‹ Å’uvres illustréesChapitre 649 sur 1154 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

JÉROME, puis MADAME BERTRAND.

Jérôme, regardant Brindamour qui vient de sortir. Dieu! ce jeune Français est-il mauvais sujet! Ça fait plaisi* de rencontrer un compatriote, en pays étranger!

(Otant son chapeau.) Ah! c’est madame Bertrand! estelle bien avec ce costume allemand!..

madame Bertrand, sortant de l’auberge. C’est bon!., c’est bou!.. Le reste est pour la fille et les garçons!.. Qu’est-ce que tu fais là, paresseux?..

jérômb. Je viens de déjeuner, c’est utile !

MADAME BERTRAND. C’est juste !

Jérôme. Et puis, je vous regarde... c’est agréable... (Madame Bertrand hausse les épaules. ) Dame ! pour une charbonnière, vous n’avez pas trop la couleur de l’état!., et c’te fraîcheur... cette santé!..

madame Bertrand. Il s’agit bien de ça ! Tout est-il prêt pour notre départ?

Jérôme. Toujours partir! toujours en route! Levée dès le malin! travailler toute la journée!.. Est-ce que vous n’en avez pas assez gagné, pour vous reposer1?. . Est- ce qu’il y a à Hambourg... à Copenhague, et dans toute la Suède, une maison de commerce qui égale la vôtre?.. MADAME BERTRAND. Allons donc!

Jérôme. N’êtes-vous pas riche à plusieurs millions? madame Bertrand. Ce n’est pas vrai!..

Jérôme. Ce n’est pas vrai? Me dire cela, à moi , Jérôme, votre premier commis, votre intendant, votre factotum!., qui sais toutes vos affaires... qui sais...

madame Bertrand. Qui sait... qu’il faut te taire!., et n’en parler à personne.

Jérôme. Sans doute... mais à vous!..

madame Bertrand. Il suffit! as-tu pris des renseignements sur M. de Champcarville?..

Jérôme. Certainement... vous me l’aviez dit ! Grand seigneur émigré, qui depuis longtemps habite l’Allemagne, là, dans ce beau château de Reichenback, qu’il a loué. madame Bertrand, avec impatience. Après?..

Jérôme. Et qui, ces jours-ci, va rentrer en France, à la suite du roi.

madame Bertrand. Peu importe!.. Est-il vrai, comme on me l’a assuré, qu’il connaisse M. le marquis d’Aspremont?

jerôme. Je crois bien! Ils disent tous, à l’auberge, que ça doit être sou gendre...

madame BERTRAND. Et le marquis d’Aspremont, quel est-il ?

Jérôme. Mon Dieu! que de questions! M. d’Aspremont est colonel d’un régiment français, resté ici en garnison! madame Bertrand. Très-bien! je vais lui parler... Jérôme. Une minute! Le régiment est eu Westphalie... il y a même un poste (Montrant l’auberge.), là, à V Aigle-Blanc... mais le colonel a été appelé à Paris, où il est depuis quelques mois...

MADAME BERTRAND. JeparS...

Jérôme. Et pourquoi?

madame Bertrand. Ça ne te regarde pas!

Jérôme. Vous médités ça, à moi, qui vous suis dévoué! madame Bertrand. Va mettre le cheval à la carriole! Jérôme, souriant. La carriole! toujours la carriole d’osier!., vous qui pourriez aller en berline de poste, à quatre chevaux... deux postillons... « Ohé! ohé!., qui « est-ce qui passe-là? Madame Bertrand, négociante, et « Jérôme son commis. Terteiffe! est-elle bien cette femme- « là! est-elle... et lui aussi! » On s’arrête, on regarde... ça fait de l’effet... sans compter la poussière.

madame Bertrand. Non, non. Je ne dépense pas mon argent en poussière... j’en veux faire un meilleur usage, car j’en dois compte...

Jérôme. A qui donc?.. Veuve, et sans enfants!.. (A part, regardant madame Bertrand, qui lève les yeux au ciel, sans lui répondre.) Il me semble qu’elle a soupiré... et que voilà une occasion... il y a si longtemps que je l’attends... l’occasion! (Haut.) Tenez, madame Bertrand...

madame Bertrand, sortant de sa revèrie. Comment! tu n’es pas parti?..

LA CHARBONNIÈRE

M. D’Aapremont.

jébôme. G est que j’allais faire. ( A part») Je ferai mieux d'attendre pour parler!

madame BERTRAND, réfléchissant toujours. Un instaQt! un instant!

JÉRÔME, revenant. Ah! . c’est vous qui me retenez !..

madame BERTRAND. Puisqu’il y a ici des soldats, fais-les causer, avant de partir... sur ce M. d'Aspremont, leur colonel... ce n’est pas difficile...

Jérôme. Non, par Dieu! car tout à l’heure encore je viens de déjeuner avec un d’entre eux... un jeune mililaire...

madame Bertrand, vivement. Ah! il est jeune !

Jérôme, étonné. Qu’est-ce que ça vous fait?

madame BERTRAND. Quel âge a-t-il?

Jérôme. De vingt à vingt-deux ans!., mais, c’est singulier, madame Bertrand, comme vous vous intéressez à la jeunesse!., vous qui, du reste, êtes une femme raisonnable... dès qu’on parle devant vous d’un jeune homme... c'est toujours des questions!., mais celui-là, je vous en préviens, est un mauvais sujet de premier numéro... à telles enseignes qu’il vient de mettre sa montre en gage pour payer l’aubergiste.

madame BERTRAND. Qu’il y a-t-il d’ étonnant à ça?., un pauvre garçon, en pays étranger... loin de sa famille et de sa mère, qui peut-être ne sait pas ce qu’il est devenu... (Vivement.) Tu rachèteras sa montre et tu la lui rendras.

Jérôme. V’ià une idée !

madame Bertrand. Prends ma bourse et va vite.

Jérôme. C’est plus qu’il ne faut...

madame Bertrand. Tu lui donneras le reste.

Jérôme. Il le boira.

madame Bertrand. Tant mieux! pourvu qu’il boive à la France, à sa famille... à sa mère!., tu le lui ordonneras de ma part.

Jérôme. Oh ! celui-là, il n’y a pas besoin de lui ordonner de boire!.. Tenez, tenez... voilà M. de Champcarville et mademoiselle Agathe, sa fille, qui sortent du château...

madame Bertrand. Bien ! laisse-moi avec eux! exécute mes ordres et reviens.

Jérôme. Oui, ma’me Bertrand. (Il rentre à l'auberge.)

LA CHARBONNIÈRE

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