eh quoi! ce doux songe.
Où l’amour me plonge,
N’est point un mensonge!
Et dans ce moment,
O réelle ivresse,
Fée enchanteresse.
C’est toi que je presse Sur mon cœur brûlant!
NÉRILHA.
Non, non, ce doux songe.
Où l’amour le plonge N’est point un mensonge!
Et mon cœur tremblant,
Craint de sa tendresse,
La fatale ivresse!
(Au prince.)
Ah ! pour ma faiblesse.
Grâce en ce moment!
(Cherchant à se dégager de ses bras.) Laisse-moi, laisse-moi, prends pitié de moi-même! le prince, avec chaleur.
Les serments que j’ai faits, et l’hymen qui m’attend,
Je briserais tout à l’instant,
Si tu m’aimais !
nérilha, hors d’ elle-même.
Je t’aime !..
(Le prince la reçoit dans ses bras et l’embrasse. A ce mot, l’orage qui grondait sourdement, éclate dans toute sa fureur; des cris infernaux se font entendre. Le prince, comme frappé de la foudre, tombe sans
connaissance sur le banc, à droite. Toutes les fleurs du jardin sont soudain flétries et fanées. A un ciel d’été, succède l’hiver et ses frimats. Nérilha, effrayée, chancelle et tombe dans les bras d'Atalmue, qui parait derrière elle.)
ATALMUC.
Tu m’appartiens!.. Souvlens-'toi de nos lois!
Les enfers et l’amour m’ont rendu tous mes droits!
(Nérilha est tout à coup changée en une vieille petite femme, couverte de rides ; sa robe même se trouve d’une étoffe et d’une forme antiques. Nérilhapousse un cri et s’abîme sous terre avec Atalmuc, qui la tient toujours dans ses bras. Presque aussitôt, le prince se réveille en sursaut, et saisi de stupéfaction en voyant le changement subit qui vient de s’opérer, s'écrie avec désespoir : Nérilha!.. Nérilha!. puis il retombe accablé sur un banc )