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SCÈNE PREMIÈRE

ATALMUC, en robe et en bonnet de magicien, NÉRILHA, en vieille.

nérilha, qu’ Atalmuc entraîne par la main. Seigneur Atalmuc, où me conduisez-vous !

atalmuc. Que t’importe? Où j’irai désormais, tu iras! nérilha. Comment, ce n’est pas assez de m’avoir rendue vieille et laide, il faudra encore que je vous suive partout? atalmuc. Oui; je ne veux plus te quitter un instant! nérilha. Cela va être bien ennuyeux... pour vous. (Vivement.) Je no vous parle pas de moi... (Regardant autour d’elle.) Et où sommes-nous ici-?

atalmuc. A deux mille pieds sous la mer! nérilha. J’aimerais autant être ailleurs... et si vous ne venez ici que pour mon plaisir...

atalmuc. Aujourd’hui, je me rends au conseil des magiciens, présidé par le roi du Ginistan, et qui se tient dans un volcan... près d’ici... (Lui montrant une ouverture de rocher.)

Nérilha. Dans un volcan!.. Et vous allez y descendre? atalmuc. Aussitôt que Sathaniel, notre maître, m’appéllera de sa voix d’airain.

nérilha. Et il faudra que je. vous y suive?.. amalmuc. Non! Aucun être humain n’y peut pénétrer sans être consumé!.. Tu resteras à m’attendre daifs cette grotte, d’où je ne crains pas que lu puisses t’échapper!

nérilha. Jele crois bien ! Deux mille pieds d’eau au-dessus de ma tète, et la flamme sous mes pieds... ( Regardant vers l’ouverture du rocher, à droite.) O ciel!.. Et vous, Seigneur, vous allez vous plonger dans cette lave enflammée?..

atalmuc, vivement. Cela t’effraie pour moi ! nérilha. Dame !.. je ne vous veux pas de mal... Vous avez été un bon maître... et si vous n’aviez pas tant d’affection pour moi... je finirais peut-être par en avoir pour vous.

atalmuc, avec chaleur. Dis-tu vrai?.. Rassure-toi donc!.. Avant d’entrer dans la salle du conseil, je quitte ma dépouille mortelle, et le rayon céleste qui anime mon être, l’âme va seule rejoindre son maître dans cette région de feu!

nérilha. Ah! c’est votre âme seule qui s’en va?.. C’est singulier!.. Et est- elle longtemps absente, votre âme?.. atalmuc. Quand la séance est tranquille, et qu’on ne

LA fÉE AUX ROSES.

ir.

s’y échauffe pas trop... un quart-d’heuro, tout au plus, et je viendrai te rejoindre...

nérilha, vivement. Et nous remonterons sur terre?.. atalmuc. A l’instant! Mais je lis dans ta pensée... renonce à l’espoir de jamais ta faire reconnaître par le jeune sultan des Indes, ou par aucun de tes anciens amis!..

nérilha. Pardi ! ils me prendraient tous pour ma grand’mèreJ..

atalmuc. Et si tu t’avisais de vouloir leur raconter tes aventures, ou de leur dire qui tu es... nérilha. Eh bien?..

atalmuc. A l’instant tu deviendrais muette!.. nérilha, avec colère. C’est trop fort!.. Vous avez pu m’enlever ma jeunesse et ma beauté, mais m’empêcher de parler... je vous en défie !.. Et dût-on ne pas me croire et me traiter d'insensée, je dirai à tout le monde.-.. Je suis... ( Atalmuc cteni, la main vers elle. — A l’instant Nérilha s' arrête et fait de vains efforts pour continuer .)

atalmuc. Eh bien! je t’en avals prévenue!.. Te voilà muette... muette à tout jamais!.. Oui, oui, tu me promets de garder dorénavant le sileuee sur un sujet dont tu connais maintenant les dangers... tu me supplies de te rendre la parole... eh bien! soit, j'y consens! ( Etendant la main vers elle.) Qu’as-tu à me dire ?..

nérilha, avec volubilité et colère. Que je vous hais ! que je vous déteste! que je vous abhorre!..

atalmuc. Si c’est pour cela que je t’ai rendu la parole, ce n’était pas la peiné!..

nérilha, vivement. Non!., c’est pour une autre raison... pour une autre prière... ne soyez pas généreux à demi. » [D’un air câlin.) Si vous m’aimez, si vous m’adorez, comme vous le dites, il doit vous être bien désagréable d’avoir une maîtresse si laide et si vieille... et si j’étais à votre place... ne fùt-ce que par amour-propre. atalmuc. Je comprends!..

nérilha, vivement. Eh bien! non, par amour, je m'empresserais de lui rendre sa forme première!.,

atalmuc. Te rendre jeune et belle pour un autre., non.

Ata.

Non!., ne crains pas que je te cède Aux regards d’un rival heureux !

Non!., j’aime mieux que tu sois laide!

Pour moi, pour mol seul, pour mes yeux,

Pour moi, ces vains déguisements Ne cachent rien à ma tendresse !

Je vois les fleurs de ton printemps Sous les rides de ta vieillesse!

Je vois ce front si blanc, si pur !

De tes yeux j’admire l’azur...

Seul je te vois... seul te possède!..

Ne crois pas qu’à tes vœux je cède !

Te rendre belle à d’autres yeux?

Non, j’aime mieux que tu sois laide.

Pour moi, pour moi seul je te veux!

(On entend plusieurs sons de trompette « infernales.) Qu’entends-je! [A Nérilha. ) Adieu! pour un instant, adieu 1 O maître tout-puissant, c’est ta voix qui m’appelle.

[Tombant sur un banc de rocher , à droite.) Que mon âme, quittant sa dépouille mortelle.

Se rende au pied do ton trône de feu !

Adieu !.. Adieu !..

[Atalmuc tombe inanimé sur le banc , à droite. Une flamme légère, qui semble sortir de son corps, S'élève, voltige un instant, et disparaît par l’ouverture du rocher, à droite )

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