SCENE II
NÉRILHA, seule, appelant à haute voix. Seigneur Atalmuc ! Seigneur Atalmuc ! Mon neutre !.. I] ne m’entend plus, il ne me voit plus. Oui, comme il me l'avait annoncé, son âme l’a quitté et vient de disparaître ; il ne reste plus là que le corps d’un magicien, sa robe, son turban constellé!.. [Posant la main sur son cœur.) Et son grimoire, qu’il porte toujours avec lui depuis le jour où je m’en suis servi si gauchement, ce jour où j’ai donné un bal sans le
vouloir Si, aujourd’hui, et pendant que son esprit
voyage. ..j'y mettais plusd’adresse... voyons... jele tiens!.. (S’avançant au bord du théâtre avec le grimoire qu’elle lient et qu’elle ouvre.) Chapitre VI, Moyens de former les enchantements les plus compliqués. Ce n’est pas cela qu’il me faudrait, au contraire... (Retournant le feuillet.) Ali! le revers de la page... (Lisant.) Moyens de détruire les divers enchantements. C’est mon chapitre. . Ah ! le cœur me bat... lisons!.. ( Regardant autour d'elle, et parcourant plusieurs pages du grimoire. — Poussant un cri.) Ah!.. [Lisant.) Devenue tout à coup vieille et laide... M’y voici. [Continuant.) Un baiser a causé sa métamorphose, un baiser peut la détruire; et si elle rencontre quelqu’un qui consente à l'embrasser... (S’interrompant.) Si ce n’est que cela! je sais bien qu’à mon âge, fit avec ma figure, ça n’est pas aisé... mais ça n'est pourtant pas impossible... achevons... (Lisant.) Mais qu’elle choisisse bien celui de qui elle recevra ce baiser, car, à l'instant même, et pour toujours, elle lui appartiendra corps et âme! (Poussant un cri.) Ah! mon Dieu!., c’est donc pour cela qu’ Atalmuc voulait toujours m’embrasser!., Ali! que j'ai eu raison de le refuser!., changer à ce prix-là... changer pour lui appartenir à toujours!., voilà un désenchantement!., autant garder mes rides et mes années... ce n’est pas pour lui que je voudrais les perdre... Mais celuWà, un prince, si jeune et si beau, voudra-t-il Jamais?.. Enfin, s'il était là... on verrait, on tâcherait... Si je pouvais aller à lui... cherchons. (Feuilletant le grimoire.) Moyen d’être transporté à l’instant où l’on veut. (Avec amour.) Ah! près de lui... près du prince... dans son palais!.. ( Lisant le grimoire.) Elever ce livre magique vers le ciel, en répétant trois fois le nom du dieu de l’ Indous tan. (Avec exaltation.) Brama!.. Brama!.. Brama!.. (Le grimoire lui tombe des mains; le théâtre change à vue; elle se trouve transportée sur la grande place de Delhy A gauche, l’entrée d’une mosquée; à droite, la façade du palais.)