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SCENE IV

Les Précédents, jeunes Esclaves apportant des coffres remplis d’étoffes précieuses; CADIGE portant une corbeille de fleurs.

gulnare, à Cadige. Que m’apportes-tn là?

cadige. Le bouquet de la mariée!., ce qu’il y a de mieux ! des roses et des camélias blancs !

gulnare, d’un air de dédain. Des fleurs qui croissent pour tout le monde !

cadige. Et qui n’en vont pas plus mal... ( Montrant sa couronne.) Voyez plutôt...

gulnare. C’est pour cela que je n’en veux pas! je veux des fleurs que personne n’a jamais portées! des fleurs in-

LAGNÏ . — Imprimerie de Vialat et Cie.

18 LA FÉE AUX ROSES

connues, ries fleurs impossibles!... voilà ce qu’il me faut à moi, princesse ! Et dis à Xaïloun, ton futur mari, qu'il s'arrange pour en avoir!.. (Se retournant vers les autres esclaves femmes, qui s'approchent.) Et vous, qu’est-ce que c’est?

aboulfaris, montrant les coffres qu’on lui présente. Les étoffes de Perse les plus précieuses., une centaine de robes que l’on ofTre au choix de Votre Hautesse!

gulnare. Voilà qui est insupportable... Grand visir, prononce* vous-même... car c’est un ennui mortel d’avoir à choisir au milieu d’une centaine de robes!

cadige, bas, à Gulnare en souriant. Vous n’éprouvies pas cet ennui-là... quand vous n’en aviez qu’une! gulnare, se retournant vivement. Insolente ! cadige, àpart. Qu'est-ce qui lui prend doue? gulnare. Sortez de ma présence!

aboulfaris, bas, à Gulnare. Princesse!.. Princesse! Quelle imprudence!., quelle faute en diplomatie! maltraiter quelqu’un qui possède notre secret!..

gulnare, bas, à Aboulfaris. Pour la première fois, visir, vous avez raison!.. (Haut, à Cadige qui s’éloigne lentement.) Eh! là... là, reviens petite!., un moment d’impatience et d’humeur... quand on est princesse... aboulfaris, s’inclinant. C’est tout naturel! gulnare, à Cadige. Je te pardonne!..

cadige. A la bonne heure!..

gulnare, lui tendant la mai». Oublions tout, et faisons la paix!

cadige, qui a mis un genou en terre , porte à ses lèvres la main que Gulnare vient de lui tendre et reçoit un soufflet. O ciel !

gulnare, ci Aboulfaris. Et nous, visir, hàtons-nous? aboulfaris. Oui, sans doute! car tous les grands de l’empire vous attendent pour le baisse-main général. (Il sort avec Gulnare par la gauche.)

CADIGE, seule, puis XAILOUN et NÉRILHA.

cadige, tâtant sa joue. Je n’y ai vu que du feu!.. Et de la main d'une amie eucore!.. Si ce sont là les faveurs des princes... Je ne suis pas méchante... mais à la première occasion... où je pourrai me venger. (Regardant vers la droite.) C’est Xaïloun... Qu’a t-il donc à causer avec cette petite vieille9

xaïloun, entrant avec Nérilha. Oui, ma bonne femme, vous êtes à Delhy.

nérilha, avec’émotion. A Delhy?..

xaïloun. Chez notre jeune prince, le sultan des Indes! nérilha, à part. C’est bien cela! ( Apercevant Cadige.) O ciel! Cadige!.. (Elle court près d'elle.)

cadige. Que me voulez-vous?.. Qui êtes-vous ? nérilha. Qui je suis? (A part.) J’allais parler et devenir muette! (Haut.) Qui je suis?., une pauvre femme qui vient de bien loin !..

cadige. Pour admirer ce palais... ces jardins, dont Xaïloun est le jardinier en chef.

xaïloun. Par la protection de la sultaDe, qui a étendu sur nous sa puissante main!..

cadige, se touchant la joue Oh ! oui.

xaïloun. La belle Gulnare...

nérilha, vivement. Je la connais!., je la connais depuis son enfance ! . .

xaïloun, à Cadige, à demi-voix. Dis donc, c’est peutêtre sa nourrice.

nérilha. Elle se marie?

cadige. Aujourd’hui... dans une heure...

xaïloun. Avec notre auguste sultan.

nérilha, chancelant. O ciel!

xaïloun. Qu’a-t-elle donc, la vieille?., elle se trouve ma) ?

nériliia, vivement. Non... non... achevez, de grâce... donnez-moi tous les détails sur ce mariage.

PREMIER COUPLET

XAÏLOUN.

Du sultan l’hymen se prépare,

Et moi, je me marie aussi!

Il choisit la fière Gulnare,

Et moi Cadige, que voiei!

Lui, c’est par l’ordre de son père.

Moi, c’est par le vœu de mon coeur.

Mais le sultan, sombre et sévère.

Semble triste de son bonheur!

(Avec amour.)

Taudis que nous...

(Rencontrant un regard de Cadige.)

Je me tais!..

Mais... mais... mais...

Le sultan est, je croi.

Dieu moins heureux que moi!

DEUXIÉMÇ COUPLET.

CADIGE.

Hier je le voyais près d’elle,

Comme un prince, il bâillait, hélasj Chez nous parfois on se querelle,

Mais du moins on n'y bâille pas!

Ah ! je n’envirais pas sa place.

Il ne parle jamais d’amour !

Jamais enlin i) ne l’emhrasse.

Elle s’en plaignait l’autre jour!..

Tandis que nous...

(Xaïloun lui fait signe de se taire.)

Je me tais!

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